La légalisation du cannabis au Canada : la dégringolade tranquille…<sup>[1]</sup>
Résumé : La légalisation totale du cannabis au Canada s'est opérée progressivement entre 2000 et 2018, l'utilisation thérapeutique ayant servi à créer le précédent acceptable. Il est clair que les politiques qui ont voté ces mesures n'ont pas cherché à remonter aux vraies causes qui poussent les jeunes vers une drogue dite à tort « douce » mais qui surtout sert de tremplin vers les autres. Ils auraient pu s'inspirer des méthodes psychologiques qui ont permis de lutter efficacement contre le tabagisme. Car c'est bien l'âme des peuples qui, au fond, est malade et les vrais remèdes ne peuvent être que spirituels.
« Christian, je peux te dire une chose certaine, c'est que le pot[2] m'a enlevé toute compassion ; ma mère serait morte sous mes yeux aux temps où je consommais, et je m'en serais foutu... » — John[3]
Fin juin 2023 par une belle journée d'été, un sentiment nostalgique m'envahissait. J'en profitai donc pour inviter ma mère pour une balade dans plusieurs quartiers de la basse-ville de Québec lors d'une soirée chaude, humide et sans même une brise ; quartiers pauvres de sa naissance, de son enfance et de la mienne, soit Saint-Sauveur, Saint-Malo, Saint-Roch. Mais, durant nos 4 km de promenade à pied, une présence accablante rôdait autour de nous sans que nous parvenions à nous en débarrasser, quels que fussent la direction ou les mouvements que nous prenions ; elle nous collait pour ainsi dire, au train. Cette présence était l'odeur âcre, écœurante, de la marijuana. Las de subir cet assaut contre nos muqueuses, les quartiers étant hélas ! imbibés de cette médiocrité de gens trompés, trahis, nous sommes finalement rentrés plus tôt que prévu. En effet, même dans des lieux jadis festifs, jamais je n'avais vécu une telle expérience olfactive continuelle, agressante, des volutes de cette substance ; pas même au temps de Woodstock et cela jusqu'en 1975, date où nous avions quitté la grande ville... L'idée de ne pouvoir laisser une seule fenêtre ouverte dans un logement surchauffé m'a rempli de compassion pour les quelques résidents sobres victimes de cet état de choses... Une situation pénible au point de nous faire désirer le retour du terrible hiver Canadien !
Dégringolade tranquille car, dès l'an 2002, les libéraux et leurs clones des médias ont commencé à préparer le terrain en diffusant massivement maints sophismes[4] que je vous invite à redécouvrir dans mes articles antérieurs[5] notamment celui-ci : « la guerre contre les drogues est perdue, pourquoi ne pas les légaliser ? »[6]. Le tout en agitant le chiffon rouge de cette autre Babylone qu'est Amsterdam, lieu culte où pourtant le cannabis ne fut jamais vraiment légalisé mais seulement toléré. Imaginez un instant que l'on applique le même raisonnement aux chauffards : la guerre contre l'excès de vitesse est perdue, pourquoi ne pas le légaliser !, ou encore à la fraude fiscale ! Et tant qu'à s'embourber — pincez-moi si je rêve ! — une étude affirme, selon des chercheurs des Pays-Bas : « les procédures judiciaires sont plus dommageables pour les consommateurs que l'usage de la drogue elle-même » (Beauchesne, 2020)[7]. Autant dire que les procédures judiciaires sont plus préjudiciables aux meurtriers que les crimes commis ! On peut dès lors entrevoir dans quel gouffre ce type de raisonnement plongerait la civilisation !
En effet, confronté à un interdit plus idéologique que réaliste, et en raison aussi des nombreux inconvénients du pot, l'on devra tôt ou tard confesser que la mégarde fut de se servir d'un état de fait fabriqué — la prolifération des vendeurs de drogues dites « douces » — pour en venir à justifier leur légalisation. Leur prohibition excessive contre des gens qui, en réalité, souffrent d'un mal à l'âme profond aura produit la création d'une multitude de néo consommateurs. Ainsi confronté à l'idéologie sociobiologique (d'E. O. Wilson : avalement des sciences sociales dans le darwinisme, qui a commencé à contaminer les magistratures dès 1975), il nous faudra aussi admettre, tôt ou tard, qu'on a été délibérément mené dans un autre état de fait plus idéologique que le premier, l'ultra permissif, de surcroît maintenant érigé en panacée. Souvenons-nous avec tristesse qu'il y a juste quelques mois, les Israéliens se sont réfugiés massivement dans le cannabis lors d'une certaine pluie de missiles[8]. Nous constatons à nouveau que le remède est pire que le mal !
