Comprendre l'évolutionnisme théiste
Résumé : Il est compréhensible que les athées soient tous évolutionnistes. L'évolution semble permettre d'expliquer l'origine des choses par une sorte de « hasard organisateur ». Mais que des chrétiens aient adopté une thèse, dont la mission, chez ses auteurs mêmes, était d'en finir avec l'autorité intellectuelle de la Bible, demande une explication. Celle-ci ne peut être du côté de la science, puisque la théorie y rencontre nombre de difficultés. En réalité, le scientisme ambiant et la crainte d'une nouvelle « affaire Galilée » ont joué un rôle décisif dans cette dévalorisation de l'Écriture qui, ipso facto, aboutit à dénaturer la religion.
Que des athées soient évolutionnistes se comprend aisément. On croit ce que l'on souhaite ; et le concept de création — action de créer, dit le dictionnaire — répugne spontanément à l'athée. Tout verbe actif, ici créer, implique un sujet agissant, et s'il existe un Créateur, alors la nature des choses relève d'une volonté supérieure et l'homme n'est plus libre d'inventer ce qui est bien ou ce qui est mal, ce qui est vrai ou ce qui est faux, ce qui est beau ou ce qui est laid.
Cette donnée fondamentale constituait depuis toujours une sorte de tronc commun pour la sagesse des peuples, et l'athéisme contemporain se présente alors comme un phénomène récent, apparu avec les Lumières, et souvent réduit au refus de la morale chrétienne. Celui qui « ne croit plus à rien », dans l'imagerie populaire, est d'abord celui qui fait du plaisir matériel sa règle de vie. Mais, alors que l'immoralité était jadis repoussée par les « honnêtes gens », le XVIIIe siècle vit se lever une sorte de fierté dans le vice dont le foyer se situa en Angleterre.
Pour Bernard Faÿ, c'est la restauration des Stuart, en 1660, qui chassa l'austérité puritaine. La soif de plaisirs s'empara d'autant mieux de la haute société, que les mœurs importées de France n'étaient pas modérées par la lourde étiquette de Versailles. Les souverains hanovriens ne renversèrent pas cette tendance. En 1705, un Hollandais installé en Angleterre, Bernard de Mandeville, publia une Fable des abeilles qui eut un succès de scandale et fut rééditée en 1714 et 1723.
« Pour Mandeville, l'humanité est une vaste ruche où chacun suit nécessairement le chemin que lui impose son instinct. La seule différence entre l'homme et les animaux, c'est qu'il connaît plus de plaisirs, qu'il est ému de désirs plus nombreux, plus variés, et surtout plus stimulants et plus efficaces... Donc vive les désirs, vive les passions, vive les vices ! Eux seuls ont engendré le progrès sur terre, et eux seuls nous poussent en avant. Plus il y a d'hommes dépravés, insatiables, vicieux en un mot, dans un corps social, plus celui-ci est actif, heureux et sain. Mandeville le disait en petits vers prosaïques mais qui se gravaient dans l'esprit de tous :
Si en chaque part le vice s'installe > Le tout est un paradis véritable.
Et il ajoutait en prose : "les vices privés sont des bienfaits publics", il en faisait la devise de son livre[2]. »
De là une corruption durable des mœurs politiques, qui fit dire à Benjamin Franklin, après la guerre d'Amérique :
« Que ne m'a-t-on laissé faire ! Si l'on m'avait donné le quart de l'argent que l'on a dépensé pour la guerre, nous aurions eu l'indépendance sans une goutte de sang. J'aurais acheté tout le parlement et tout le gouvernement britannique[3]. »
Mais le matérialisme grossier, si séduisant fût-il pour les corps, ne pouvait satisfaire les esprits ratiocinants qui, peu à peu, se substituaient au clergé dans les œuvres de réflexion. Tout penseur conscient conserve un minimum de sens métaphysique et ne pourra évacuer sans se renier les traditionnelles questions : pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi les choses sont-elles ce qu'elles sont ? D'où viens-je ? Où irai-je, une fois mis en bière ? etc.
