Le 1<sup>er</sup> amendement de la Constitution des États-Unis et l'enseignement de la Création
Résumé : Dans Le Cep n° 113, l'auteur a décrit le déroulement du « procès du singe », avec ses répercussions psychologiques. Mais, par la suite, sur le terrain juridique, le « précédent » créé par Scopes versus (v.) Tennessee eut de multiples répercussions, montrant comment le fameux « premier amendement » à la Constitution américaine, destiné au départ à protéger les différentes convictions religieuses, allait devenir un outil pour l'humanisme athée et contribuer à évincer la vision chrétienne du monde hors de l'espace public, même si la situation aux États-Unis est sur ce point meilleure que celle du vieux continent, où le Conseil de l'Europe, par la Déclaration 1 580 votée en 2007, a cantonné l'enseignement de la Création (et même de l'Intelligent Design !) aux seuls cours de religion.
Dans son livre Le Procès du singe, G. Golding écrit, à la fin de son récit, que, si la défense avait gagné la bataille (psychologique), elle avait perdu la guerre, la loi Butler continuant à s'appliquer plus de quarante ans après les faits. Il aurait pu affirmer l'exact contraire en élargissant son point de vue : seuls le Texas, le Mississippi, la Louisiane et l'Arkansas (quatre États au sud du Tennessee) interdirent ou mirent l'enseignement de Darwin à égalité avec l'enseignement de la Création dans les écoles publiques, et il ne fallut que quelques décennies pour que, dans ces États eux-mêmes, la loi fût déclarée inconstitutionnelle parce que contraire au premier amendement de la Constitution américaine – lors du procès Scopes, la loi Butler avait été déclarée constitutionnelle par la Cour suprême du Tennessee, le 15 janvier 1927.
Après J. T. Scopes, le « procès du panda » et autres procès du singe
Voici maintenant les procès successifs qui suivirent celui dit « du singe ».
Epperson versus Arkansas (1968) : la Cour Suprême annule une loi interdisant l'enseignement de l'évolution dans les écoles publiques, au motif que les États n'avaient pas le droit d'adapter leurs exigences éducatives en fonction des principes ou interdictions relatives à une secte ou doctrine religieuse spécifique. Le juge Abe Fortas, chargé de rédiger le compte rendu de la décision du 12 novembre 1968, a écrit que « le Premier Amendement interdisait à un État de retirer de l'ensemble des connaissances une partie qui lui semblait contredire une doctrine religieuse spécifique ».
Tennessee (1975) : la loi « temps égal » du Tennessee fut déclarée inconstitutionnelle par une cour d'appel fédérale, deux ans après que le Tennessee (le premier État à le faire) eût adopté une loi exigeant que les écoles publiques accordassent une importance égale au « récit de la Genèse dans la Bible ».
Segraves v. California (1981) : la Cour subalterne de Sacramento déclare que l'enseignement de la théorie de l'évolution n'empiète pas sur la liberté religieuse des élèves.
McLean v. Arkansas Board of Education (1982) : en 1981, l'État d'Arkansas venait d'adopter une loi imposant aux écoles publiques d'accorder un « traitement équilibré » au créationnisme et à l'évolution ; l'année suivante, la Cour Suprême d'Arkansas (à Little Rock) nie l'existence d'une « science créationniste ».
Le 5 janvier 1982, le juge Overton donne une définition de la « science », d'où il tire la conclusion que la « science de la création » relève de la religion. L'État d'Arkansas ne fit pas appel de la décision, qui ne fut pas contraignante pour les écoles situées hors du district scolaire, cependant elle exerça une grande influence sur les décisions ultérieures concernant l'enseignement de la Création à l'école.
Edwards v. Aguillard (1987) : la Cour suprême jugea qu'enseigner la « science de la Création » constituait une tentative d'établir une religion et violait par conséquent le Premier Amendement à la Constitution. Les avocats des onze familles étaient parvenus à convaincre le juge Jones que l'Intelligent Design n'était qu'une version modernisée du créationnisme.
Peloza v. Capistrano School District (1994) : la Cour Suprême de Californie rejette l'idée que la liberté religieuse d'un enseignant puisse être violée par l'obligation d'enseigner l'évolution dans un cours de biologie. La justice rappelle que l'évolutionnisme n'est pas une religion.
Freiler v. Tangipahoa Parish Board of Education (1997) : une Cour de Louisiane annule une loi de l'État qui oblige les enseignants à lire à voix haute un texte affirmant que « l'évolution n'était qu'une théorie ».