À nouveau, le sophisme d'une généralisation hâtive a pris le pas ; au détriment du fait scientifiquement reconnu (Milgram) de l'obéissance des peuples aux autorités (85%), aux règles sociétales légales justement établies, et d'autant plus lorsqu'elles sont sanitaires. A ce sujet, un texte écrit par trois médecins de terrain confirme bien qu'on nous a trompés :
« Actuellement parmi la clientèle de La Vigile [un centre d'aide, à Québec, contre les dépendances au sein des forces de l'ordre], plusieurs personnes évitent la consommation de cannabis en raison du fait qu'elle est illégale. Selon la profession exercée, la consommation du cannabis est un motif de renvoi, par exemple pour les policiers ou les militaires. L'illégalité devient un facteur de protection pour ces personnes et pour bien d'autres dans la société. Malheureusement, la décriminalisation de la consommation de cannabis aura pour effet que plusieurs travailleurs commenceront probablement à en consommer. C'est ce que l'on entend de la part de notre clientèle actuelle. La légalisation aura pour effet de susciter de nouveaux utilisateurs, ce qui est inquiétant. »[9]
Il est notoire que chaque nouveau drogué créé, et ils sont des dizaines de milliers chaque année au Canada, nous rapproche d'un point de bascule (Le Cep n° 53, p. 52). En effet, toute société repose sur ses potentiels « d'énergies » physiques et moraux. Dès que ces potentiels sont minés, le compte à rebours de l'implosion est lancé ; potentiels dont les deux plus importants sont actuellement le nouvel or noir, le carbone (Le Cep n° 87, p. 16) et l'espérance. Par exemple, la carbonophobie, tout en contribuant à l'inflation galopante, attise la haine de cet or noir, et la terreur inculquée malmène l'espoir de pouvoir transporter, nourrir et chauffer convenablement nos familles. Dit autrement, on nous demande d'accepter avec le sourire de nous priver de ce qui fait notre survie. En parallèle, la légalisation des drogues par un État techniquement en faillite — matérielle et morale — augmente l'angoisse et donc le désespoir. Un ramassis de cercles vicieux qui pointent tous dans une seule et même direction : le chaos !
Ici, ouvrons une nécessaire parenthèse. Puisqu'il y a un lien entre la légalisation des drogues et l'euthanasie, nos sociétés n'auraient-elles pas intérêt à explorer la manière japonaise d'apprivoiser la douleur, et donc de vivre avec jusqu'à la mort naturelle ? En effet, le pays du soleil levant est le plus réfractaire des industrialisés aux médicaments antidouleurs. Outre que l'accoutumance bien documentée aux médicaments et drogues est la cause d'effets secondaires graves, elle est aussi la cause d'une crainte excessive envers la douleur. Autre cercle vicieux. En effet, vivre constamment « anesthésié » ne rend-il pas les gens plus sensibles à la douleur ? C'est le constat que nous faisons au Québec depuis 29 ans. La prise exagérée de médicaments (nous sommes les champions du monde), puis la légalisation récente des drogues, ne sont-elles pas en concomitance une fuite de la réalité ? Fuite qui a comme corollaire de concentrer toutes les douleurs dans le futur en raison de la tolérance et de la résistance physiologique aux médicaments et drogues. N'y a-t-il pas là un immense risque social pour une société surdroguée, si la cessation de ces verrous chimiques survenait ? La raréfaction, voire l'interruption de ces produits pourrait-elle acculer les gens à demander, en désespoir de cause, l'euthanasie, voire pire[10] !
Le subconscient des gens se rend bien compte du vice factuel. Or maintes études ont bien montré que des approches autres que la légalisation étaient de bien meilleures solutions. Par exemple, aujourd'hui plus de 95% des cyclistes portent le casque au Québec. Ce résultat fut obtenu sans contrainte, sans loi, sans police ni amendes, mais seulement par une campagne de sensibilisation peu coûteuse et bien orchestrée, sur plusieurs années, justement basée sur l'aspect santé et sécurité. Manifestement on cherche à nous faire oublier ce succès « marketing » et surtout démocratique. De même, pour contrer l'invasion du cannabis, nous aurions aussi pu utiliser la stratégie suivie par des jeunes d'un lycée de Floride pour lutter contre le tabagisme. Ces jeunes avaient enquêté et découvert que les dirigeants des compagnies de tabac savaient depuis des décennies que leur produit était cancérigène. De plus, ils découvrirent que les méthodes de sélection des semences avaient permis de hausser les taux de nicotine à des niveaux franchement indécents, et cela dans le but évident de causer une addiction rapide et forte. En effet, le tabac naturel ne cause que peu ou pas d'addiction. Les histoires amérindiennes à ce sujet sont là pour le prouver ; elles sont là aussi pour nous rappeler que l'élection des sorciers, donc l'institutionnalisation du spiritisme, se réalisait grâce au peyotl[11] au Sud, et à la marijuana au Nord. Un seul paquet de 25 cigarettes d'aujourd'hui peut causer une puissante addiction. Ces faits furent diffusés, puis l'effet boule de neige fit le reste dans un grand nombre d'écoles américaines, surtout grâce au soutien des directeurs d'école conservateurs. Bref, leur formule fut simplement de révéler que l'on avait affaire à des menteurs motivés par l'appât du gain. En occultant cette saine méthode qui avait bien réussi, les peuples latins se sont privés d'une stratégie réaliste et efficace.