Selon le mot de Gilson, « c'est l'athéisme qui est difficile » (à justifier en raison), et le XVIIIe siècle vit se répandre un étrange compromis : le déisme, culminant avec une référence durable à l'être suprême et un éphémère culte rendu à la déesse Raison. Le strict athéisme et le matérialisme semblaient donc dans une impasse, donnant une fois de plus raison au proverbe biblique : « [c'est] l'insensé [qui] dit en son cœur : il n'y a pas de Dieu » (Ps 14, 1 & 53, 2). Rappelons cette formule de Claude Tresmontant : « Si seulement le monde n'existait pas, en effet, l'athéisme serait plus facile à penser[4]. »
Alors survint Darwin, s'attirant cette profonde remarque d'un célèbre biologiste d'Oxford : « Darwin a produit la justification intellectuelle qu'attendaient les athées[5]. » Sous l'action miraculeuse de la sélection naturelle, le plus sortait du moins, l'ordre du désordre et, par un retournement dialectique inattendu, la science s'alliait avec une certaine sagesse humaine pour expliquer l'univers sans Dieu. On ne saurait donc sous-estimer l'apport de l'évolutionnisme aux divers courants matérialistes et humanistes qui allaient triompher au XXe siècle, tant sous la forme libérale et marchande faisant du PIB un critère absolu pour hiérarchiser les sociétés, que sous la forme socialo-marxiste faisant de la cité terrestre l'horizon indépassable des ambitions humaines.
Mais le plus étonnant — on serait presque tenté de dire le plus admirable ! — dans ce paysage, fut de voir des esprits religieux, soucieux de vivre en présence de Dieu, s'enthousiasmer pour une doctrine qui semblait donner sa cohérence métaphysique à l'athéisme honni. Il y a là un paradoxe si étonnant, si irrationnel en apparence, qu'il serait incompréhensible sans un petit détour par l'histoire des idées ou, plus exactement, par l'histoire des erreurs triomphantes. La cohérence n'existe durablement qu'entre les vérités, mais elle peut se rencontrer entre deux erreurs. Écoutons Wolfgang Smith :
« L'évolutionnisme théiste combine de la mauvaise science avec une théologie fallacieuse. En outre, il ne semble pas reconnaître qu'une fois Dieu affirmé, il n'y a plus de raison, et aucun besoin, de maintenir l'hypothèse transformiste, cette notion infondée selon laquelle une espèce "évolue" à partir d'une autre. Si la raison d'être de cette idée farfelue est vraiment de proscrire "le pied divin dans la porte"[6], n'est-ce pas le summum de la folie, de la part des apologistes chrétiens, de soutenir cette hypothèse désormais discréditée, en maintenant le postulat non moins gratuit que Dieu lui-même s'engage dans ce scénario qui prétend l'écarter ? On peine à citer une autre doctrine qui soit d'une ineptie plus flagrante ! Pire que tout, cependant, il se trouve que cette notion malheureuse, promulguée par des hommes d'Église, est payée au prix fort, car elle revient, au bout du compte, à un déni de la vérité chrétienne : en un mot, l'évolution déiste est une hérésie[7]. »
Comment en est-on arrivé là ? Un facteur décisif fut certainement l'orgueil scientiste du XIXe siècle, fondé sur l'impeccabilité de la science. Certes, il existe des doctrines et des résultats scientifiques durables, et cela était tout particulièrement vrai pour la science empirique qui avait prévalu jusqu'alors : le principe d'Archimède, les lois de la perspective ou la quantification du mouvement des corps en sont des exemples. Or la géologie sortait de ce cadre : on n'y observe pas les faits générateurs, mais leurs résultats, qu'il faut interpréter. Ce devrait donc être une science historique, mais les témoins sont muets. On devine aisément que la part faite à l'imagination y est dominante.
Au XVIIIe siècle, les « systèmes de la terre » abondent — tant les « vulcaniens », faisant la part belle aux éruptions, que les « neptuniens », portés sur les déluges. En 1764, l'abbé De Pauw en comptait 49[8]. En 1795, dans sa propre Théorie de la Terre en trois volumes, Jean-Claude de La Métherie énumère 35 systèmes antérieurs au sien. Puis l'actualisme de Charles Lyell, avec ses Principes de Géologie (1830-1832, bientôt traduits en français), s'imposa dans les sociétés savantes, y compris sur le continent. S'élabora peu à peu une chronologie longue, rythmée par de grandes ères géologiques obtenues par addition en faisant correspondre un type de roche (un « faciès lithologique ») avec une date de calendrier.
