Claude Bernard et la cause première
Résumé : Claude Bernard (1813-1878) demeure l’une des plus grandes figures de la science européenne. La chaire de physiologie expérimentale fut créée pour lui à la Sorbonne. Entré en 1844 à l’Académie des Sciences, il fut aussi sociétaire de l’Académie française et sénateur. Surtout, il sut adapter la méthode expérimentale à la connaissance du vivant, introduisant dans ce domaine une rigueur de pensée, une clarté dans le rôle des hypothèses et une précision dans la conduite des expériences qui en font comme le modèle du savant. Cette méthodologie positiviste a parfois été interprétée, dans le contexte universitaire de l’époque (rappelons-nous que l’enseignement supérieur étaient alors interdit à l’Église !), comme de l’irréligion. En fait, en distinguant soigneusement l’hypothèse scientifique de tout parti-pris philosophique, Claude Bernard délimita aussi un champ propre à la réflexion sur une cause première qu’il reconnut explicitement, en particulier à l’origine des êtres vivants. Loin d’être un matérialiste, Cl. Bernard discerna une « intelligence intentionnelle » à l’œuvre derrière le déterminisme des réactions physiologiques, déterminisme sur lequel peut précisément s’appuyer la liberté du sujet pensant.
La découverte la plus connue de Claude Bernard, et celle à laquelle lui-même semblait attacher le plus de prix2, porta sur la fabrication du sucre (fonction glycogénique) dans le foie. « Tout ce que nous connaissons d’important (à ce sujet), nous le lui devons. »3 Une autre découverte « hors pair » est celle des « nerfs vasomoteurs, constricteurs et dilatateurs.
Là, il a tout créé, et »son œuvre reste définitive. »4 Mais que d’autres découvertes sur les substances toxiques et médicamenteuses (notamment sur le curare), sur le pancréas et les glandes salivaires, sur les mystères de la nutrition, où « jamais regard plus pénétrant n’avait plongé »5, etc. ! « Il découvrait comme les autres respirent. »6 Par une multitude d’expériences merveilleuses d’ingéniosité, de sagacité, d’intuition, de méthode, de critique, de logique, il s’est attaqué à tous les problèmes de la physiologie et, souvent, il les a résolus ou il en a fait entrevoir la solution. « En vingt ans, il a plus trouvé de faits dominateurs, non seulement que les physiologistes français qui, peu nombreux, travaillaient à ses côtés, mais que l’ensemble des physiologistes du monde entier. »7
« Il n’est presque aucune partie de la physiologie dans laquelle M. Claude Bernard n’ait profondément marqué sa place par des découvertes du plus haut intérêt. Aussi l’influence de M. Claude Bernard sur la Physiologie a-t-elle été immense. On peut dire sans exagération que, depuis plus de trente années, la plupart des recherches physiologiques qui ont été publiées dans le monde savant n’ont été que des développements ou des déductions plus ou moins directes de ses propres travaux. »8
Bref, « Claude Bernard a rénové la physiologie. »9 Il en reste le plus glorieux représentant10. C’est « le plus grand de nos physiologistes. »11 Ou, si l’on veut, comme le disait J.-B Dumas au ministre Duruy, « ce n’est pas un grand physiologiste, c’est la physiologie elle-même. »12
C’est quelque chose de plus car son influence a porté au-delà: « Il fut vraiment un maître des intelligences. Quelque profit que la science de la vie ait tiré de ses découvertes, l’art de penser n’en a pas tiré un moindre. Et si nous commençons à discerner les vrais caractères de la révolution qui, vers le milieu du siècle où nous sommes, a transformé l’esprit moderne, nous savons dès aujourd’hui que Claude Bernard en fut, et qu’il en demeurera dans l’avenir, un des principaux ouvriers. »13
On a bien souvent abusé de son nom et de son œuvre. Le sectarisme qui, maître de la presse, était à l’affut de toutes les influences et de toutes les gloires pour les accaparer à son profit, ne pouvait pas négliger cette proie, et il n’a que trop réussi à présenter Claude Bernard comme un tenant des idées matérialistes. Il a surtout, dans le même but, falsifié ses doctrines les plus populaires. Mais ce ne fut point de la faute de la victime, sauf à ses débuts. Élève de Magendie, Bernard en effet parut d’abord en accepter l’héritage; mais il en répudia la philosophie au fur et à mesure qu’il se mit davantage au contact des faits et qu’il les domina mieux par ses réflexions personnelles. Sans doute ne devint-il pas philosophe de métier, et il n’apporte pas toujours, à l’expression de sa pensée, même ou surtout dans les plus hautes questions philosophiques, toute la précision désirable14.