Inversement, en occultant les dérives du fondateur de la psychanalyse[12], ce réductionnisme par négation de l'âme a ainsi préparé une vaste clientèle pour le cannabis et, de là, vers toutes les autres drogues. Qui plus est, ce leurre freudien — avec son armada de médicaments[13] — fait que le fléau des addictions passe sous les radars de la conscience et devient normal.
Nous en sommes maintenant à sept années de légalisation (depuis le 17 octobre 2018) de cette drogue qui est tout sauf douce, il faut le dire, le crier[14] ! Qu'en est-il donc au Canada, au Québec du moins, quant à tout ce gâchis d'une génération, qui va s'amplifiant de jour en jour[15] ? Nous laisserons parler le journal Le Devoir (considéré comme le plus prestigieux au Québec), mais auparavant, établissons un court historique à ce sujet :
- 1923 à 2001 : interdiction du cannabis au Canada.
- 1932 : première saisie de cannabis.
- 1937 : premières infractions liées à sa possession.
- 1961 : ONU (Convention unique de prohibition des drogues).
- 1965 : 270 infractions recensées depuis 1937.
- 1971 : « Les drogues sont l'ennemi public n°1 », Richard Nixon.
- 1986 : renforcement de la lutte par le président Reagan aux États-Unis. Idem en 1987 au Canada avec Brian Mulroney, puis signature en 1988 de la convention de l'ONU.
- 2000 : Renversement d'attitude envers le cannabis : la Cour d'appel de l'Ontario statue que la prohibition est inconstitutionnelle, puisqu'elle ne prévoit pas d'exemption pour l'usage thérapeutique. Dans l'art de jeter le bébé avec l'eau du bain...
- 2001 : légalisation pour un usage médical.
- 2002 : rapport du Sénat pour étendre la loi de 2001.
- 2003 : première tentative de légalisation par les libéraux.
- 2004 : seconde tentative qui échoue encore.
- 2006 : l'approche par rapport au cannabis change radicalement sous la direction du gouvernement conservateur. Il impose des peines obligatoires pour tous les trafiquants de cannabis et une peine minimale pour les producteurs illégaux. « Ce changement d'approche aurait mené à un accroissement du nombre d'arrestations dû à la simple possession partout au pays[16]. » Bien que le gouvernement Harper ait précisé que « l'État devait faire preuve de compassion pour les victimes[17] », les médias ont, une fois de plus, falsifié les faits.
- 2011 : légalisation de la prescription par les médecins.
- 2013 : autorisation à l'entreprise privée de produire légalement pour usage médical.
- 2015 : Justin Trudeau annonce son intention de légaliser le cannabis et son ajout aux aliments, sucreries, etc.
- 2017 : avril, projet de loi C-46.
- 2018 : 21 juin, sanction royale et entrée en vigueur le 17 octobre. Nota : au Québec, la majorité légale est à 21 ans.
- 2018 : deux semaines avant la légalisation, Radio Canada et La Presse canadienne (deux clones de l'AFP) poursuivent leur campagne prodrogue en citant quelques études ou experts tendancieux.
- 2018 : Après le 17 octobre, le Congrès des jeunes libéraux annonce sa claire volonté de légaliser toutes les drogues.
« Une civilisation repose sur ce qui est exigé des jeunes et non sur ce qui leur est fourni » (Antoine de Saint-Exupéry).
