Ptolémée, Oresme, Copernic, Brahe, Galilée, Kepler.

Par Jean De PontcharraRevue n°56Astronomie, Science
Ptolémée, Oresme, Copernic, Brahe, Galilée, Kepler.

Résumé : La question de la place de la terre dans l’univers a reçu différentes réponses, principalement le géocentrisme de Ptolémée (et des juges au procès de Galilée), et l’héliocentrisme (affirmé par Copernic puis adopté par Kepler). Il est remarquable que cette question soit négligée aujourd’hui, l’Église ayant elle-même reconnu ses torts, comme si des preuves décisives avaient pu être apportées. Déjà, quand on parle de « rotation » de la terre, la plupart des gens confondent rotation diurne et translation annuelle, phénomènes bien distincts qu’il faudrait examiner séparément. D’autre part, s’il y a accord sur les mouvements relatifs des corps célestes entre eux au sein du système solaire, la question du mouvement absolu dans l’espace est tout autre. Or c’est elle dont les enjeux idéologiques comptent ; c’est elle aussi qui demeure sans solution, notamment en raison d’observations et d’expériences qu’on n’a toujours pas su interpréter de façon satisfaisante. Pour compliquer encore les choses, la théorie de la Relativité, loin d’apporter une solution comme on le croit, affirme qu’il ne peut y en avoir : pour elle, tous les référentiels sont équivalents, y compris un référentiel géocentrique. Si l’on ajoute que, pour des questions pratiques (l’observateur est sur terre), les coordonnées des vaisseaux spatiaux et des satellites sont toujours calculées en coordonnées géocentriques, on comprendra qu’il est prudent de ne rien affirmer précipitamment sur un tel sujet.

Introduction:

Nos contemporains, abreuvés d’incessantes propagandes mensongères destinées à imposer une pensée unique, ne se posent plus les questions fondamentales qui étaient librement débattues par les savants qui ont précédé la Renaissance. Le mépris insensé dans lequel la science scolastique du Moyen Age a été maintenue à partir du XVIIème siècle explique de nombreux contresens, affabulations et mythes. Un des ces mythes indéboulonnables, une des plus grandes supercheries est sans conteste l’ « affaire Galilée ». Non seulement les ennemis déclarés de l’Église se sont emparés de ce juteux « fonds de commerce », mais aussi des responsables religieux et des membres de l’Académie Pontificale.

Pourtant, il y a longtemps que les scientifiques honnêtes ont cessé de chercher des excuses à Galilée. Il est réconfortant de constater qu’Arthur Koestler[2], qu’on ne peut pas classer parmi les supporters enthousiastes de l’Église, avait fait une enquête magistrale sur l’affaire Galilée dans son ouvrage Les Somnambules[3]. L’Eglise n’était coupable d’aucun des torts qui lui étaient imputés. Mais le présent article ira plus loin et montrera qu’entre héliocentrisme et géocentrisme, la science moderne est incapable de trancher. Le « syndrome de Galilée » qui frappe un nombre important des responsables actuels de l’Église, n’a plus aucune raison d’exister.

Introduction

Le procès de Galilée est cité des milliers de fois comme exemple de l’injustice et de l’obscurantisme de l’Eglise catholique envers un génie, inventeur de la science moderne. Les affabulations les plus invraisemblables circulent toujours : certains allant jusqu’à affirmer que Galilée fut torturé ou qu’il finit sur un bûcher de l’Inquisition[4]. Mais la réalité est tout autre. Galilée ne fit aucune des découvertes (lunette astronomique, phases de Vénus, relief de la lune, taches du soleil, chute des corps…) qui lui sont attribuées par la légende dorée[5].

Il pratiqua le plagiat, la polémique et n’acceptait pas les opinions des contradicteurs. Ses erreurs de jugement (fausse explication des marées, négation de la réalité des comètes…) sont évoquées très discrètement et excusées. Nous verrons que les savants scolastiques du Moyen Age discutaient librement des différentes possibilités de mouvement des planètes et des astres, sans jamais être inquiétés par les théologiens. Pourquoi ? Parce qu’ils distinguaient parfaitement entre possibilité ou hypothèse et réalité ou fait prouvé. Et ils n’opposaient jamais leur hypothèse non prouvée à la Bible.

Le profane et la plupart des scientifiques actuels sont persuadés que l’héliocentrisme est un système prouvé. C’est une illusion que nous expliquerons en dernière partie. L’observation et les mesures expérimentales ne permettent pas de trancher la question, pour un observateur appartenant lui-même au système en mouvement, constatation qui était déjà connue des savants du Moyen Age.

