Faut-il avoir peur des O.G.M. ?
Résumé : Les OGM vont rester durablement un sujet d'actualité, vu l'importance des investissements industriels, des enjeux scientifiques et des réactions psychologiques et morales qu'ils suscitent. Mais que sont au juste les « organismes génétiquement modifiés » ? Cet article de vulgarisation, écrit par un chercheur, permettra de bien comprendre les limites comme les dangers du génie génétique. À partir de ces informations, le lecteur pourra nourrir sa réflexion et conclure pour lui-même à la lumière des vérités supérieures de la Révélation.
Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) font la une des médias. Il est dès lors indispensable que le public puisse avoir accès à une information compréhensible par le plus grand nombre et aussi complète que possible, afin de pouvoir se faire une opinion et juger en connaissance de cause des intérêts et des inconvénients.
Conformément à la vocation scientifique du Comité, la présente contribution, destinée à l'information, expose l'état de la question avec impartialité. Nous avertissons cependant le lecteur que le choix des exemples cités est biaisé, puisqu'ils illustrent les effets indésirables des OGM.
Qu'est-ce qu'un OGM ?
Les gènes... L'information dont tout être vivant a besoin pour vivre, naître, se développer, se reproduire, ainsi que probablement l'information qui impose une limite à la vie moyenne de son espèce, est inscrite dans son génome (qui se présente sous forme de chromosomes dans certains états de la cellule). Chacune des millions de milliards de cellules de notre corps renferme ainsi le même génome (identique à celui de l'œuf fécondé dont nous sommes issus), qui se présente physiquement sous forme d'un fil d'environ un mètre de long empaqueté dans une boule d'un diamètre de l'ordre d'un micron seulement, le noyau. Ce « fil » est constitué de deux brins torsadés l'un autour de l'autre en une double hélice (ADN). Chez l'homme, chacun de ces deux brins est formé d'une suite d'environ trois milliards d'éléments choisis parmi quatre unités chimiques distinctes (les "bases"), que les scientifiques sont en train d'épeler (le "séquençage"). En réalité, les séquences des deux brins sont complémentaires, dans la mesure où les 4 bases s'apparient deux à deux d'un brin à l'autre.
... leurs expressions ... Le génome est fractionné en gènes, qui sont des séquences de l'ordre d'un millier de bases, contiguës ou interrompues par des traits d'union plus ou moins longs d'autres bases dont le rôle est encore énigmatique. Chaque gène spécifie une activité biologique, par exemple un produit qui sera fabriqué dans l'usine cellulaire à partir de l'information portée par le gène (c'est "l'expression" du gène). Ce produit, une protéine, est formé de l'alignement de quelques centaines de motifs chimiques, les amino-acides, dont nos cellules utilisent une vingtaine de variétés différentes. La séquence des amino-acides de la protéine est complètement déterminée par la séquence des bases du gène, selon les règles universelles du « code génétique » qui associe chaque suite de trois bases du gène à un amino-acide.
...leurs activités. Si les gènes sont pure information, les protéines sont les véritables agents de la vie cellulaire. Ce sont elles qui produisent l'énergie et les substances indispensables à la cellule, qui "font le ménage", qui organisent et exécutent la division de la cellule en deux cellules-filles, qui réparent les dégâts, réceptionnent les signaux, etc. Nos cellules renferment ainsi des dizaines de milliers de gènes spécifiant autant de protéines, mais quelques milliers seulement sont activement exprimés, à un instant donné, selon les besoins spécifiques de la cellule.
On peut résumer ce qui précède en assimilant le génome à un CD, les gènes à des motifs musicaux gravés sur le CD et l'expression des gènes à la lecture du CD pour entendre ces motifs.
Modification génétique d'un organisme
L'idée de transférer un trait caractéristique d'un individu à un autre individu a dû venir très tôt aux hommes. La sélection de plantes et d'animaux domestiques par croisement remonte loin dans le temps. De tels croisements sont cependant limités par la barrière de l'espèce. Le confinement génétique des espèces s'est trouvé aboli quand apparurent des "outils" pour couper et coller des fragments d'ADN. Le génie (ou la manipulation) génétique consiste à découper dans un génome donné un fragment contenant le gène sélectionné, et à l'insérer ailleurs, notamment dans un autre génome ("transgénèse").
L'opération ignore la barrière de l'espèce, puisqu'on travaille directement sur l'ADN pur. Si cette cellule modifiée est un œuf, l'individu qui en sortira comportera, dans chacune de ses cellules, un génome renfermant le gène étranger : ce sera un organisme génétiquement modifié (O.G.M.).
Attention : il y a OGM et OGM...
Il faut bien distinguer l'utilisation des méthodes de la génétique moléculaire en recherche (confinée au laboratoire, conditions stériles, destruction des risques) et sa mise en œuvre dans les applications biotechnologiques (dissémination à ciel ouvert).