Par malheur, les théologiens européens, portés par un légitime respect pour l'activité scientifique, ne virent pas qu'il s'agissait cette fois d'une science théorique largement fondée sur l'interprétation des faits et non sur les faits eux-mêmes, et ne jouissant donc pas de la qualité de certitude qu'il eût été normal d'attendre d'une science.
Dans la même veine « actualiste », la paléontologie, témoignant pourtant de l'enfouissement cataclysmique d'êtres vivants lors de vastes transferts de sédiments, fut interprétée non plus comme un récit de morts tragiques, mais comme une histoire de la vie, le déroulement d'une lente évolution des êtres vivants au cours des longues périodes géologiques.
Darwin avait ainsi apporté à Lyell une explication qui lui manquait. Une nouvelle vision de l'histoire du monde et de ses habitants avait pris corps, confirmant ce que Deluc pressentait dès 1810 :
« Les armes de ceux qui attaquent [la religion révélée] ont changé, et il faut y conformer sa défense : on l'attaque par la géologie, et c'est nécessairement une science à acquérir par les théologiens, aussi essentielle que celle des anciennes langues[9]. »
En effet, remarque-t-il dans les premières pages de son Traité élémentaire de géologie, « l'histoire de la Terre est inséparable de celle de l'homme[10] » ; or la géologie est présentée comme une « science de faits et de déductions rigoureuses[11] ». De la sorte, « l'on est bientôt arrivé à conclure, que si la géologie était contraire à la Genèse, celle-ci ne pouvait être qu'une fable. Il est inutile de chercher à éluder cette conclusion, elle frappe tous les esprits[12]. »
Un théologien comme Henry de Dorlodot (1855-1929) suivit le conseil donné par Deluc : il devint même membre de l'Académie royale des Sciences, en Belgique, au titre de géologue. Mais avec les données de la science géologique, il avait respiré l'interprétation actualiste et fut un des premiers à concilier la théologie — qu'il avait étudiée à Rome et enseignée à Namur — avec la géologie, qu'il enseignait alors à Louvain. En 1909, il représenta d'ailleurs l'université de Louvain à Cambridge, lors des cérémonies commémorant le centenaire de la naissance de Darwin.
Dans un ouvrage avec imprimatur édité en 1921 à Bruxelles et à Paris, Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholique, il proclamait l'alignement complet de la théologie sur la nouvelle histoire de la Terre :
« On ne peut trouver dans l'Écriture Sainte, interprétée d'après les règles catholiques, aucun argument probant contre la théorie de l'évolution naturelle, même absolue[13]. »
En incluant ici une évolution naturelle « absolue », le chanoine de Dorlodot signifiait que même le passage de molécules organiques (sans vie) à la première cellule vivante se serait fait sous l'action naturelle de simples causes secondes, sans intervention divine. Lui-même ne défendit pas explicitement cette dernière thèse, non pour des raisons théologiques ou scripturaires d'ailleurs, mais pour de simples raisons épistémologiques : parce que, du moins dans l'état de la science biochimique de son époque, ce « passage » restait hors de portée.
Quant à l'Écriture Sainte « interprétée selon les règles catholiques », Dorlodot entendait surtout : « sans s'en tenir au sens littéral » ; mais il aurait été bien en peine de proposer un sens spirituel précis adapté à ces versets ou bien suggérant l'origine évolutionniste des espèces ! Enfin, il avança un argument faux mais devenu classique à force d'être répété : les anciens Hébreux, peuple nomade encore peu civilisé et au langage fruste, n'auraient pu comprendre ce que nous-mêmes savons désormais :
« Car quel que soit l'objet dont ils traitent, les écrivains sacrés parlent le langage humain, qui comporte l'emploi de figures de tous genres, et ce n'est pas seulement lorsqu'ils parlent des choses de la nature qu'ils sont hommes de leur pays et de leur temps et parlent à des hommes de leur pays et de leur temps[14]. »
Cette réception acritique des énoncés d'une science devenue, avec les Académies et les programmes scolaires, une sorte de doctrine officielle des États, cet alignement servile sur des théories dont les principaux inspirateurs ne cachaient guère leur hostilité aux dogmes du christianisme, pourraient surprendre. Durant presque deux millénaires, les penseurs chrétiens avaient défendu la vérité des Écritures contre les critiques de certains savants. Une discipline spécifique s'était même constituée à cet effet : l'apologétique. Puis, brusquement, le grand art dialectique, le grand œuvre, pour la pensée religieuse, s'inversa : il devint de montrer que les plus évidentes contradictions historiques ou scientifiques soulevées par les adversaires étaient désormais sans objet contre une Bible « bien interprétée », c'est-à-dire vidée de tout contenu proprement affirmatif sur l'origine des choses et des êtres.
