Histoire de la Sainte Face de Jésus-Christ
Beaucoup connaissent le Linceul de Turin, ont entendu parler de la Véronique du Vatican, mais ignorent tout du Mandylion d'Édesse ou du voile de Manoppello. Le livre, richement documenté et illustré, écrit par le docteur Rebeillard nous rappelle opportunément qu'il existe plusieurs images acheiropoïètes (non faites de main d'homme) de la Sainte Face et que le Mandylion (parfois confondu avec le Saint-Suaire) est visible à Gênes dans l'église Saint-Bartholomé-des-Arméniens, car il fut donné vers 1360 par l'empereur Jean V Paléologue au doge gênois Léonardo Montaldo qui avait secouru son trône, geste montrant aussi, comme ce sera le cas plus tard avec Michel Paléologue au concile de Florence, sa volonté de mettre fin au tragique schisme.
On apprendra aussi que le voile de Véronique fut des siècles durant le vecteur de la dévotion à la Sainte Face, à tel point qu'au XVe siècle, à Rome, les peintres de copies de la Véronique finiront par constituer une guilde spécifique. Un renouveau de la contemplation de la Sainte Face surgit à Tours au XIXe siècle, porté par une carmélite inspirée, sœur Marie de Saint-Pierre, et déboucha sur une archiconfrérie de la Sainte Face, avec Léon Dupont, ou « Monsieur Dupont », le « saint homme de Tours », confrérie où s'inscrivirent en 1885 Monsieur Martin, le père de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, et ses filles. On sait que le cliché photographique du Linceul de Turin, réalisé en 1898 par Secondo Pia, avait été instigué par la petite Thérèse. S'explique peut-être ainsi qu'à partir de 1898, les empreintes du Christ visibles sur le voile de la Véronique s'effacèrent de cette précieuse relique conservée dans la basilique Saint-Pierre, sorte de passation de flambeau d'une relique à l'autre, le XXIe siècle devant être celui d'une nouvelle révélation, la science devenant, paradoxalement, la propagandiste de cette inexplicable présence divine face aux négateurs du surnaturel.
Quant au Santo Volto de Manoppello, le docteur Rebeillard nous avait déjà donné dans Le Cep n° 72 & n° 92 un vigoureux plaidoyer en faveur de son authenticité. Ce récent livre lui permet d'en rappeler plus en détail toute l'histoire et les traces iconographiques confirmant son existence avant même son apparition à Manoppello au XVe siècle : ne serait-ce pas le « soudarion » (Jn 20, 7) que saint Jean vit lorsqu'il pénétra dans le Tombeau du Christ ressuscité ?
À chaque page de ce livre, notre mentalité rationaliste bute sur le surnaturel, tangible dans les reliques et visible dans les événements qui accompagnent chaque étape de leur périple. Cet ouvrage vient à son heure. Il en apprendra beaucoup à ses lecteurs. Il répondra aussi à nos attentes les plus intimes : « Montre-nous Ton visage, et nous serons sauvés ! »
(Saint-Germain-d'Esteuil, Éd. de la Sainte-Face, octobre 2023, 144 p., 17 €)
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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