La France en son âme
Résumé : À l'heure où le délitement de la République française, longtemps phare autoproclamé de l'Europe, devient si palpable et comme irréversible, il n'est qu'une voie pour échapper au découragement tout en restant lucide : prendre du recul et redécouvrir que la France n'est pas née en 1789. De là l'idée-guide de ce petit ouvrage roboratif : les nations, du moins celles qui résultent d'un décret de la Providence, ont une terre et une âme.
À l'heure où le délitement de la République française, longtemps phare autoproclamé de l'Europe, devient si palpable et comme irréversible, il n'est qu'une voie pour échapper au découragement tout en restant lucide : prendre du recul et redécouvrir que la France n'est pas née en 1789. De là l'idée-guide de ce petit ouvrage roboratif : les nations, du moins celles qui résultent d'un décret de la Providence, ont une terre et une âme.
Armé de nombreuses réminiscences historiques et littéraires, ce livre apporte un éclairage bien nécessaire aux « imbéciles » que nous sommes, selon le mot de Bernanos, car « informés de tout et condamnés ainsi à ne rien comprendre » (p. 122), mais en qui demeure malgré tout le goût de cette vérité qui ne passe pas parce qu'elle émane de celui qui est la Vie, la vraie vie. Une première partie de l'ouvrage s'attache à décrire ce que fut la France avec sa royauté : « être roi n'empêche pas qu'il faut le devenir » (p. 58) ; sa politesse (objet d'un chapitre entier où se révèle l'éducateur jésuite que fut un jour l'auteur) ; ses saintes figures, telle Jeanne d'Arc, bien sûr, mais aussi le P. Pierre Joseph de Clorivière (1735-1820) dont la vie trop peu connue peut nous aider à traverser les temps chaotiques qui s'annoncent (pp. 78-86). Une deuxième partie analyse notre « démocasserie », néologisme visant à traduire le mot « peudodemogresca » du P. Leonardo Castellani, souvent cité[1], et manière de contourner ici le terme fallacieux servant d'habitude à désigner notre régime politique.
Déplorant les vandalismes modernes, bien pires que les destructions et les pillages attribués par Voltaire aux Vandales (p. 108) parce qu'ils attaquent l'héritage moral et spirituel (voir le passage sur le « vandalisme ecclésiastique », p 111), une troisième partie fait aussi le diagnostic de la modernité révolutionnaire : « le moi nihiliste l'emportait déjà sur la plénitude patiemment construite au fil des siècles » (p. 142). En ce sens l'actuel « wokisme », aboutissement indépassable du nihilisme à l'œuvre depuis deux siècles, fait espérer le déraillement salutaire qui remettra notre société sur les bons rails, ce qui permettait à Léon Bloy d'écrire : « Quelle que soit la malice des uns et des autres, ils ont Dieu en eux. Autrement ils ne pourraient pas subsister, même à l'état de néant, puisque le néant, inconcevable, lui aussi, sans Dieu, est le réservoir éternel de la Création » (p. 155). En conclusion, l'auteur nous invite à espérer sans nous lasser, car tel demeure le privilège de ceux qui craignent le Seigneur, « de la saine crainte qui permet de voler vers les cimes » (p. 168).
(Éd. Via Romana, 2025, 172 p., 15 €)
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
Voir l'article sur le site