Ancrer l'enfant dans le réel

Par Marie-Geneviève CHAUVETRevue n°109Éducation
Ancrer l'enfant dans le réel

Résumé : Comment un enfant peut-il devenir ce qu'il est, s'il ne connaît pas le monde dans lequel il vit et s'il n'entre pas en relation avec les personnes qui l'entourent ? Saint François de Sales disait : « Fleuris où Dieu t'a semé ! » Chaque enfant est invité à devenir lui-même et à « fleurir » dans le monde où Dieu l'a mis en accueillant les richesses qui l'entourent. S'il est un lieu privilégié où il pourra puiser la capacité de développement de ses talents, c'est bien la famille. C'est dans le cœur de la vie familiale que l'enfant commence à entrer en relation avec le monde. La famille est le terreau nourricier où l'enfant va prendre vie. Pour l'aider à y parvenir, il faut ancrer l'enfant dans le réel.

Aujourd'hui nous vivons à 200 à l'heure, nous bougeons beaucoup, les enfants sont tout le temps dans la voiture, nous courons après le temps, nous sommes sans arrêt dans le projet et les écrans ont pris beaucoup de place dans notre quotidien. Plus que jamais, l'enfant doit être ancré dans le réel pour prendre des repères, pour être rassuré, pour devenir un adulte solide, et pour développer bien sûr son intelligence.

Ce travail doit être commencé dès la naissance et même pendant la grossesse. Le père Caillon disait : « À quatre ans, un enfant est achevé d'imprimer. »

Dans cet article, nous allons étudier essentiellement la petite enfance, période primordiale pour former l'intelligence, levier formidable du développement des talents, période cruciale pour former l'adulte de demain.

[IMAGE : Fig. 1. Préparer la pâte à pain.]

Les premières années sont décisives, c'est dans cette période que l'enfant interagit avec ses parents et qu'il découvre le monde réel avec tous ses sens.

Pourquoi ancrer dans le réel ?

Quand un enfant joue avec des cubes, il les touche, les soulève, les porte à sa bouche, les cogne, les empile ; il y en a un qui tombe, il le ramasse, coordonne ses mouvements pour le remettre à sa place... L'enfant ne joue pas pour apprendre, il apprend parce qu'il joue !

Le cerveau de l'enfant ne se développe que s'il manipule les jouets avec ses mains, s'il goûte avec sa bouche, s'il écoute avec ses oreilles, s'il explore son environnement réel.

Son cerveau analyse les effets de ses gestes sur les objets, c'est une condition essentielle pour qu'il établisse des connexions cérébrales et se développe. Il ne peut se développer sans contact avec le réel.

En jouant, l'enfant développe les cinq facultés cognitives indispensables que sont le langage, la mémoire, l'attention, la motricité et le raisonnement.

Au cours d'une journée, l'enfant va utiliser continuellement ses fonctions cognitives, que ce soit pour se lever le matin, manger, aller à l'école, jouer au ballon ou jouer d'un instrument de musique... Toutes ces actions requièrent des milliers de connexions entre les différentes parties du cerveau. Il faut donc bien comprendre que le développement de ces connexions constitue un socle solide pour faire grandir les talents de l'enfant. À chacun de ses gestes, à chacune de ses paroles, à chacune de ses actions, l'enfant met en réseau toutes ses fonctions cognitives dans un même élan.

Il est prouvé scientifiquement qu'un enfant devant un écran n'apprend rien, privé du réel, ses connections cérébrales ne se font pas.

Maîtresse de maternelle, j'ai pu constater qu'il y avait plus d'enfants qu'autrefois qui présentaient des troubles du développement. S'ils sont pris à temps, ces troubles disparaissent.

Les chiffres officiels disent qu'il y a 300% d'enfants en difficulté de plus qu'il y a 10 ans : des enfants qui ont des problèmes de langage à l'entrée en CP, des difficultés de prononciation ou de compréhension (langage) ; des difficultés à mémoriser (mémoire) ; des troubles de l'attention comme chez les enfants TDHA (l'attention) ; des enfants qui ne savent pas sauter à pieds joints, tenir un crayon (la motricité)... ; des enfants qui ne savent pas répondre à une consigne simple comme « va mettre ton manteau » (le raisonnement).