Ptolémée (v. 100-v. 170)

Le mouvement rétrograde (surtout celui de Mars) connu de tous les astronomes de l’antiquité, fut modélisé avec exactitude par Ptolémée reprenant les travaux d’Apollonius de Perge, inventeur des épicycles. De plus, il savait que la distance terre-soleil n’était pas constante et introduisit le point excentrique. Et il définissait un point équant symétrique de la terre par rapport au point excentrique pour obtenir une vitesse angulaire constante des planètes et du soleil (ce point équant, couplé aux mesures précises des orbites par Tycho-Brahé, est à l’origine de la découverte de Kepler sur les trajectoires ellipsoïdales des orbites planétaires). Ce système géocentrique pur permettait la prédiction des éclipses avec une remarquable précision.

Nicole Oresme (1320-1382)

Il avait discuté de la possibilité du mouvement de rotation de la terre sur elle-même qui ne posait aucun problème théologique, celle-ci restant au centre du système solaire.

Les profanes, et hélas beaucoup de scientifiques, confondent souvent dans ce débat, la rotation de la terre sur elle-même avec son déplacement orbital[6].

Copernic (1473-1543)

La légende dorée prétend que Copernic, chanoine polonais, n’osa pas publier de son vivant Le livre des révolutions des orbes célestes, paru l’année de sa mort en 1543, par crainte des sanctions de l’Inquisition. Il est vrai qu’il prétendait aussi que son hypothèse était la vérité, mais la raison réelle était de nature scientifique. Son système était moins précis que celui dérivé de Ptolémée en usage au XIVe et XVe siècles et beaucoup plus compliqué. Il faisait appel à un nombre plus élevé encore d’épicycles, car il souffrait de la même insuffisance : l’usage de cercles parfaits pour les orbites des planètes, ce qui obligeait à recourir aux mêmes stratagèmes de calcul.

Tycho Brahe (1546-1601)

Remarquable mathématicien et astronome danois, observateur hors pair, très célèbre de son temps, il proposa un système géocentrique qui supprimait les épicycles de Ptolémée, les planètes devenant des satellites du soleil qui, lui, tournait autour de la terre en une année.

Soutenu par le roi du Danemark, faisant appel aux meilleurs horlogers-mécaniciens de l’époque (comme Jost Byrgi), il fit construire sur l’île de Hveen un observatoire doté d’instruments astronomiques d’une précision exceptionnelle[7].

Il put ainsi affiner à la minute d’angle près les mouvements des astres. Ces mesures furent à l’origine des découvertes et des lois de Kepler. Tycho Brahe invita Johannes Kepler à un séjour d’un an dans son observatoire et lorsque l’empereur Rodolphe II, catholique, l’appela à Prague, il fit venir son jeune confrère auprès de lui. Après la mort prématurée de Tycho Brahe, Johannes Kepler lui succéda comme astronome officiel et mathematicus de l’empereur.

Galilée (1564-1642)

Après sa condamnation, ses revenus ecclésiastiques n’ont jamais été suspendus. La preuve de l’héliocentrisme par son explication des marées fut reconnue comme fausse dès son vivant.

Son orgueil lui faisait récuser les observations de Tycho-Brahe et il voulait ignorer les travaux de Kepler.

Urbain VIII, très favorable à  Galilée et au système de Copernic, lui avait demandé de ne pas enseigner comme vérité absolue une théorie qu’il ne pouvait appuyer  que sur des probabilités. Le cardinal Bellarmin fit tout son possible pour l’amener à admettre que le système de Copernic était une hypothèse et non la vérité comme Galilée le prétendait.

Kepler (1571-1630)

Il doit beaucoup à Tycho-Brahe : il a bénéficié des observations et calculs de son maître qui sont à l’origine de la découverte des orbites elliptiques (1609). Kepler atteint d’une maladie oculaire, ne pouvait pas faire les observations lui-même.

Kepler, après ses tentatives vaines de perfectionner le système de Copernic par adjonction d’autres épicycles, reprit la notion d’excentrique et de point équant de Ptolémée et, avec les mesures précises de Tycho-Brahe, découvrit la trajectoire elliptique des planètes[8]. Mais cela n’imposait pas le choix d’un système plutôt que l’autre.

D’ailleurs Kepler hésita longtemps, car le modèle géocentrique de Tycho-Brahe, géométriquement symétrique, bénéficiait aussi bien de sa découverte et rendait parfaitement compte des observations et des mesures. Le désaccord entre l’observation et les modèles de Ptolémée ou de Copernic était dû à l’approximation des orbites par des cercles.

L’époque moderne.

Une grande majorité de personnes croit que le système héliocentrique a été démontré par Galilée, ou au moins par Kepler, ou par les astronomes des temps modernes. Il n’en est rien. La parallaxe des étoiles est explicable dans les deux systèmes, puisque ces systèmes sont symétriques l’un de l’autre.

La Nasa et l’Agence Spatiale Européenne utilisent toujours un repère fixe centré sur une terre immobile, les calculs étant beaucoup plus simples qu’avec un repère centré sur une terre mobile par rapport au soleil.

