L'âme au risque de l'IA

Par Andrew TORBARevue n°111Philosophie, Théologie, Société
L'âme au risque de l'IA

Résumé : La menace transhumaniste n'est pas un vain mot, laissant croire à une sorte de continuité entre les corps physico-chimiques et les organismes vivants, voire entre les calculs de la prétendue « intelligence » artificielle et notre pensée. Il s'agit d'une prolongation des courants mécanistes à l'œuvre depuis des siècles : L'Homme machine de La Mettrie fut publié à Leyde (NL) en 1748 ! Bien compris et médité, le concept d'âme, au cœur du christianisme, donne la clef du problème et répond à la menace.

La grande illusion de notre époque n'est pas de croire que l'intelligence artificielle remplacera l'humanité, mais de croire qu'elle nous convaincra que nous n'avons jamais été que des machines. Les progrès rapides de l'intelligence artificielle, de la biotechnologie et des idéologies transhumanistes obligent l'humanité à se confronter de manière nouvelle et urgente à une question séculaire : que signifie être humain ? Depuis des siècles, le christianisme fournit une réponse claire et inébranlable : chaque être humain a une âme spirituelle immédiatement créée par Dieu, à Son image, donc immortelle, qui lui confère une valeur, un but et une destinée éternels. Pourtant, à l'ère moderne, cette vérité est systématiquement remise en question.

Les penseurs séculiers réduisent de plus en plus l'existence humaine à une série de réactions chimiques, d'impulsions neuronales et de modèles de données. Selon eux, la conscience ne serait pas un reflet du divin, mais simplement une forme avancée de calcul3.

Selon cette perspective matérialiste, si les pensées, les émotions et les décisions humaines ne sont rien d'autre que des signaux électriques dans le cerveau, alors il n'y a pas de distinction fondamentale entre l'homme et la machine. L'intelligence artificielle, soutiennent nombre de ces penseurs, n'est qu'une autre forme d'intelligence, qui peut éventuellement surpasser la cognition humaine et rendre le travail, la créativité et même les relations humaines obsolètes.

Cette façon de penser n'est pas seulement erronée, elle est profondément dangereuse. Quand les gens ne croient plus en l'âme, ils ne croient plus au caractère sacré de la vie. Si les êtres humains ne sont rien d'autre que des machines biologiques, alors ils peuvent être optimisés, reprogrammés et même mis au rebut lorsqu'ils ne remplissent plus leur fonction. C'est l'hypothèse fondamentale du transhumanisme, qui cherche à fusionner l'homme avec la technologie, en surmontant les limites biologiques par la modification génétique, l'amélioration cybernétique et même le téléchargement numérique de la conscience. Ce mouvement est enraciné dans la fausse croyance selon laquelle l'homme peut devenir un dieu par ses propres efforts, en transcendant la mortalité et en prenant le contrôle de sa propre évolution.

Le christianisme rejette catégoriquement cette tromperie. La Bible enseigne que les êtres humains ne sont pas de simples corps matériels, mais des âmes vivantes, façonnées par les Mains de Dieu et animées par un souffle de vie. Genèse 2, 7 déclare :

« Et YHWH Dieu a formé l'homme avec la poussière de la terre, il a spiré dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. »

Cela signifie que notre identité ne se trouve pas dans notre intelligence, notre productivité ou nos capacités technologiques, mais dans notre relation avec le Créateur.

L'homme possède une âme immortelle, sa valeur ne fluctue pas en fonction de son utilité pour la société. En revanche, le monde séculier, qui nie l'âme, définit de plus en plus la valeur humaine en termes de rendement économique, de statut social ou d'orientation politique. C'est pourquoi la culture moderne justifie si facilement la mise à mort des enfants à naître, des personnes âgées et des handicapés.

Ceux qui sont considérés comme des fardeaux plutôt que comme des contributeurs sont regardés comme des êtres superflus. Mais aux yeux de Dieu, chaque être humain est sacré, non pas à cause de ce qu'il peut produire, mais parce qu'il est fait à Son image.

Le déni de l'âme conduit également à la destruction de l'identité humaine. Si l'homme n'est qu'un ensemble de processus biologiques, il n'existe alors pas de nature humaine fixe, pas de loi morale objective et pas de responsabilité ultime pour ses actes. C'est pourquoi le rejet de l'âme conduit inévitablement au relativisme moral, dans lequel des concepts comme le bien et le mal sont considérés comme arbitraires et subjectifs. Sans l'âme, il n'y a pas de fondement pour la justice, pas de raison de défendre les faibles et pas de base pour l'amour au-delà de l'intérêt personnel.

