IA Illusion d'Avenir
Résumé : Enseignante et chercheuse en informatique, Emmanuelle Darles nous offre avec IA Illusion d'Avenir, les dangers de l'intelligence artificielle un petit ouvrage synthétique, clair et exhaustif de cette « doctrine » contemporaine qu'est désormais l'Intelligence Artificielle (IA). Ayant été experte elle-même auprès de la Commission européenne sur ce sujet, son analyse est donc particulièrement clairvoyante.
L'ouvrage débute par un bref chapitre historique. Les néophytes découvriront ainsi un pionnier, le Britannique Alan Turing : sa machine éponyme de 1936, ses méthodes de cryptanalyse pour déchiffrer les messages de l'Axe au début des années 1940, ainsi que le « test de Turing » conçu pour évaluer la capacité d'une machine à penser par elle-même. C'est toutefois en 1956, à la conférence de Dartmouth, que l'expression « intelligence artificielle » fut inaugurée. Dès lors, dans le milieu scientifique, s'ensuivit un bouillonnement intellectuel jusque dans les années 1970, pour ne reprendre véritablement que dans les années 2000 grâce à l'internet.
Cette mise en bouche effectuée, Emmanuelle Darles ne fuit pas la difficulté. La chercheuse consacre tout un chapitre de définitions et d'explications sur ce qu'est l'IA. Nous plongeons ainsi dans les différences et spécificités entre l'apprentissage machine (« machine learning ») et l'apprentissage profond (« deep learning »). Pour terminer sur un domaine particulièrement important et davantage philosophique : une machine peut-elle avoir une conscience ? Créer une « conscience artificielle » serait-il seulement possible ?
Dans le monde du travail, avec les véhicules autonomes et dans d'autres multiples domaines, on parle beaucoup du grand remplacement de l'homme par l'IA. Cette vision n'est possible que dans un monde athée qui s'affranchit du spirituel : l'âme est l'éternelle absente des débats quand, dans le même temps, on tente de réduire l'homme à une capacité de calcul, à un cerveau purement mathématique. Dans ce contexte, effectivement, l'IA pourrait être un homme comme un autre.
Ensuite, cela se corse. L'auteur tire sur le fil de l'IA pour en recueillir les implications inéluctables. Et force est de constater que George Orwell ne s'était pas trompé. Car au-delà de faire gagner du temps, l'intelligence artificielle est un outil de pouvoir et de manipulation sociétale très puissant. Ce dernier point est l'un des plus essentiels du livre. D'un côté, comme Winston Smith suivi par Big Brother, Emmanuelle Darles met en garde contre la surveillance de masse (comme avec le crédit social chinois) rendue possible par l'IA, notamment grâce à la reconnaissance faciale. Il s'agit ni plus ni moins que d'instaurer un « soupçon permanent » et généralisé. De l'autre côté, qu'est-ce que la vérité pour Big Brother puisque 2+2=5 ? L'IA créée sa propre vérité. Elle génère ses propres contenus, des images, des voix... L'auteur s'interroge ainsi sur la valeur de la preuve. « Il faut désormais prouver que la preuve n'est pas truquée. » « Le faux devient presque indiscernable du vrai. » Le système judiciaire est renversé.
À coup sûr, l'histoire s'accélère. Un livre précieux pour qui veut se saisir de toute cette problématique. (G. B.)
(Éditions Résurgence, 2025, 143 pages, 20 €)
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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