Du Paganisme dans l’éducation. Le rôle de Mgr Gaume (1802-1879) dans la contre-révolution au XIX e siècle
Les Éditions Saint-Remi publient le mémoire de Madame Pascale Tassot, soutenu en 1987 pour le diplôme d’études approfondies d’histoire des institutions, des idées et des faits sociaux à l’université de droit, d’économie et de sciences sociales de Paris. L’ouvrage, d’une centaine de pages, est une synthèse passionnante et érudite de la pensée et des travaux de Mgr Gaume sur les origines profondes de la Révolution française.
Figure de proue des auteurs contre-révolutionnaires du XIX e , Monseigneur Jean-Joseph Gaume eut la plume prolifique et son œuvre s’avéra essentielle dans les débats d’alors. En 1851, l’abbé Gaume publie Le Ver rongeur des sociétés modernes, ou le paganisme dans l’éducation. Pour lui, en effet, ce « ver rongeur est l’élément païen dans l’instruction de la jeunesse », à la source de la Révolution de 1789 et des maux qui s’en sont suivis.
Son but est de déraciner le mal en recherchant ses causes profondes, convaincu que la Révolution française fermentait depuis fort longtemps, pour mieux surgir.
Pascale Tassot sépare son opuscule en deux parties. Tout d’abord, elle reprend les liens établis par Mgr Gaume entre paganisme et Révolution. Puis, elle expose les positions de l’Église au cours de l’histoire sur les auteurs païens. En termes de définition, le paganisme se caractérise par trois éléments : le rationalisme, le sensualisme et le césarisme. Aussi, la paganisation de la société débute dès la Renaissance, au XIV e siècle, et aura une influence dans de multiples domaines. Dans la langue par exemple, le latin classique s’oppose au latin médiéval, facile d’accès. On assiste au « culte du beau langage » avec Pétrarque puis Érasme.
Mgr Gaume cite dans Pie IX et les Études classiques l’expérience de saint Ignace, particulièrement instructive : « Saint Ignace acheta le livre Miles Christi (Érasme) ; chaque soir, il en lisait quelques pages. C’était en effet du très beau latin. Mais au bout de quelques temps, Ignace s’aperçut qu’après chaque lecture d’Érasme, il n’avait plus sa ferveur et sa componction habituelles. Il fit quelques contre-épreuves, et finit par renoncer à Érasme. » La paganisation touchera de même les mœurs, la littérature, les arts, la philosophie et les sciences, la religion (avec le protestantisme) …
Au-delà de l’enquête historique, Mgr Gaume « cherche à comprendre les causes de cet engouement pour l’Antiquité. […] Dès la Renaissance, le culte de l’Antiquité ne relève pas tant d’une nostalgie esthétique que d’un retour complet au paganisme, à sa vision du monde, à son langage et à ses mœurs ». Car la Révolution est d’essence luciférienne, « fille du non serviam ». Ainsi, le théologien catholique intransigeant montre en quoi le régicide, les mythes de l’état de nature et du contrat social, la décadence des mœurs, etc., sont profondément païens.
Dans ses œuvres, Mgr Gaume explicite le combat entre les deux cités de saint Augustin. « La vraie réforme ne se fera pas sans un retour préalable des esprits aux vérités chrétiennes. » L’Église est « l’adversaire naturel du paganisme ». Dès saint Paul, puis les Pères de l’Église en effet, le paganisme fut vivement rejeté. « C’est un crime de boire en même temps au calice de Jésus-Christ et au calice des démons. »
L’ouvrage de 1851, Le Ver rongeur des sociétés modernes, ou Le paganisme dans l’éducation, fut largement relayé par L’Univers de Louis Veuillot. La querelle des classiques naissait (1852). Opposant l’abbé Jean-Joseph Gaume (il sera élevé pronotaire apostolique par Pie IX en 1854) à Mgr Félix Dupanloup, évêque d’Orléans, la controverse porte sur l’éducation chrétienne. Fallait-il enseigner les auteurs païens (grecs et latins) dans les collèges chrétiens ? Les humanités enseignées dans les séminaires et les institutions jésuites sont notamment mises en cause.
Afin de dépaganiser l’Église puis la société, l’ultramontain énonce trois requêtes : un assainissement plus strict des auteurs païens, un apprentissage plus large des auteurs chrétiens et une explication chrétienne des auteurs païens.
À noter que le pape Pie IX lui apporta son soutien à plusieurs reprises, notamment par une Lettre reçue en 1872 et par un Bref de 1874 (ces deux documents sont fournis dans l’ouvrage, en annexes).
Alors qu’il écrivait il y a près de deux siècles, on ne peut que constater la pertinence de l’analyse de Mgr Gaume pour l’époque contemporaine, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Nos maux trouvent leur source dans l’esprit de la Révolution. Il serait aisé de poursuivre le mot de Louis Veuillot pour notre XXI e siècle : « Au XIV e siècle, le peuple entendait la voix des saints ; au XIX e siècle, il ne lit que des turpitudes et les impiétés des journalistes. »
Concentré d’anti-libéralisme dont la lecture est savoureuse, ce petit ouvrage est à mettre entre les mains des éducateurs de jeunes enfants et dirigeants d’établissements catholiques (G. B.).
(Sainte-Croix-du-Mont, Éd. Saint-Remi 2025, 159 pages, 13€)
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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