Venons-en maintenant au Devoir : Le journal publie un dossier spécial, le 3 décembre 2024[18] avec pour titre : « Des jeunes frappés plus durement par les psychoses. » Cet article est important, car il révèle des faits qui n'avaient pas encore été rendus publics. En effet, les auteurs psychiatres insistent à juste titre sur la « crise » du COVID, qui a laissé les jeunes sans ressources (y compris scolaires), les plongeant dans une profonde détresse psychologique. « Leur maladie n'a pas été détectée tôt, car ils ne se trouvaient plus dans les établissements durant la pandémie en raison du manque de place » affirment-ils. De plus ils profitent judicieusement de cette tribune pour mentionner les ravages du passage aux drogues chimiques... Très bien ! Mais un fait indéniable apparaît dans l'introduction : « Une clinique pour le traitement des maladies mentales de Montréal pour adultes de 18 à 35 ans [...] a vu ses nouveaux usagers pratiquement doubler en 8 ans. » Or, c'est exactement en 2016 que le nombre de nouveaux consommateurs (surtout chez les jeunes) a crû exponentiellement — sachant bien que la police ne ferait rien suite à l'élection de J. Trudeau et à l'annonce officielle, dès 2016, d'une légalisation imminente.
Une question se pose ici : pourquoi les psychiatres ont-ils mis l'accent sur la « crise » du COVID, alors qu'ils avouent par la date, que cette « crise » n'est pas la source du nouveau problème sanitaire (lui aussi fabriqué) ? S'étonnera-t-on, en lisant cet article, d'avoir la très nette impression que les auteurs tournent autour du pot (sans vilain jeu de mots) ? Pourquoi une telle timidité alors que nous vivons un changement radical de mentalité conduisant tout un peuple vers son avilissement ![19] Serait-ce en lien avec le fait qu'actuellement l'État et ses médias subventionnés n'exposent que les statistiques partant de la légalisation d'octobre 2018[20] falsifiant ainsi les données scientifiques et conséquemment leur analyse fine ?
Mais la vraie question, toujours évitée dans cet article ainsi que par les médias et aussi l'État, c'est : « Pourquoi ? », pourquoi cet engouement des gens pour les drogues ? Cela nous ramène au texte des trois médecins de Québec cités (1er décembre 2017) : « Chaque semaine, l'équipe de La Vigile reçoit des appels à l'aide de personnes en détresse, en raison de leur consommation de cannabis. Peu importe la raison du début de la consommation, certains sont malheureusement sous l'emprise de cette drogue et incapables de se sevrer. Tous les aspects de leur vie sont atteints. Ils ont donc besoin d'une aide professionnelle. Comportements à risque, idées suicidaires, dépression, automutilation [physique ou psychologique], absentéisme au travail, invalidité, voici la réalité de certains consommateurs. »
N'est-il pas étonnant que l'article du Devoir ait omis d'expliquer un tel phénomène ! Les médecins craignent-ils les foudres des drogués qui pourraient bien leur reprocher un manque d'empathie ? Craignent-ils des mesures disciplinaires de l'État s'ils parlent trop haut, d'où le subtil signal lancé ici ? Un indice puissant nous est peut-être donné par l'incroyable agir en catimini de l'État du Québec, le 24 avril 2023, ainsi qu'avec la banalisation des cas d'intoxications d'enfants depuis la légalisation[21] ! Amis et cousins de France et de l'Europe, ce qui se passe au Québec devrait vous intéresser, car la même main qui frappe chez nous frappera aussi chez vous, si ce n'est déjà fait. Ouvrons ici une parenthèse essentielle.
Dans un article paru le 16 juillet 2024[22], la Société d'État Radio Canada, en apparence outrée de la situation, nous apprend que « le gouvernement du Québec vient de décriminaliser toutes les drogues ». Je cite : « Fumer du crack, prendre de la cocaïne ou s'injecter du fentanyl, à l'abri de poursuites judiciaires, c'est maintenant possible au Québec. Sauf que le gouvernement Legault n'en a informé à peu près personne [sinon les juges], même pas les policiers. » La SRC ajoute : « Le changement n'a fait l'objet d'aucune publicité ni médiatisation. Ni les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux ni les corps policiers n'en ont été informés », et cela bien que « ce fut une demande formelle des services de santé publique de Montréal et du corps de police de la même ville. »
Selon Jean-Sébastien Fallu, professeur à l'Université de Montréal et chercheur régulier à l'Institut universitaire sur les dépendances du CIUSSS (Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal), « le gouvernement ne veut pas que ça se sache ». Un tel scénario aurait été impensable il y a seulement 25 ans ! Un gouvernement qui aurait agi ainsi aurait probablement été destitué[23].
