L'apothéose du Temps et le démon de l'Évolution
Résumé : Philip Sherrard est un profond connaisseur de la pensée grecque. Dans Image du Monde, image de l'Homme, il analyse la manière dont les pionniers de la physique moderne ont modifié notre vision. En réduisant le réel au quantifiable et la causalité à la cause efficiente, ils ont fait disparaître la finalité des choses. Le mouvement se réduit au déplacement, le futur se substitue à la finalité, et le temps acquiert une réalité ontologique. L'évolution est devenue la seule façon pour l'intelligence moderne de s'imaginer qu'elle comprend ce qui est.
Ce titre est celui du troisième chapitre d'un livre de Philip Sherrard (1922-1995)1. Il fait partie de ces auteurs qui mesurent les dégâts liés à la révolution scientifique du XVIIe siècle :
« C'est un paradigme de pensée qui nous incite à nous considérer comme un peu plus que des animaux bipèdes... Pour correspondre à cette image de nous-mêmes, nous avons inventé une vision du monde dans laquelle la nature est vue comme une marchandise impersonnelle... Après nous être dé-sanctifiés nous-mêmes, nous avons aussi dé-sanctifié la nature. »
De la cosmologie sacrée au fétiche mathématique
Pour Platon, les stoïciens et le christianisme, lorsque les choses vivent conformément à leur nature, elles agissent dans une harmonie enracinée dans l'Être de Dieu. Cette cosmologie fut détruite par la science moderne. Les Kepler, Galilée, Descartes et Newton étaient de brillants mathématiciens, mais il leur manquait la sagesse. Ils identifièrent Dieu avec un « grand mathématicien cosmique ».
Or, une vision mathématique entraîne une conception mécanique. Dieu est relégué au rang de cause première du mouvement. Les principes mathématiques deviennent des vérités supérieures à Dieu.
Platon voyait dans la nature une copie de l'archétype des formes pures. Le monde est en perpétuel changement, mais avec une orientation finalisée. Aristote voyait aussi un mouvement dirigé vers une fin. Dieu, moteur immobile, inspire à la nature un désir (éros) de Lui. Le mouvement n'est pas une évolution, mais une tension entre chaque chose et son archétype éternel.
Le Christianisme a conservé ce schéma en y ajoutant la chute. Si la réalisation de la nature propre est frustrée, ce n'est pas dû à la matière, mais à la défaillance de la volonté humaine (le péché). Mais l'aspiration vers la perfection demeure.
La révolution du « Comment » contre le « Pourquoi »
Les pionniers de la science moderne ont institué une nouvelle théorie : le changement s'explique par l'action de choses matérielles existantes (cause efficiente) et non par une attraction vers une fin (cause finale). À l'étude du pourquoi fut substituée l'étude du comment.
L'analyse mathématique du mouvement implique de considérer l'espace comme géométrique et le temps comme mathématique. Le temps devient une catégorie objective fondamentale. L'esprit humain s'est alors trouvé dans une impasse : pour expliquer le changement sans finalité divine, la seule solution fut l'invention de la doctrine de l'évolution.
Dans la vision traditionnelle :
- La nature est qualitative (forme, couleur, beauté, amour).
- L'homme est un microcosme, médiateur entre Dieu et le monde.
- Le temps n'est qu'un épiphénomène accidentel.
Dans la vision moderne :
- Seul le quantifiable (nombre, figure, mouvement) est réel (qualités primaires).
- Le non-quantifiable est subjectif (qualités secondaires).
- L'homme, non mathématisable, est éjecté du monde réel. Il devient un spectateur insignifiant.
L'Apothéose du Temps
Le temps devient un continuum mathématique, absolu, infini, une quatrième dimension irréversible. C'est une véritable apothéose du temps, qui assume le statut que possédait l'éternité. L'apogée est atteint avec Stephen Hawking et Une brève Histoire du temps.
Dans ce monde-machine, Dieu est banni. Le monde est une succession de mouvements atomiques aveugles. C'est cette vision inhumaine qui a imposé le besoin d'inventer l'Évolution.
Pourquoi l'Évolution ?
Sans Dieu comme agent ultime, la causalité est logée dans les atomes. Mais pour éviter l'arbitraire total et donner un sens à cette succession, il fallait trouver une logique interne : l'évolution.
- Phase biologique : Darwin et la sélection naturelle (toujours aveugle).
- Phase cosmologique : Tout l'univers est soumis à ce processus.
Mais cette théorie contient une contradiction majeure : si la conscience humaine est elle-même en évolution, elle ne peut pas connaître la Vérité. Comment un esprit en perpétuel changement pourrait-il saisir une loi éternelle et universelle ? La théorie de l'évolution récuse sa propre validité simplement en s'affirmant.
Conclusion
La théorie de l'évolution n'est qu'une tentative erronée d'échapper au dilemme imposé par une conception métaphysique du temps illusoire. Le retour à une cosmologie chrétienne implique de comprendre que tout effet spatio-temporel a une cause spirituelle. Les changements visibles sont les épiphénomènes de changements dans le statut de l'être.
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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