La théorie de la relativité d’Einstein a été montée de toutes pièces pour contrer les mesures interférométriques surprenantes de Michelson, Morley et Miller. La notion d’éther fut ainsi enterrée et la physique, mathématisée à outrance[9], ne rend plus compte des observations expérimentales.

Maintien du mythe Galilée

Il faut se poser la question de savoir qui cherche à entretenir le mythe Galilée. Bien entendu, les traditionnels ennemis de l’Église catholique, ennemis extérieurs, mais aussi intérieurs. Les membres des sociétés secrètes, certains protestants[10], les matérialistes communistes[11] ou libéraux, les modernistes.

Il est vital pour ces derniers de montrer que l’Église, avant Vatican II, s’est trompée sur toute la ligne, qu’elle persécutait des savants par obscurantisme et qu’elle avait retardé le progrès des connaissances scientifiques. Pour tous ces gens, l’obscurantisme consistait à défendre les dogmes révélés et l’inerrance biblique contre l’évidence «scientifique ». L’action pro-Galilée des modernistes entre donc dans leur tactique de destruction des dogmes. Mais leur « champion » s’est révélé être un affabulateur et un scientifique discutable, les recherches historiques nous le prouvent. L’évidence scientifique n’est pas au rendez-vous et, si étrange que cela puisse paraître, la science actuelle n’est pas plus avancée qu’au XVIIe siècle dans ses « preuves » de l’héliocentrisme.

Dans le domaine scientifique, nous constatons que les évolutionnistes évoquent immédiatement l’affaire Galilée dès que leurs hypothèses sont contestées. C’est un épouvantail extrêmement efficace et intimidant, mais ce n’est qu’un épouvantail. L’ « affaire Galilée » n’a pris d’ampleur qu’après le début du XXe siècle, au moment où la science matérialiste montra des prétentions à devenir la seule source de « vérité ». Ce comportement est logique, puisqu’ils commettent la même faute inexcusable de Copernic et de Galilée, en prétendant que leurs hypothèses sont la vérité et que leurs spéculations sont des faits prouvés.

Conclusion:

En astronomie, on peut raisonner sur des observations et mesures à distance, mais on ne peut pas expérimenter, puisque les conditions physico-chimiques locales nous sont inconnues[12].

Elles sont supposées, par extrapolation des lois physiques connues sur terre. La masse, la distance des planètes et du soleil sont déduites dans une théorie donnée, elles ne sont pas déterminées de façon indépendante. Or les équations ne constituent pas la preuve qu’un système est plus vrai qu’un autre. Dire que Kepler, Newton, Bradley ou Einstein[13] ont « prouvé » l’héliocentrisme est une grossière erreur. D’un point de vue strictement scientifique, le modèle héliocentrique et le modèle géocentrique sont strictement équivalents, puisque nous n’avons accès qu’aux mouvements relatifs des corps entre eux. Et ceci surtout dans l’état actuel de la physique, c’est-à-dire en niant, depuis Einstein, l’existence de l’éther (qui aurait pu être utilisé comme repère absolu du mouvement[14]). Et cette équivalence inclut l’explication de la parallaxe des étoiles[15].

Galilée n’est pas le grand savant de la légende, il n’est pas le fondateur de la science moderne[16], il n’a pas été condamné injustement, sa condamnation a surtout montré l’indulgence des juges ecclésiastiques.

Le syndrome de « Galilée », qui paralyse les hommes d’Eglise contemporains, est fondé sur une méconnaissance des pièces du dossier. L’affaire Galilée a été montée de toutes pièces, par distorsion des faits historiques et par occultation de la réalité scientifique du problème : l’observateur, faisant lui-même partie d’un système en déplacement, n’a pas accès au mouvement absolu. Les systèmes héliocentrique et géocentrique sont équivalents et tous deux rendent compte des observations. Mais aucun des deux ne peut être, scientifiquement, déclaré « vrai ».

Et il n’est pas impossible qu’existe une autre explication du mouvement des astres, explication que nous n’imaginons même pas[17].

La sagesse de l’Église apparaît ici une fois encore : il n’est pas permis de déclarer comme vérité une hypothèse non démontrée. La science matérialiste, refusant Dieu, est obligée par conséquence immédiate de refuser le réel, création de Dieu.

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Quelques repères chronologique :

Nicole Oresme (1320-1382)

Charles V le Sage (1338-1380)

Copernic(1473-1543)

Ulrich Zwingli (1484-1531)

Melanchton (Phillip Schwarzerd) (1497-1560)

Robert Bellarmin (1542-1621)

Tycho Brahe(1546-1601)

Rodolphe II (1552, 1612)

Galilée (1564-1642)

Johannes Kepler (1571-1630)

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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