Il ne peut exister de contradiction qu'entre deux affirmations et, selon le mot malheureux de Léon XIII, sorti de son contexte par le P. Lagrange, la Bible parlait « selon les apparences ». Or, pour la pensée réaliste classique, les apparences, ce qui tombe sous l'essence (quæ sensibiliter apparent), sont le substrat même de la connaissance, le donné empirique sur lequel s'élabore notre science. Mais au XIXe siècle, sous l'influence de la philosophie de Kant, le mot apparence allait changer de sens pour signifier, comme aujourd'hui, le contraire de la réalité. Désormais, il n'y avait donc plus à chercher de réelle vérité savante dans un livre bien écrit, profond, émouvant même, mais condamné par les théologiens à parler « selon les apparences » !
En réduisant ainsi les onze premiers chapitres de la Genèse au genre littéraire d'un mythe évocateur, l'exégèse moderne atteignait du même coup un objectif peut-être plus important encore : tuer dans l'œuf tout retour à une nouvelle « affaire Galilée ». En osant réclamer au mathematicus du grand-duc de Florence des preuves tangibles de ce qu'il affirmait, le cardinal Bellarmin[15] avait franchi une ligne rouge, se comportant en juge face à une science désormais souveraine. Le rapport d'autorité s'était bel et bien inversé, laissant à la seule communauté scientifique le privilège d'énoncer le vrai en matière de faits objectifs. L'évolutionnisme donna le second coup de massue, achevant de réduire les Écritures à l'insignifiance, du moins en matière de science ou d'histoire. Comme l'écrit joliment dom de Monléon dans son Moïse, à propos de la manière dont les exégètes contemporains écartent d'emblée l'exactitude historique du Pentateuque :
« Le grand principe pour eux, le dogme intangible, le Moloch auquel il faut être prêt à tout immoler, c'est la théorie de l'évolution. Celle-ci obsède leurs esprits, et le nom en revient constamment sous leur plume. Malgré la méfiance qu'elle commence à inspirer à tous ceux qui ne sont pas esclaves des préjugés courants, elle reste pour eux une savoureuse "tarte à la crème" ; elle leur apparaît toujours comme le suprême raffinement de l'esprit, le signe d'une vraie culture, la preuve éblouissante qu'ils sont à la page, et à l'avant-garde de la pensée de leur temps. Les avertissements de la lettre Humani generis, rappelant qu'elle n'est qu'une hypothèse et qu'hypothèse n'est pas science, sont restés sans écho. Tout se passe comme si la critique biblique avait pour premier devoir de concilier le texte des écrivains sacrés avec les exigences de cette doctrine, étant bien entendu que ce sont les premiers qui feront toutes les concessions, la seconde étant par essence un dogme qui ne se discute pas[16]. »
Pour nous qui avons compris que l'évolutionnisme est une lunette déformante nous empêchant de voir le réel tel qu'il est, et qui en outre repose entièrement sur une confusion entre deux concepts contraires — la micro et la macro-évolution —, l'idée de devoir réinterpréter tous les dogmes du christianisme pour les ajuster à cette illusoire projection du mythe du progrès sur la nature, paraît si absurde que l'on ne voit guère l'utilité d'une réfutation. Il existe cependant deux objections de bon sens que, par respect pour nos contemporains abusés, il convient quand même de signaler.
La première est que Dieu, étant tout-puissant, aurait donc pu, tout en restant le créateur auguste que nous savons, créer selon l'évolution. C'est « l'évolution dans la création » : mirifique synthèse verbale qui concilie ce que nous voulons croire : la Création divine, et ce que nous disent les savants : l'évolution. Mais cela reviendrait à dire que, depuis près de 2 000 ans, le Verbe incarné qui est la vérité venue en personne sauver l'humanité, a volontairement laissé les Apôtres et leurs successeurs croire ne varietur en une vieille cosmogonie hébraïque périmée, sur la littéralité de laquelle tous les Pères et les conciles, pendant dix-neuf siècles, fondèrent leur pensée, leur discours et leurs actes, jusqu'au martyre. Est-ce bien raisonnable ?