À sa naissance, le cerveau de l'enfant est une page blanche. Tout est à écrire. À trois mois, il a déjà quelques connexions cérébrales, à deux ans des milliers de millions. Quand on vit dans le monde réel, il y a 1 000 connexions par minute qui se font. Par ailleurs, il faut savoir que 15% du développement de l'enfant va dépendre de la génétique et 85% de son environnement ! L'enfant possède en lui tout ce qu'il faut pour se développer, mais si son environnement est pauvre ou défavorable, ce développement ne se fait pas. Un trisomique qui se développe dans un milieu favorable réussira mieux sa vie qu'un enfant sans problème génétique, qui passe toute son enfance devant les écrans, privé du réel.

Rémi, autiste, ne devait savoir ni lire, ni écrire, ni parler, ni même marcher d'après les médecins ! Grâce à l'affection de sa famille, à la présence jour et nuit de ses parents, à leur patience et surtout avec l'aide de Dieu, il s'est développé tout doucement mais sûrement. Il est allé à l'école jusqu'en troisième, sans AVS [3], et aujourd'hui il s'occupe d'un salon de thé.

Cet exemple vous montre que ces 85% du développement sont à votre charge, chers parents, avec la grâce d'état que le bon Dieu vous donne.

Parlons maintenant du tout-petit qui vient de naître. Pendant la grossesse, le bébé grandit dans le sein de sa mère, protégé de tout danger, et ses besoins vitaux sont assurés sans même qu'il s'en rende compte, car tout lui arrive au moment où il en a besoin sans manifestation de sa part. Puis arrive la naissance où tout bascule pour l'enfant, il devient une personne à part entière. Pour la première fois, il ressent des besoins auxquels il ne peut évidemment pas répondre seul, donc il pleure.

Ses besoins sont physiques (manger, dormir) mais également psychiques (attachement, sécurité, langage). Il a autant besoin d'une personne protectrice que de lait ! Il meurt aussi sûrement s'il est privé de ses besoins psychiques que s'il est privé de lait. C'est donc un réflexe pour l'enfant de s'attacher à quelqu'un.

Voici un exemple : une maman, pour des raisons qui lui appartiennent, refusait d'accepter le bébé qu'elle portait. Quand celui-ci est venu au monde, elle ne le prenait jamais dans les bras, elle ne l'embrassait pas, ne lui témoignait aucune affection. La relation avec son enfant était inexistante. Ce petit être fragile s'est mis à maigrir, il ne mangeait plus car il ne réclamait plus ; il se laissait mourir. Heureusement l'entourage s'en est aperçu ; l'hospitalisation de la maman et du bébé les ont sauvés. L'attachement est un besoin vital pour l'enfant et pour qu'il y ait attachement il faut qu'il y ait une relation privilégiée, qu'il y ait des échanges par le regard, par la voix, par les gestes. L'affection, la bienveillance et la confiance vont permettre son éducation et lui assurer la sécurité dont il a besoin.

L'enfant possède des neurones miroirs qui permettent l'intégration des gestes et des comportements par l'observation. Ainsi, une maman calme aura des enfants calmes, une maman joyeuse aura des enfants joyeux, une maman qui crie aura des enfants qui crient. L'attachement n'est pas un phénomène de dépendance, c'est un moyen de sécurité. Cet attachement va favoriser la sécurité affective, et cette sécurité affective va favoriser l'exploration du monde et l'apprentissage, car la confiance que l'enfant aura placée dans la disponibilité de la maman l'autorisera à s'éloigner et à développer son autonomie. Voici une expérience. Un petit bébé de 6-7 mois est assis dans son cosy posé sur une table, face à sa maman. Une caméra filme le visage du bébé. L'échange commence par de petits bruits que fait la maman avec sa bouche qui font rire l'enfant ; la maman fait des gestes que l'enfant se met à reproduire ; des éclats de rire communicatifs sont échangés... Au bout de quelques minutes, on demande à la maman de se retourner ; le visage de l'enfant ne rit plus, mais il attend gentiment, sans inquiétude, que maman se retourne. Il voit que maman est là. On demande à la maman de se retourner à nouveau face au bébé avec un visage totalement inexpressif ; tout de suite l'enfant fronce les sourcils, puis il essaye d'entrer en relation avec sa maman en reproduisant les cris et les gestes qui les ont fait tant rire tout à l'heure... mais maman ne réagit pas. Très vite, on décèle sur son visage de l'angoisse, puis de la panique et il se met à pleurer... Mais où est donc maman ? Chères mamans, quand vous êtes sur votre portable, voilà ce que voit l'enfant, une maman qui n'est pas là ! Si vous devez utiliser votre portable, ne le faites pas devant le bébé...