La plus grande menace que représente le déni de l'âme est peut-être l'essor de l'intelligence artificielle, ou IA, en tant que substitut de la conscience humaine. Les responsables technologiques promeuvent de plus en plus l'idée que l'IA peut penser, créer et même posséder une conscience d'elle-même. Certains affirment que les machines développeront un jour des émotions esthétiques, un raisonnement éthique et une identité personnelle. Il ne s'agit pas seulement de science-fiction, mais d'un système de croyances de plus en plus répandu au sein de l'élite laïque. Certains suggèrent même que l'IA pourrait devenir nos nouveaux dieux – des entités superintelligentes capables de guider l'humanité vers une nouvelle ère de l'existence.

Mais, quelle que soit l'évolution de l'intelligence artificielle, celle-ci ne possédera jamais en propre une âme véritable. Elle pourra, à la rigueur, imiter la pensée humaine et la créativité humaine, mais elle n'en restera toujours qu'une pâle copie. Elle n'aimera jamais, ne se repentira jamais, ne cherchera jamais la vérité pour elle-même. Elle ne se présentera jamais devant Dieu pour être jugée. Ceux qui placent leur espoir dans l'intelligence artificielle, y voyant en somme l'avenir de l'intelligence, mettent leur espoir dans un récipient vide, une création sans âme, à jamais incapable de remplacer le caractère unique de l'existence humaine.

Pour les chrétiens, la réponse à cette tromperie est claire. Nous devons réaffirmer et défendre la vérité biblique selon laquelle l'homme n'est pas seulement une machine, ni un organisme façonné par les forces de l'évolution, mais un être doté d'une signification éternelle. Nous devons rejeter toute idéologie qui cherche à réduire la vie humaine à de simples données ou à traiter la conscience comme quelque réalité qui peut être reproduite en laboratoire. Nous devons nous en tenir à l'idée que notre valeur ne réside pas dans nos capacités, nos connaissances ou notre présence numérique, mais dans le fait que nous sommes connus et aimés de Dieu.

Pour cela, nous devons résister activement à la pression culturelle, qui nous pousse à nous conformer à une vision du monde niant l'existence de l'âme. Cela signifie enseigner à nos enfants que leur identité n'est pas définie par des algorithmes, les réseaux sociaux ou des personnages en ligne, mais par leur relation avec leur Créateur. Cela signifie rejeter les technologies qui cherchent à remplacer la véritable connexion humaine par des interactions artificielles. Cela signifie choisir les relations personnelles plutôt que les distractions numériques, choisir les expériences du monde réel plutôt que les simulations virtuelles, et choisir la foi plutôt que les fausses promesses du « salut » technologique. La bataille pour l'âme n'est pas seulement un débat philosophique ou théologique, c'est une vraie guerre spirituelle. Les forces, qui cherchent à effacer le concept d'âme spirituelle, sont les mêmes que celles qui tentent d'effacer Dieu de la conscience humaine. Plus les gens croient qu'ils ne sont rien d'autre que des animaux avancés ou des machines programmables, plus il devient facile de les contrôler. Un monde sans âme est un monde sans libre arbitre, sans aucun sens et sans le moindre espoir.

Mais pour ceux qui connaissent la vérité, il n'y a aucune raison d'avoir peur. Quelle que soit la puissance de la technologie, quel que soit l'engouement avec lequel le monde embrasse l'intelligence artificielle et ses fantasmes transhumanistes, la réalité de l'âme restera inchangée. Nous, êtres humains, sommes bien plus que de la chair, plus que des neurones, plus que du code. Nous sommes des êtres assoiffés d'éternité, faits pour une relation intime avec notre Créateur et destinés à une vie glorieuse au-delà de ce monde matériel.

À une époque où beaucoup cherchent à remplacer la nature humaine par l'intelligence artificielle et les améliorations biologiques, les chrétiens doivent rester fermes dans la connaissance que ce qui fait de nous des êtres humains ne peut être reproduit par des machines ou réécrit par des scientifiques. L'âme est notre héritage divin, le souffle de Dieu en nous, l'essence immuable qui nous distingue parmi toute la création. Et veillons bien à ce qu'aucune force dans ce monde – qu'elle soit numérique, politique ou idéologique, voire même diabolique – ne puisse nous l'enlever !

Car le Seigneur nous avertit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr et l'âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10, 8).

(5 mars 2025)

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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