L’Homo Sapiens vieillit de 35 000 ans

Par The New York TimesRevue n°32Datation, Paléontologie, Préhistoire
L’Homo Sapiens vieillit de 35 000 ans

Résumé : Comme on ne sait pas dater directement les ossements fossiles, il est inévitable que des contradictions apparaissent entre deux mesures successives et indépendantes. C’est alors le résultat le plus « vraisemblable » qui est retenu, c’est-à-dire le résultat attendu pour faire « coller » avec ce qu’on sait par ailleurs. Quelle que soit la précision de la méthode physicochimique retenue, la transformation du résultat d’analyse en une date de calendrier demeure donc une opération largement arbitraire, ce qui explique la valse des dates admises pour l’apparition de l’homme.
Le cas des crânes trouvés près de la rivière Omo, en Ethiopie, est significatif  d’un fréquent emploi du mode « conditionnel », comme dans l’article du NYT ici reproduit. Il suffit à démontrer que la datation des fossiles est peut-être un art mais certainement pas une science…

Des paléontologues australiens et américains ont revu la datation de fossiles humains découverts le long de la rivière Omo au sud de l'Éthiopie. Deux crânes, baptisés Omo I et II, avaient été mis au jour en 1967. Ils furent datés selon une première évaluation d'environ 130 000 ans par analyse du taux de thorium et d'uranium des huîtres2 retrouvées dans les sédiments.

A l’époque, cette datation fut controversée car on pensait que l'homme moderne ne pouvait avoir plus de 100 000 ans. Mais les nouvelles méthodes disponibles ont conduit Francis Brown, de l'Université de l'Utah, John Fleagle, de la Stony Brook University (New York), et Ian MacDougall, de l'Australian National University, à une autre conclusion.

Les deux fossiles, contemporains malgré des différences morphologiques, remonteraient à quelques 195 000 ans (à 5 000 ans près3). Les chercheurs se sont notamment focalisés sur le taux de désintégration de l'argon des cristaux de feldspath prélevés sur des sédiments situés juste au-dessous des fossiles, et de cendres prélevées nettement au-dessus (à environ 50 mètres) ; les premiers ont indiqué un âge de  196 000 ans et les secondes une limite inférieure de 104 000 ans. La vitesse de sédimentation de la rivière Omo étant à l'époque très importante, l'âge des restes serait donc plus proche de 196 000 ans. Jusque- là, les plus vieux fossiles humains étaient considérés comme étant ceux découverts à Herto, également en Ethiopie, et évalués entre 154 000 ans et 160 000 ans. Ces travaux confirment les analyses de paléogénétique  récentes situant l'origine de l'Homo sapiens moderne entre 150 000 et 200 000 ans avant Jésus-Christ.

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

Voir l'article sur le site