Comment ancrer l'enfant dans le réel ?

Le Bon Dieu a donné à l'enfant une âme et un corps. Il va falloir éduquer les deux en même temps, comme deux chevaux attelés au même timon (si un cheval va plus vite que l'autre, la charrette se renverse), créer une unité entre le corps et l'esprit, entre la nature et la grâce. Pour y parvenir, il y a trois éléments essentiels à développer : l'éducation et la maîtrise des sens, l'acquisition du geste conscient et le rythme.

L'éducation et la maîtrise des sens

Pour entrer en contact avec le réel, l'enfant doit savoir utiliser ses cinq sens. C'est en recevant des informations sensorielles que le cerveau se développe : c'est chaud, c'est salé, c'est doux, c'est beau...

L'enfant avec ses cubes tout à l'heure s'est servi de ses sens pour jouer, pour entrer en contact avec la réalité de l'objet. L'éducation des sens commence dès la naissance au niveau des organes sensoriels, par lesquels l'enfant va découvrir le monde qui l'entoure et se connaître lui-même.

Pour se développer et s'harmoniser, les sens n'ont pas seulement besoin d'être sollicités, ils doivent être formés, éduqués, structurés. Il faut aider petit à petit l'enfant à faire un usage toujours plus conscient de ses sens. Cette éducation accroît sa capacité perceptive et favorise la réception des renseignements qui lui sont donnés. Si l'enfant est stimulé dès le berceau, à quatre ans, il est en mesure de commencer consciemment à utiliser ses capacités sensorielles, d'en devenir le maître par des expériences répétées volontairement qui deviendront des habitudes très précieuses pour l'avenir. Comment sera-t-il capable de faire des sacrifices s'il ne connaît ni ne sait maîtriser ses sens ? La maîtrise de la sensibilité physique lui sera d'un grand secours pour maîtriser la sensibilité de l'âme.

L'ouïe : L'enfant entend, nous allons lui apprendre à écouter. Écouter, c'est faire attention avec ses oreilles pour comprendre, retenir, redire... C'est un acte volontaire qui nous oblige à entrer en contact avec le réel. C'est sur les genoux de maman que le bébé va apprendre à écouter : il va écouter sa voix qui lui parle doucement, fait sa prière près du berceau, raconte une histoire, chante une berceuse. Il faut que la maman fasse l'effort de parler correctement, quoique simplement.

Le bébé ne doit pas vivre dans le bruit. Nous allons développer sa sensibilité aux sons afin de l'aider à apprécier le monde du silence, du recueillement, de la méditation et de la concentration (fonction cognitive). C'est dans le silence que l'enfant apprend à écouter, et l'enfant qui sait écouter ne fait pas de bruit. S'il est habitué au silence, il sera sage à la messe, il écoutera la petite clochette et le bruit de l'encensoir ; il sera sage à la prière en famille. Il faut lui raconter des histoires dès son plus jeune âge, même s'il ne comprend pas, car son cerveau enregistre du vocabulaire. La musique va développer son sens auditif et jouer un grand rôle dans le « savoir écouter ». Il faut pour cela qu'elle soit douce, gaie et courte.

Évitez les jeux à la mode qui font de la musique, un son dès qu'on le manipule ou que l'on appuie sur un bouton. Le « bruit » qu'ils font, détourne ces jeux de leur fonction éducative et l'enfant n'est pas attentif ni concentré sur ce qu'il fait. Dès qu'il a un an, quand un chien aboie ou que la cloche de l'église sonne au loin, montrez-lui votre oreille en disant « tu entends ? » ; très vite il vous imitera. Apprenez-lui à reconnaître les bruits du quotidien : l'eau qui coule, les verres qui s'entrechoquent, la cuillère dans le bol.... Vous lui apprendrez à reconnaître et à imiter le cri des animaux. Faites-lui verbaliser les sons comme celui de la fermeture éclair « zip », de la pendule « tic-tac », des pieds nus sur le carrelage « pit-pit »... Vers trois ou quatre ans, demandez-lui de fermer les yeux une minute, et de dire ensuite ce qu'il a entendu. Cet exercice développe en lui peu à peu le sens de l'écoute et lui apprend à contrôler ses actes.

