In memoriam : Gilbert CALLET (1947-2025)

Par Éric DILLIESRevue n°110Hommage
In memoriam : Gilbert CALLET (1947-2025)

Notre ami Gilbert Callet s'en est allé vers l'autre monde le 17 février dernier, après de longues années où ses jambes étaient devenues un souci plutôt qu'une aide. Mais la mobilité que le corps lui mesurait n'avait pas atteint l'esprit, toujours agile.

Le vieux professeur a donc posé son cartable pour ne plus le reprendre et ses anciens élèves, têtes jadis blondes, parfois grisonnantes ce 24 février, ne manquèrent pas pour entourer sa famille dans l'église Saint-Calixte de Lambersart qui lui était chère : une tiare pontificale y surplombe le tabernacle du grand autel – remis en service pour la circonstance –, et cette allusion au dogme proclamé par Pie IX ne pouvait que plaire à celui qui signait ses éditoriaux dans Science et Foi du nom mûrement choisi de Chrysogone.

[INSERT IMAGE: Portrait photo de Gilbert Callet]

Enseignant la philosophie dans le privé sous contrat, il devint pour beaucoup un véritable « maître », sachant transmettre non seulement des idées abstraites, mais les convictions qui font des idées une armature permettant d'affronter le grand périple qui attend les élèves au sortir du lycée. Lecteur assidu, ne pouvant garder pour lui les lumières entrevues, et sans attendre l'Internet, il diffusait en les photocopiant les articles ou les pages marquantes qu'il découvrait. Sa grande lucidité ne l'empêchait pas de voir aussi le bon côté des œuvres nouvelles et des événements. La Providence voulut aussi qu'il soit, fût-ce involontairement, à l'origine de la création du CEP. Plus qu'à beaucoup d'autres enseignants, nous pourrons lui appliquer ce verset où la Sagesse, vers laquelle tend tout philosophe, se donne à connaître : Veritatem meditabitur guttur meum (« C'est la vérité que méditera mon gosier », Pr 8, 7).

Que sa femme Danièle, ses enfants et petits-enfants trouvent ici le témoignage de notre reconnaissance.

Un ancien élève témoigne de ce que peut faire un enseignant véritable autant que véridique :

Né dans une famille catholique pratiquante, je n'eus aucune raison de douter de la parole de Dieu jusqu'à l'âge de onze ans. Ce jour de mon anniversaire, on m'offrit un livre intitulé La Préhistoire, parsemé de magnifiques dessins colorés comme on le faisait encore dans les années 70. Après l'avoir dévoré avec passion, une chose m'apparut évidente : si l'homme descend du singe et si ce dernier descend lui-même d'un micro-organisme unicellulaire né il y a près de 3 milliards d'années, ce que nous raconte la Genèse est faux. Et si la Genèse est fausse, pourquoi le reste de la Bible ne le serait-il pas ?

Tourmenté par une telle conclusion, je pensais trouver une réponse auprès de ceux qui incarnaient à mes yeux d'enfant l'autorité et le savoir dans l'Église. L'occasion m'en fut donnée lors d'un goûter chez une tante où se présenta providentiellement un chanoine. Profitant de la situation, je lui demandai si l'homme descendait du singe. Après un long silence, il me répondit : — « C'est plus compliqué que ça ! » Et il passa à autre chose... J'en déduisis qu'il ne voulait pas répondre parce qu'il n'y avait pas de réponse face à l'évidence de la science.

Après un tel renversement, ma foi fut ébranlée et ma confiance dans l'Église dévastée. Foi d'autant plus ébranlée que les cours de sciences naturelles au collège et au lycée venaient confirmer la vérité de la théorie de l'Évolution. Comment imaginer que deux visions du monde aussi différentes, aussi opposées, pussent être vraies toutes les deux ensemble ? Et laquelle disait la vérité ? Celle qui repose sur la Science et le travail des scientifiques ou celle qui se fonde sur la Révélation et la Tradition ecclésiale ? À mes dix-huit ans, la réponse fut vite donnée : c'était la Science. J'allais encore à la messe parce que mes parents le voulaient et parce que le Christ m'impressionnait, mais la lumière de la Foi s'était éteinte en moi.

C'est à cet âge-là que, providentiellement, j'ai rencontré Gilbert Callet, professeur de philosophie à Saint-Pierre, à Lille. Jusqu'alors, j'avais appris à connaître ; avec lui, j'allais apprendre à penser, à penser par moi-même, et cela ne va pas de soi. C'est toujours ardu, âpre parfois, comme le pensait Marc-Aurèle qui comparait l'acte de penser aux exercices des athlètes. À titre d'exemple : qu'est-ce que le langage ? Notion triviale puisque nous sommes des êtres parlants et tel monsieur Jourdain, nous parlons sans nous poser la question de savoir ce qu'il est, ni de savoir d'où il vient. Tenter de répondre à ces questions, c'était sortir de la caverne de Platon et commencer une quête nouvelle, celle de la vérité. Si ni l'art, ni le droit, ni la politique ne nous permettent d'accéder à la vérité, la connaissance scientifique à elle seule le peut-elle ? Rebelote : qu'est-ce que la science moderne ? Depuis Galilée, l'univers est dit être écrit en langage mathématique et, donc, le connaître scientifiquement, c'est d'abord saisir ce qui est mesurable dans la réalité objective, puis, après avoir collecté toutes les mesures, échafauder des hypothèses permettant de mettre en cohérence toutes ces mesures et enfin vérifier expérimentalement si le modèle est pertinent. Si c'est le cas, alors on peut parler d'un modèle ou d'une théorie scientifique. Mais toutefois, ce sera une « vérité » précaire, car rien ne prouve qu'un autre modèle ne puisse pas mieux « sauver les apparences » de la réalité observable. Voilà, résumé bien trop rapidement, le résultat des heures de cours et d'échanges avec Monsieur Callet.

Nul autre que lui, qui avait étudié en profondeur l'épistémologie scientifique à l'université, n'eût pu mieux répondre à la question qui me hantait depuis des années : « La théorie de l'Évolution est-elle vraie ? » Comme à son habitude, il posa des questions : cette théorie a-t-elle été vérifiée expérimentalement ? Réponse : non. Ses hypothèses reposent-elles sur une observation scientifique des faits ? Non. En d'autres mots, la théorie de l'Évolution est une croyance, car elle ne repose sur aucune base scientifique démontrée. Mon professeur venait de me réconcilier avec la Foi de mon baptême.

Il m'incita à lire L'Intelligence en péril de mort de Marcel De Corte, en particulier le deuxième chapitre consacré à la science. Quelques temps après, lors d'un colloque du CESHE, il me fit rencontrer Guy Berthault et Dominique Tassot qui m'apportèrent toutes les preuves sur le caractère religieux de cette théorie, au-delà même de ce que j'imaginais.

En digne héritier de saint Thomas d'Aquin, Monsieur Callet chercha toute sa vie à réconcilier Science et Foi, Raison et Révélation, car elles ne peuvent diverger sans porter un grave préjudice à la foi et à la piété des chrétiens, mais surtout et avant tout, parce qu'elles ont toutes deux la même et unique source : le Verbe divin.

Merci infiniment, Monsieur Callet, pour votre zèle apostolique, pour votre recherche infatigable de la Vérité, et louange au Seigneur qui vous a mis sur mon chemin !

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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