L'âme et la Femme

Par Jean De PontcharraRevue n°9Histoire
L'âme et la Femme

Résumé : Les adversaires du christianisme prétendent qu'un Concile du haut moyen âge s'est préoccupé de décider si les femmes avaient une âme. Comme souvent, cette rumeur repose sur un semblant de vérité, mais déformée : la question de l'usage du mot « homme » pour désigner le genre humain dans son entier.

De tous les bobards inventés par les impies contre l'Église catholique, le plus stupide, le plus grossier est sans aucun doute celui qui lui attribue la négation de l'existence d'une âme chez la femme. Mais comment expliquer la permanence d'une ânerie pareille ? On doit trouver ici quelque illustration de la recommandation de Voltaire : "il faut mentir comme un diable ! Non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours..."

Ce bobard, fils de la Révolution et de groupuscules féministes, n'est vraiment pas à l'honneur de ses propagateurs. Alain Decaux résume l'origine de cette désinformation dans le tome I d'Histoire des Françaises :

« Lors de chaque combat livré par des femmes, on affirme qu'en 585, un concile s'est tenu à Mâcon pour trancher d'une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? [...] Il faut dire la vérité. Si l'on consulte la liste complète des conciles, on s'aperçoit qu'il n'y a jamais eu de concile de Mâcon. En revanche, on trouve en 586 — et non en 585 — un synode provincial à Mâcon. Les "Actes" en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu'à aucun moment, il ne fut débattu de l'insolite problème de l'âme de la femme.

Alors ? D'où vient cette légende si solidement implantée ? [...] Le coupable est Grégoire de Tours. Il rapporte qu'à ce synode de Mâcon, un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée "homme". Il proposa que l'on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n'était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. [...] On lui opposa la Genèse : "Dieu créa l'homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l'homme." »

C'est en pleine Terreur, puis en 1848, que la déformation s'est installée définitivement dans la crédulité publique. Le lecteur intéressé pourra consulter Grégoire de Tours, Historia Francorum (livre VIII, XX). Il nous reste à faire gentiment honte aux propagateurs de ce bobard. "Errare humanum est..."

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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