La vue : L'enfant voit, nous allons lui apprendre à regarder, à fixer son regard, à observer. Observer, c'est faire attention avec ses yeux, faire attention aux détails, percevoir les couleurs, les formes, le volume, la matière... L'attention est une fonction cognitive qui requiert l'aide de la volonté et qui a besoin d'aide pour se développer et se perfectionner. Chaque renseignement capté par nos yeux est classé dans notre cerveau. Par l'observation nous devons susciter chez l'enfant l'admiration et développer le sens de l'esthétique, le respect de la nature et des choses. Cette éducation au beau, au bien et au vrai fait naître chez lui une sensibilité et une délicatesse qui formeront son goût et son attitude pour la vie.

L'enfant dès son plus jeune âge a écouté la voix de maman, de même il va regarder ses yeux et son visage. Il est important que ses jouets soient simples et beaux, que ses livres soient joliment illustrés... Quand il grandit, incitez-le à regarder des livres d'images, suivre du regard, jouer à cache-cache, décrire des images...

Lors des promenades, attirez son attention sur ce qui l'entoure, suscitez sa curiosité, apprenez-lui à faire attention aux détails, à contempler l'œuvre de Dieu (ne vous arrêtez pas à chaque fleur, l'enfant ne voudra plus aller se promener).

Chaque semaine, vous pouvez attirer l'attention sur un détail de la messe du dimanche : la couleur du conopée du tabernacle est de la même couleur que la chasuble ; ainsi l'enfant attend avec impatience l'arrivée du célébrant pour voir si sa chasuble est bien de la même couleur. Le nombre de cierges allumés, messe chantée ou messe basse ? La lumière du sanctuaire, où est-elle ? L'enfant cherchera systématiquement la lumière du sanctuaire en entrant dans une église pour savoir si Jésus est dans le tabernacle et automatiquement pensera à Jésus et fera une prière. Autre exemple : lors d'une promenade en forêt, les enfants ramassent des marrons en quantité astronomique, comme s'il était indispensable d'en ramasser le plus possible. Que faire ? En rentrant à la maison vous leur demandez de vous montrer leur trésor. Nous allons compter qui en a le plus (un peu de calcul), ensuite nous proposons de les mettre tous ensemble dans un panier. Octobre étant le mois du rosaire, à chaque fois que vous ferez un effort ou un sacrifice nous enfilerons un marron sur une ficelle pour confectionner un chapelet. Outre le fait que l'enfant a fait des sacrifices et a appris à confectionner un chapelet, jusqu'à la fin de sa vie, quand il verra des marrons sur le sol il se souviendra que c'est le mois du rosaire. La piété de l'enfant doit également être ancrée dans le réel !

L'odorat : Les très jeunes enfants sont très peu sensibles aux odeurs. Très influençables dans ce domaine, ils répètent le plus souvent un geste d'adulte. Il n'est pas rare qu'un petit, mis en présence de fleurs, vienne les respirer et affirme qu'elles sentent bon alors qu'elles n'ont pas d'odeur. Vous allez lui apprendre à reconnaître des odeurs de cuisine, de fleurs, de bois mouillé, de champignon, de feu... Il devra savoir les identifier les yeux fermés. La mémoire olfactive est à former avant l'âge de sept ans. Elle fixe très souvent la mémoire des lieux, des événements (l'odeur de la bougie qui s'éteint, c'est la prière ; l'odeur de l'encens, c'est la messe ; le parfum de la mandarine, c'est Noël...).