Parfois aussi la pensée elle-même hésite, ou se laisse ballotter en des directions contradictoires15.
D’ailleurs, s’il s’est dégagé de l’héritage de Magendie, on pense bien que ce ne fut pas sans tâtonnements, et même dans « les œuvres dernières… la trace des préjugés vaincus subsiste et reparait. »16
Enfin, il a écrit bien souvent de façon hâtive, et il s’en rendait compte : « Je désire qu’on sache, écrivait-il en 1867, que les obscurités, les imperfections et l’incohérence apparente qu’on peut trouver dans mes divers travaux, ne sont que les conséquences du manque de temps, des difficultés d’exécution et des embarras multiples que j’ai rencontrés dans le cours de mon évolution scientifique. Depuis plusieurs années, je suis préoccupé de l’idée de reprendre tous mes travaux épars, de les exposer dans leur ensemble, afin de faire ressortir les idées générales qu’ils renferment. J’espère maintenant qu’il me sera possible d’accomplir cette deuxième période de ma carrière scientifique. »17
Cet espoir a été déçu. Mais à ce grand honnête homme, dont « la bonne foi fut la qualité maîtresse »18, et qui a d’ailleurs pris à tâche de répéter sa pensée sous toutes les formes pour la mettre en pleine évidence, on doit de prendre sa pensée comme il la livre, sans le chicaner sur les mots. Or, à quiconque l’a lu d’un peu près, il est impossible de se méprendre sur certaines doctrines essentielles.
Comme savant, il est déterministe, pour la bonne raison qu’un savant doit faire de la science et que « la science n’est que le déterminisme des conditions des phénomènes. »19 Elle n’existe en effet que dans la mesure où l’on « est arrivé à prévoir exactement les phénomènes de la nature et à les maîtriser »20 ; mais on ne les prévoit et on ne les maîtrise que dans la mesure où ils sont rattachés à leurs conditions prochaines, et par là déterminables et déterminés21.
Seulement, ce déterminisme n’exclut pas la liberté. «Lorsque j’employai pour la première fois le mot de déterminisme… je ne pensais pas qu’il pût être confondu avec le déterminisme philosophique de Leibnitz… Lorsque Leibnitz disait : « L’âme humaine est un automate spirituel », il formulait le déterminisme philosophique. Cette doctrine soutient que les phénomènes de 1’âme, comme tous les phénomènes de l’univers, sont rigoureusement déterminés par la série des phénomènes antécédents, inclinations, jugements, pensées, désirs, prévalence du plus fort motif, par lesquels l’âme est entraînée. C’est la négation de la liberté humaine, l’affirmation du fatalisme. Tout autre est le déterminisme physiologique… Dans la doctrine du déterminisme physiologique, l’homme est forcément libre ; voilà ce que 1’on peut prévoir… Si toutes les conditions anatomiques et physico-chimiques normales existent dans le bras, par exemple et dans les organes nerveux correspondants, vous pouvez prédire que vous ferez mouvoir le membre et que vous le ferez mouvoir librement dans tous les sens suivant votre volonté. »
De même pour l’exercice de la volonté quand le cerveau est sain. « Vous restez libre d’agir volontairement… Vous restez libre d’agir et de choisir suivant les principes de morale ou autres qui vous animent. »22 Le déterminisme donc, n’exclut pas la liberté humaine, il la conditionne. Si le mécanicien est libre de mener sa machine à sa guise, c’est que toutes les pièces et tous les mouvements de sa machine s’enchaînent. Si l’acte choisi s’exécute, c’est que, en dehors de ce choix, tout le système est déterminé. De même, « les sciences modernes, en admettant le déterminisme, en font la condition même de la liberté, ce qui distingue radicalement le déterminisme du fatalisme. En effet, l’acte libre ne peut exister que dans la période directrice du phénomène, mais une fois dans la période exécutive, le déterminisme doit être absolu, pour que la liberté (l’acte librement voulu) en découle nécessairement. »23
« Le déterminisme, en un mot, loin d’être la négation de la liberté morale, en est au contraire la condition nécessaire, comme de toutes les autres manifestations vitales. »24
Ce déterminisme s’applique à la vie25, « car sans cela, il n’y aurait pas de science » de la vie25bis. Et il y en a une, très difficile, encore très en retard, mais possible26. Et d’ailleurs « les mécanismes vitaux, en tant que mécanismes, ne diffèrent pas des mécanismes non vitaux. »27
Mais il est évident que les corps vivants ne se comportent pas comme les corps inanimés. « Ce qui veut dire que les mécanismes qu’on y remarque ne sont pas toute la vie, ou plutôt ne sont pas la vie ; ils en constituent les manifestations, les phénomènes, ce qui tombe sous le sens de l’observateur, ce que la science peut y prendre.