En conclusion, la revue Science & Vie de février 2013 a publié un admirable article solidement appuyé par de grands noms de la médecine des Pays-Bas (Les dégâts irréversibles du cannabis, par Elsa Abdoun) qu'il aurait fallu écouter, car l'âme de nos jeunes souffre d'un affreux désespoir dans ce monde matérialiste dangereusement appuyé sur une « science » mercenaire, dénaturée et tordue par l'intérêt, le mensonge systémique ambiant. Pourquoi ce mal de l'âme est-il systématiquement éludé et passé sous silence ? Parce que les questions en lien avec la vie éternelle sont tabou car elles font référence à l'âme[24]. Le négationnisme de l'âme humaine est non seulement devenu une norme, mais une arme politique.
Pour sortir de ce trou réellement infernal, la médecine d'aujourd'hui devrait, entre autres, redécouvrir les études carmélitaines des années trente, car elles contiennent une des clés pour répondre au cauchemar actuel. Bien qu'il nous faille sortir de ce gouffre du laisser-aller total actuel, il ne faudra plus retomber dans le piège de l'ostracisme à outrance. En effet, un cœur corrompu par l'hédonisme ne peut sortir de son état que par une grâce... et la grâce accompagnera la charité, priante et active. Ne nous faisons donc aucune illusion : si les captifs de la drogue souffrent, c'est avant tout à cause de l'égoïsme, du manque de charité et dans certains cas de notre « gourmandise » spirituelle[25] si décriée par saint Jean de la Croix. Et comme la solution ne viendra pas de l'État, car de facto l'État est incapable d'aimer, ce sont des individus et donc des âmes engagées qui doivent prendre le relais en abdiquant leur volonté entre les mains de Dieu. Cela commence par une bonne connaissance de notre misère personnelle. Seul le sacrifice d'une âme vraiment croyante aura de la valeur et portera du fruit. Le succès de cet effort dépend donc de la prière, du jeûne (Mc 2, 20) et des sacrifices, car nous avons oublié que « le jeûne, uni à la prière, peut suspendre les lois naturelles, arrêter les guerres » et autres calamités.
Saint Paul nous recommande de marcher droit devant, sans nous laisser distraire et donc « sans regarder ni à gauche ni à droite ». Actualisons ce conseil en ne mettant d'espoir ni dans la gauche ni dans la droite, aveugles adoratrices de l'or et du confort. Payons de nos personnes. Eteignons les écrans qui nous font perdre un temps précieux en loisirs vides et faux, pour aller secourir nos jeunes et nos aînés. Rejoignons-les partout, au fond de leur misère, en nous mettant sans cesse ni trêve à leur niveau. Offrons à cette jeunesse qui a perdu l'espoir, une saine éducation soutenue par une présence aimante et réchauffante, priante et bienfaisante, active et constructive. Encadrons aussi nos aînés et accompagnons-les vers une mort naturelle vraiment digne, lucidement acceptée. L'actuelle paralysie relève donc d'une navrante misère intellectuelle et d'un abêtissement froidement et consciemment cultivé par l'État et les médias. Elle jaillit également de notre démission spirituelle collective. Si les Soviétiques qualifiaient la religion d'opium du peuple, l'Occident, autrefois profondément chrétien, a lui-même établi sa propre fumerie d'opium qui, nuit et jour, distille ses volutes meurtrières à travers les médias, les écrans, l'occultisme et l'argent. Soljenitsyne avait bien raison de dénoncer notre matérialisme. Jésus nous avertit que dans les derniers temps la charité s'éteindra et les cœurs se durciront. L'envahissement des drogues et écrans de toutes sortes[26] ne produit-il pas de potentiels psychopathes ? Ne démolit-il pas l'amour et l'empathie en stimulant partout la haine et la violence et cela dès le plus jeune âge[27].
Tout comme les étudiants de Floride qui ont découvert la fourberie des dirigeants des compagnies de tabac, la déclaration de Dave Grossman à propos de cette « drogue des jeux vidéo violents » doit aussi être prise au sérieux : « Ceux qui ont conçu les simulateurs destinés à l'armée pour vaincre la répugnance des soldats à tuer ont lancé leurs produits sur le marché et les ont vendus comme des jouets, tout simplement. »[28]
[IMAGE] Fig.1. « On a souvent vu des gens qui, plutôt que de porter secours à une victime, sortent leur téléphone portable pour "immortaliser" la scène ! » (dessin M.T.)
N'oublions jamais qu'au Rwanda, en avril 1994, ce sont les médias-radios qui ont joué le rôle des cellulaires d'aujourd'hui et qui ont soumis les gens à une pulsion meurtrière. Comme le disait si bien Malcolm X : « Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et à aimer ceux qui les oppriment. »
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
Voir l'article sur le site