Le toucher : [IMAGE : Fig. 2. Apprendre à manier ses doigts.] Dès la naissance le bébé est sensible au toucher. Aux environs de trois mois, il se met à tendre les mains vers les objets qui l'entourent ou que vous lui présentez. Il va s'entraîner infatigablement à prendre, lâcher, reprendre, jusqu'à ce que ses mains soient suffisamment habiles pour maîtriser ses mouvements. Vous allez lui apprendre à distinguer les différentes matières, les formes, le poids des objets, les textures. Il fera la différence entre chaud et froid, mou et dur, lourd et léger, doux et rugueux, épais et mince, soyeux et rêche, lisse et granuleux... Plus l'enfant grandira, plus il faudra affiner sa délicatesse tactile. Il fera de la cuisine, de la pâte à modeler. Petit à petit, il apprendra à maîtriser ses mains et ses doigts, à manipuler des choses fragiles et délicates sans les casser ou les abîmer. Il faut lui apprendre à se servir des deux mains afin de bien le latéraliser.

L'acquisition du geste conscient

Jusqu'à 7 ans l'enfant a besoin de bouger parce qu'il grandit. Le geste est son premier moyen d'expression, il précède la parole, aussi allons-nous l'éduquer. Il va falloir lui apprendre à coordonner ses gestes de façon consciente. L'enfant va apprendre à commander et à maîtriser son corps, à toujours avoir un travail non automatique des bras, des mains, des jambes et du corps. Il faudrait que tous les éducateurs comprennent la valeur du geste et du mouvement dans la vie et particulièrement dans l'évolution du petit enfant. Toute connaissance véritable devrait être acquise par le geste. En outre, c'est par le mouvement que l'enfant entre en contact avec les autres, explore son environnement et accumule ses expériences. La maîtrise de la motricité ne s'acquiert pas du jour au lendemain. Le mouvement ordonné favorise un équilibre permanent, évite crispation et blocage. La plupart des difficultés et des échecs scolaires proviennent d'un manque de développement dans ce domaine (dyslexie, dysorthographie...). Un enfant contracté respire mal et enregistre mal. Or, une bonne respiration est indispensable car l'oxygène irrigue le cerveau. Le geste va également favoriser la mémorisation immédiate et durable, car l'enfant a une mémoire corporelle.

Dès tout petit, manipulez ses mains, ses bras, ses pieds et ses jambes en les nommant. Il doit bien connaître son corps afin de mieux s'en servir. Faites « caché-coucou » avec ses mains. Entre trois et cinq mois, il attrape les objets tout seul, donnez-lui des hochets simples. Il va se mettre à gratter sa craquotte, imitez le bruit « crac-crac ». Il caresse son doudou ou la joue de sa maman tout naturellement, dites-lui que c'est doux...

Très vite dans le bain, dans un bac à sable ou à la plage, donnez-lui des récipients pour verser, remplir, transvaser. L'enfant aime cela et il va maîtriser petit à petit ses gestes qui deviendront de plus en plus précis.

Dès deux ou trois ans, il faut multiplier les activités susceptibles de perfectionner la motricité et spécialement la motricité fine des doigts par des ajustements neuromusculaires de plus en plus précis (gommettes, enfilage de perles, peinture au doigt puis au pinceau), et la coordination oculo-manuelle (jeux de balle ou de ballon, jeux de construction) qui développe des compétences motrices telles qu'encastrer, superposer, faire pivoter, retourner. Plus tard, il en résulte une meilleure tenue du crayon et une belle écriture.

Je me permets d'insister en disant que l'enfant ne maîtrisera ses gestes que s'il a une connaissance parfaite de son schéma corporel, s'il est latéralisé, s'il sait se repérer dans l'espace.

L'éducation motrice recouvre tous les apprentissages du jeune enfant : marcher, courir, sauter, lancer, attraper, ramper, grimper... Faites faire des parcours à l'enfant : vers deux ans, il peut suivre un parcours simple, et, au fur et à mesure qu'il grandit, allongez le parcours et augmentez la difficulté des obstacles. Monter sur le banc, sauter dans un cerceau, ramper sous la table, faire le tour de l'arbre, marcher sur la poutre, sauter à pieds joints dans les anneaux... Adaptez le parcours aux compétences de l'enfant et augmentez la difficulté quand il est à l'aise. Laissez-le faire et refaire aussi souvent qu'il le souhaite, il va acquérir de l'aisance dans ses mouvements. L'enfant développe ainsi la maîtrise des gestes, enchaîne des actions différentes, mémorise une succession d'actions, oriente ses déplacements, maîtrise ses changements d'appui, se repère dans l'espace, acquiert un bon équilibre et un esprit logique.

[IMAGE : Fig. 3. Avec des chaises...]