Tout cela se réduit à un transport de matière dans l’espace, et donc à la mécanique.
Et donc encore chaque phénomène de la vie organique pris à part, l’entrée de l’air dans les poumons, la contraction de tel muscle, la réaction des substances mises en contact dans l’estomac, etc., tous ces phénomènes s’exécutent comme les autres, par les forces physico-chimiques de la matière, obéissent à des lois fixes et relèvent de conditions précises déterminables. Mais leur ensemble, leur cohésion, leur harmonie, leur convergence, leur finalité indéniable, l’idée directrice qu’ils traduisent, la puissance d’organisation qu’ils révèlent, tout cela n’est plus de la mécanique ni de la physique, ni de la chimie, ni de la physiologie ni du déterminisme; et c’est cela précisément qui est la vie, son essence, le « quid proprium de l’être vivant », la cause et non plus seulement la condition de l’activité vitale, mais « la cause sourde » qui n’entend plus les interrogations de la science et ne lui répond rien. »29
« Il y a comme un dessein vital qui trace le plan de chaque être et de chaque organe, en sorte que, si, considéré isolément, chaque phénomène de l’organisme est tributaire des forces générales de la nature, pris dans leur succession et dans leur ensemble, ils paraissent révéler un lien spécial ; ils semblent dirigés par quelque condition invisible dans la route qu’ils suivent, dans l’ordre qui les enchaîne. Ainsi les actions chimiques synthétiques de l’organisation et de la nutrition se manifestent comme si elles étaient dominées par une force invisible gouvernant la matière, faisant une chimie appropriée à un but et mettant en présence les réactifs aveugles des laboratoires, à la manière du chimiste lui-même. »30
« Si je devais définir la vie d’un seul mot, je dirais la vie, c’est la création. En effet, la vie, pour le physiologiste, ne saurait être autre chose que la cause première créatrice de l’organisme, qui nous échappera toujours…
En résumé, il y a, dans un phénomène vital, comme dans tout autre phénomène naturel, deux ordres de causes : d’abord une cause première, créatrice, législatrice et directrice de la vie, et inaccessible à nos connaissances, ensuite une cause prochaine ou exécutrice du phénomène vital, qui toujours est de nature physico-chimique, et tombe dans le domaine de l’expérimentateur. »31
« Dans les corps vivants, les forces directrices ou évolutives des phénomènes sont morphologiquement vitales, tandis que leurs forces exécutives sont les mêmes que dans les corps bruts. »32
On peut dire encore, pour exprimer le même fait: « La force vitale dirige des phénomènes qu’elle ne produit pas; les agents physiques produisent des phénomènes qu’ils ne dirigent pas. »33
Bref ! Dans la vie, il y a la matière avec ses lois propres, et aussi quelque chose qui fait vivre la matière.