Qui plus est, même si Dieu peut tout, encore faudrait-il qu'Il le veuille ! Encore faudrait-il qu'Il eût bien voulu attendre ce que Clémence Royer, la traductrice de Darwin en français, appelait la « révélation de la science[17] » pour donner à l'humanité, enfin adulte, la véritable explication de son plan de Créateur, avouant ainsi sur le tard son incapacité à créer du premier coup le monde parfait qu'il nous faudra encore attendre, monde réservé au surhomme à venir, vis-à-vis duquel nous sommes ce que le singe est vis-à-vis de nous.
Seconde objection couramment soulevée pour expliquer l'imperfection de la Révélation primitive : de frustes pasteurs tels qu'Abraham, Moïse ou David, ne pouvaient pas accéder à la connaissance intellectuelle de cette merveilleuse épopée que constitue l'évolution : ils étaient trop ignorants pour pouvoir la comprendre ! Il aurait fallu pour cela notre science avancée... Plus largement, on peut même se demander, sachant qu'ils vécurent des siècles avant Jésus-Christ, si des auteurs archaïques tels que Platon, Isaïe ou Confucius, n'étaient pas condamnés — n'oublions pas que l'évolution progressive est un phénomène collectif ! — à une grossièreté de pensée et de langage à laquelle même le dernier écrivaillon de notre siècle ne saurait condescendre !
Alors Dieu, dans son amour infini, prit en pitié l'inculture des Patriarches et sut leur inculquer un narratif à la mesure de leur lenteur neuronale :
[Image : RAVIT FACIE-ET-SPIRAC VLYMOTER - Création d'Adam. Mosaïque murale de la cathédrale Sainte-Marie-la-Neuve (XIIe siècle) à Montreale (Sicile).]
En revanche, quant à nous, désormais à la pointe du progrès scientifique, nous disposons du narratif savant et subtil que voici :
[Image : Évolution selon Darwin (Getty Images).]
Ce que croient nos contemporains est parfaitement résumé dans cette icône de l'évolution darwinienne avec ses concepts les plus élaborés : la flèche du progrès qui par une transformation graduelle redresse peu à peu le singe velu, courbé vers sa pitance, et le transforme en un homme glabre partant à la conquête de l'espace.
Mais, entre l'icône darwinienne et l'icône chrétienne, laquelle des deux, au fond, est-elle la plus subtile, la plus riche, la plus capable de nous faire accéder à la compréhension profonde de ce que nous sommes ? Le lecteur en jugera par lui-même. Je ne crois pas qu'un doctorant en biologie du XXIe siècle en sache beaucoup plus sur la macro-évolution — qui n'existe pas ! — que les dessinateurs des multiples icônes darwiniennes, mais je suis sûr que, même mille ans avant J.-C., l'incomparable poète qui nous a valu les Psaumes, avec sa fine connaissance du cœur humain, eût été parfaitement capable de comprendre ce que Darwin a voulu nous enseigner et ce que nous en avons retenu, pour notre malheur. Même en scrutant attentivement toute la Bible, les Pères et les docteurs de l'Église, on ne trouvera pas le moindre verset, la moindre locution qui fasse d'Adam un mythe et de la Chute une fiction.
Ainsi l'évolutionnisme théiste n'est-il pas autre chose que le sauvetage, par et au profit d'une illusion religieuse, d'une hypothèse scientifique invérifiée. Alors, certes, les impossibilités du saut entre espèces s'évaporent devant la toute-puissance divine, mais celle d'un Dieu qui n'a plus rien de commun avec le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob ou des Évangiles.
Le moment venu, les scientifiques sauront tourner la page, redécouvrir les mérites de la stabilité des espèces et passer à autre chose... Mais l'épreuve sera terrible pour ceux qui ont remanié, repensé et dénaturé leur religion pour l'asservir au Moloch de l'évolution. C'est à une véritable conversion qu'ils seront alors condamnés. Alors, pourquoi ne pas anticiper !
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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