Le rythme

Le rythme est intimement lié à notre vie physique, il faut l'utiliser au service de l'équilibre de l'enfant dans ses différents apprentissages. Pour être équilibré, il faut respecter les lois du rythme « travail-repos » comme Dieu nous le montre en créant « le jour et la nuit », « les six jours de la semaine et le dimanche », « l'école et les vacances », « la vie terrestre et l'éternité ». Hâte et immobilité sont les deux poisons funestes pour l'attention. En revanche, l'activité du corps soumis au rythme de l'esprit, favorise l'attention, la concentration : l'enfant devient réceptif.

Dans une vie bien rythmée, le sommeil a une place primordiale. Aujourd'hui, beaucoup d'enfants se couchent tard et ne font plus de sieste ! Le manque de sommeil provoque fatigue, impatience, irritabilité, ce qui a des conséquences sur la mémoire, la concentration et donc sur l'apprentissage.

[IMAGE : Fig. 4. Comptine rythmée]

En effectuant des exercices rythmés 10 à 15 minutes par jour, l'enfant met en activité tous ses sens pour les développer et les maîtriser, ainsi, peu à peu, il devient maître de lui. Il sait regarder, écouter, chanter...

Le rythme a la vertu d'ordonner et de coordonner les mouvements et permet à l'enfant de trouver un équilibre harmonieux : le nerveux s'apaise, le timide s'autorise à avancer, le lent est entraîné par les autres, l'apathique est stimulé. Le rythme aide également à la mémorisation. Il est important de préciser que les parents doivent s'adapter au rythme de l'enfant : on ne va pas se promener à la place de la sieste ; on ne sort pas le soir si l'on ne trouve pas de baby-sitter pour garder les enfants à la maison ; les enfants prennent leur repas à heures régulières et n'attendent pas que papa rentre le soir pour aller se coucher si l'heure est dépassée...

Instaurez des routines qui vont lui donner des repères dans l'espace et le temps. Faites faire des algorithmes avec des perles, des Légo. Apprenez-lui à frapper dans les mains au rythme d'une musique ou d'une chanson, à marcher au pas lors d'une promenade...

Dès tout petit, chantez-lui des comptines. Le rythme du langage et des mouvements exerce une grande fascination sur tous les bébés. Ils aiment être bercés au son d'une mélodie très simple ou d'une berceuse, doucement rythmée.

Les comptines mimées rythment le corps et l'esprit, favorisent les reconnaissances auditives, enrichissent le langage et donnent une perception temporelle. Cet ensemble visuel, auditif, gestuel et rythmique assure un développement total de l'enfant, corps et esprit. La comptine à elle seule, résume tout ce qui vient d'être dit ! En plus elle procure de la joie !

Nous pouvons conclure par une citation de Mgr Marcel Lefebvre : « Je souhaite que dans ces temps si troubles, dans cette atmosphère si délétère dans laquelle nous vivons dans les villes, vous retourniez à la terre quand c'est possible. La terre est saine, la terre apprend à connaître Dieu, la terre rapproche de Dieu, elle équilibre les tempéraments, les caractères, elle encourage les enfants au travail. »

Le contact avec la nature a un impact positif direct sur les apprentissages de nos enfants. Le fait de passer du temps en extérieur permet aux enfants de développer un grand nombre de compétences.

[IMAGE : Fig. 5. Cueillir des jonquilles.]

Cela permet d'entretenir leur curiosité naturelle, de développer leur imagination et leur créativité mais aussi leur concentration, de nourrir et faire croître leur confiance en eux. Ils développent aussi de manière assez surprenante leur motricité fine et globale. Ils découvrent le monde qui les entoure et se l'approprient, ils acquièrent un vocabulaire riche et varié. En plus de tout cela, la nature offre un terrain d'apprentissage en situation réelle.

Vous pourrez trouver les illustrations et les ouvrages de l'auteur sur : marie-genevieve-chauvet.com Elle a publié aux Éd. La Petite Maison : Je suis en petite section avec Rémi, Pierre et Odile ; Je suis en moyenne section avec Rémi, Pierre et Odile ; Je suis en moyenne section avec Rémi, Pierre et Odile ; Cahier d'exercices ; CD audio des chansons, comptines et histoires de petite section. CD de moyenne section. Cahier d'exercices de petite section.

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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