Et tout cela cadre à merveille – non pas, certes, avec le spiritualisme de Descartes – mais avec celui des scolastiques, avec la théorie du « composé humain » issue d’Aristote et de Thomas d’Aquin. Tout cela, c’est du vitalisme si l’on veut; mais un vitalisme assagi, dépouillé des exagérations de Barthez, mis en plein accord avec les faits, et qui, par son fonds, s’impose de plus en plus, malgré qu’on en ait, à toutes les écoles. « Nul doute que dans l’avenir – et cela est déjà fait dans les jugements prononcés sur sa tombe – ce médecin (Cl. Bernard) ne soit considéré comme un vitaliste, ayant recherché, selon les méthodes de son temps, les conditions physico-chimiques des fonctions naturelles… Dès qu’il a voulu aborder le problème général de la vie, il a dû, comme tous ceux qui l’avaient précédé, admettre l’existence d’une cause qui échappe à toute analyse physico-chimique. »34
Cette cause, est-ce une âme ?
Comme savant, Claude Bernard n’en sait rien.
« Pour l’expérimentateur physiologiste, il ne saurait y avoir ni spiritualisme ni matérialisme… Il n’y a que des phénomènes dont il faut déterminer les conditions. »35
Mais s’il laissait la philosophie à la porte de son laboratoire36, il n’avait besoin que de la leçon des faits pour déclarer « qu’en physiologie, le matérialisme ne conduit à rien et n’explique rien »37, qu’il est absurde et vide de sens38, que son « erreur grossière »39 est de «confondre les causes avec les conditions des phénomènes.» « Si dans une horloge électrique, par exemple, on enlevait l’acide de la pile, on ne concevrait pas que le mécanisme continuât de marcher; mais si l’on restituait ensuite convenablement l’acide supprimé, on ne concevrait pas non plus que le mécanisme se refusât à reprendre son mouvement. Cependant on ne se croirait pas obligé pour cela de conclure que la cause de la division du temps en heures, en minutes, en secondes, indiquées par l’horloge, réside dans les qualités de l’acide ou dans les propriétés du cuivre ou de la matière qui constitue les aiguilles et les rouages du mécanisme. De même, si l’on voit l’intelligence revenir dans un cerveau ou dans une physionomie auxquels on rend le sang oxygéné qui leur manquait pour fonctionner, on aurait tort d’y voir la preuve que la conscience et l’intelligence sont dans l’oxygène du sang ou dans la matière cérébrale. »40 Le sang, le cerveau sont des conditions, et non pas la cause. D’ailleurs « la matière, quelle qu’elle soit (brute ou vivante), est toujours, par elle-même, dénuée de spontanéité et n’engendre rien ; elle ne fait qu’exprimer, par ses propriétés, l’idée de celui qui a créé la machine qui fonctionne. De sorte que la matière organisée du cerveau qui manifeste des phénomènes de sensibilité et d’intelligence propres à l’être vivant, n’a pas plus conscience de la pensée et des phénomènes qu’elle manifeste, que la matière brute d’une machine inerte, d’une horloge par exemple, n’a conscience des mouvements qu’elle manifeste ou de l’heure qu’elle indique; pas plus que les caractères d’imprimerie et le papier n’ont la conscience des idées qu’ils retracent, etc… Dire que le cerveau secrète la pensée, cela équivaudrait à dire que l’horloge secrète l’heure ou l’idée du temps. »41
« En résumé, il ne faut pas confondre les causes et les conditions: tout est là. La matière n’est jamais cause de rien, elle n’est que la condition. »42
« La raison de cette création apparente (que constitue le phénomène vital) n’est donc pas dans le présent; elle est dans le passé, à l’origine. Nous ne saurions la trouver dans les causes secondes ou actuelles ; il faudrait la chercher dans la cause première… La nature refait ce qu’elle a fait, c’est la loi. C’est donc seulement au début qu’on peut invoquer sa prévoyance: c’est à l’origine. Il faut remonter à la cause première. »43
Mais alors où est la cause, celle de la vie comme celle de l’Univers ?