On souligne cette différence pour éviter la confusion qui a gouverné une récente "votation" helvétique. On demandait à l'électeur sa position vis-à-vis des aliments transgéniques ; le propos fut habilement radicalisé en "pour ou contre" les manipulations génétiques en général, y compris en recherche, faussant ainsi le débat.
Que devient le gène étranger introduit dans la cellule ?
En général, un gène est introduit avec des séquences indispensables pour son expression ainsi que des marqueurs. Trois catégories de questions se posent alors :
- Le gène va-t-il rester en place ? Peut-il sauter ailleurs dans le génome ou envahir le génome d'autres cellules/individus/espèces ?
- L'effet de l'expression : Quel impact sur les gènes résidents de la cellule hôte ?
- L'effet du produit : Quel effet sur la cellule hôte, sur d'autres cellules, ou sur le consommateur ?
Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne savons ni prévoir ces éventualités, ni estimer leur probabilité.
La ballade des gènes
Un gène n'est jamais complètement assigné à résidence. Les principaux mécanismes de transfert sont :
- Les éléments transposables : Fragments d'ADN capables de se déplacer.
- La voie sexuelle : Entre individus de même espèce ou proches (ex: colza et mauvaises herbes).
- La transformation : Absorption "opportuniste" de matériel génétique par une cellule (efficace par-dessus les barrières d'espèce).
- Les virus : Ils peuvent emporter un fragment du génome de l'hôte précédent vers une nouvelle cellule 2.
- La rétrotransposition : Copie de gène réinsérée ailleurs, parfois via des rétrovirus 3.
Effets de l'expression du gène étranger
L'insertion d'un gène étranger peut dénaturer les gènes résidents ou modifier leur expression (activation/répression).
- Exemple : Des pétunias génétiquement modifiés pour être couleur saumon sont devenus blancs ou bicolores, mais ont produit dix fois plus de feuilles. Le programme génétique a été perturbé.
- Exemple : Un porc dopé à l'hormone de croissance est devenu géant mais souffrait de maux multiples (peau épaisse, ulcères, pneumonies) 4.
Effets du produit du gène chez le consommateur
C'est l'effet qui inquiète le plus. On discerne quatre classes de gènes retrouvés dans nos assiettes :
- Résistance aux herbicides/parasites.
- Protéines augmentant la masse (hormones).
- Protéines influençant le goût/conservation.
- Gènes "terminateurs" (stérilisation des graines).
Étude de cas : Des rats nourris avec des pommes de terre transgéniques (lectine du perce-neige) ont vu leurs défenses immunitaires fléchir significativement par rapport à des rats nourris normalement ou avec des pommes de terre additionnées de lectine "libre". C'est le caractère transgénique qui semble en cause 7.
La présence d'hormones (croissance) est aussi un risque majeur. Les hormones sont actives à faible dose. Le consommateur de viande dopée reçoit une ration d'hormones pouvant conduire à des dérégulations (cancers, maladies endocriniennes).
OGM et biodiversité
Si le transgène modifie la flore microbienne du sol ou élimine certains insectes, les niches écologiques libérées seront envahies par d'autres espèces aux effets inconnus 9. On touche à un équilibre vital et précaire.
Conclusion
Cet article met en relief les dangers : dissémination incontrôlée, effets inattendus, risques sanitaires. En face, les avantages (résistance au froid, sécheresse) 10 sont réels mais doivent être pesés. Le "principe de précaution" demanderait que les promoteurs d'OGM fassent la preuve de leur innocuité. Or, les autorisations sont accordées sans recul suffisant. Ce n'est pas "dramatiser" que de signaler ici un drame cosmique en train de se jouer. Les gènes diffusés dans la nature y poursuivent leur vie autonome et les transformations opérées deviennent irréversibles.
Tableau : Cultures génétiquement modifiées (1997-1998)
Surface par pays | 1997 (M ha) | % | 1998 (M ha) | % |
Etats-Unis | 8,1 | 74 | 20,5 | 74 |
Argentine | 1,4 | 13 | 4,3 | 15 |
Canada | 1,3 | 12 | 2,8 | 10 |
Australie | 0,1 | 1 | 0,1 | 1 |
Mexique | <0,1 | <1 | <0,1 | <1 |
Espagne | 0,0 | 0 | <0,1 | <1 |
France | 0,0 | 0 | <0,1 | <1 |
Afrique du Sud | 0,0 | 0 | <0,1 | <1 |
Total | 11,0 | 100 | 27,8 | 100 |
Pour plus d'information : "Matériaux pour une intervention contre l'impérialisme des multinationales du transgénisme" (Action, Santé, Environnement).
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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