Comme savant, Claude Bernard n’en sait rien. « La cause première de la vie nous échappera toujours, comme la cause première de toute chose. »
Les causes premières nous échapperont partout. « Leur recherche nous pose des problèmes qui sont absolument impénétrables à l’aide de la méthode expérimentale. »44 « Le savant ne peut placer le déterminisme des phénomènes que dans leurs conditions. »45 « La cause première de la création, soit de la matière brute, soit de la matière vivante, nous échappe également. »46
Mais qui dit création suppose un Créateur. Ce n’est pas au savant de tirer la conclusion, c’est entendu. Mais Cl. Bernard recommandait à ses disciples de reprendre, en sortant du laboratoire, l’imagination qu’ils avaient dû laisser au vestiaire47, et aussi leur métaphysique. Et il donnait l’exemple. « Comme expérimentateur, disait-il, j’évite les systèmes philosophiques. »48 « Nous ne voulons pas… pour cela nier l’importance de ces grands problèmes qui tourmentent l’esprit humain, mais nous voulons les séparer, les distinguer, parce que leur étude relève de méthodes absolument différentes. »49 La science sait qu’elle ne sait pas tout, et qu’elle n’a pas le droit de nier, pas plus qu’elle n’a le pouvoir de supprimer, ce qu’elle ne sait pas. Y prétendre, « ce serait fermer les yeux et croire que la lumière n’existe pas. Ce serait l’illusion de l’autruche. »50 « C’est à la philosophie d’agiter la masse inépuisable des questions non résolues. »51 C’est à elle de faire « remonter la science vers la cause ou vers la source des choses. »52 Et, en définitive, il n’y a qu’une cause, c’est la cause première53.
Cette cause première, Cl. Bernard, non plus cette fois comme savant mais comme homme, l’a toujours reconnue. « J’ai la certitude absolue que 1’illustre physiologiste croyait à l’âme et à Dieu. »54
« Somme toute, Claude Bernard fut un chrétien, moins fervent que Pasteur, mais solide et sincère. Sa vie put n’être pas celle d’un pieux fidèle : sa carrière scientifique et l’air du siècle l’avaient distrait des pensées de la religion, qu’il sut toutefois garder intactes en son esprit pour les retrouver avec bonheur au soir de sa vie.
Chaque année, lorsque, les vacances venues, il retournait dans son petit pays natal de Saint-Julien, en Beaujolais, il aimait à paraître à l’église où il avait, aux offices, une place accoutumée tout en face de la chaire. Un jour, le vicaire de cette paroisse (c’était le si apostolique abbé Faurax, qui vient de mourir à Lyon dans un renom d’incroyable charité) lui fit visite en sa maison natale et, avec l’intrépide ardeur de la jeunesse qu’encourageait, au surplus, le bon accueil de ce paroissien de marque, (il) lui dit à brûle-pourpoint : « Docteur, êtes-vous toujours chrétien ? » Et Claude Bernard de répondre sans hésiter : « Pas autant que je le voudrais, mon cher abbé ; mais ne me blâmez pas trop : si vous voyiez le milieu dans lequel je vis, vous m’auriez vite excusé. »55
Peu avant sa mort, il confia au P. Didon : « Mon père, combien j’eusse été peiné si ma science avait pu en quoi que ce soit gêner ou combattre votre foi ! Ce n’a jamais été mon intention de porter à la religion la moindre atteinte. – Votre science, répondit le père, n’éloigne pas de Dieu, elle y mène… La Cause première, la science est obligée de la reconnaître à tout instant, sans pouvoir la saisir ; et, à ce titre, la science est éminemment religieuse. – Oui, mon père, vous le dites bien ; le positivisme et le matérialisme qui le nient sont, à mes yeux, des doctrines insensées et insoutenables. »56
Sur son lit de mort, il dit : « Je veux mourir dans la foi de ma vieille mère. »57 « Quoique les médecins dont il était entouré lui fissent illusion et se fissent illusion à eux-mêmes sur la gravité de son mal, et qu’ainsi le prêtre (M. Castelnau, curé de Saint-Séverin) ait été appelé un peu tard, le malade jouissait de sa pleine connaissance à l’arrivée du ministre de Dieu, et il a témoigné, par ses réponses et surtout par la manière affectueuse dont il lui serrait la main, avec quelle reconnaissance il acceptait les secours suprêmes de la religion. »58
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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