Kitzmiller et al. v. Dover Area School District (ou « Dover Panda trial », déc. 2005) : suite à la décision du conseil scolaire de Dover d'imposer aux élèves la lecture d'une déclaration affirmant l'existence d'alternatives au darwinisme, parmi lesquelles le « Dessein intelligent », onze familles saisirent un tribunal fédéral pour l'annulation de la décision du conseil. « Elles demandaient à la justice de déclarer que l'Intelligent Design n'était pas une théorie scientifique et qu'il ne s'agissait là que d'un avatar du créationnisme, savamment déguisé. » Après un procès de 40 jours à Harrisburg (Pennsylvanie), le juge John E. Jones (nommé par George W. Bush en 2002) leur donna raison, estimant que l'enseignement de l'Intelligent Design était contraire à la Constitution.
Deux remarques sur le 1er amendement et les décisions des cours de justice
Le 1er amendement fait partie des dix amendements (Bill of Rights) adoptés le 15 décembre 1791 par le Congrès des États-Unis[2]. Il interdit au Congrès toute loi limitant les droits à la liberté de religion, d'expression, de presse, de pétition, de « s'assembler pacifiquement ». La « clause d'établissement » est la section du premier amendement déclarant que « le Congrès ne fera aucune loi concernant l'établissement d'une religion. Cette clause interdit au gouvernement fédéral d'établir une religion officielle ou de favoriser une religion par rapport à une autre[3] ».
1/ C'est en vertu d'une conception libérale et d'une métaphysique agnostique inscrite au moins tacitement dans la Constitution américaine et aussi d'une définition non scientifique (selon la critériologie ou épistémologie thomiste) de la science qu'a pu être condamné l'enseignement de la création par les juges, en particulier par le juge W. Overton en 1982 ou par le juge W. J. Brennan en 1987, lequel déclara que la loi prônant le « traitement égal ou équilibré » (balanced treatment) de la création et de l'évolution « constituait purement et simplement une tentative d'introduire la version biblique de la création dans les programmes scolaires de l'enseignement public, et violait en conséquence le Premier Amendement à la Constitution ».
Autrement dit, toute conception a droit de cité, sauf l'enseignement de la création au sens de la Bible chrétienne, dans un pays où le Président de la République prête serment sur une bible au moment de sa prise de pouvoir !
2/ Les connaisseurs de la Constitution américaine ont fait observer que le 1er amendement ne fait référence qu'au Congrès fédéral, le seul à être en principe investi du pouvoir législatif par la Constitution. Ils remarquent ensuite que la « clause d'établissement » n'implique pas les Congrès des États.
Le premier amendement a néanmoins été appliqué aux décisions des pouvoirs exécutif et judiciaire dans certains cas, ainsi qu'aux Congrès des États – notamment dans deux des affaires susmentionnées – contre la lettre de la Constitution. Néanmoins, on ne peut nier que les juges ont respecté l'esprit de la Constitution américaine qu'on dit élaborée par les affiliés de sociétés secrètes, parmi lesquels G. Washington premier Président des États-Unis et peut-être Madison, le rédacteur du Bill of rights.
Les défenseurs de la Bible et ceux qui savent combien l'évolutionnisme transformiste repose sur des bases infimes – la micro-évolution est effectivement observée à l'intérieur de l'espèce, alors que le cadenas génétique empêche la macro-évolution – peuvent se consoler en voyant l'esprit chrétien demeuré vif aux États-Unis, en dépit de leurs élites.
En 1930, l'Université William Jennings Bryan Memorial ouvrit ses portes à Dayton, en hommage à l'homme politique et prédicateur. L'institution est connue sous le nom de Bryan College et se présente comme « un collège hautement classé et compétitif au niveau national, qui place le Christ au-dessus de tout », rappelant la devise de saint Paul et de saint Pie X « tout restaurer dans le Christ ».
Par ailleurs, bien que les sondages statistiques varient, ils montrent la survivance de l'idée que Dieu est le Créateur et que l'évolutionnisme est incertain ; l'un d'eux assez récent (2005) faisait état d'une opinion publique favorable à 64 % à l'enseignement du créationnisme ou du « dessein intelligent » en plus de la théorie de l'évolution, avec 38 % qui voudraient que « l'on élimine tout simplement Charles Darwin de l'école pour mettre l'accent sur le rôle de Dieu » (in A. GODET, « In Dubious Battle », op. cit.).
Autres chiffres d'un sondage de 2019[4], 40 % des Américains continuent à adhérer à un créationnisme strict (44 % dans ce cas en 1983) et seulement 9 % adhéraient au darwinisme début 2000 (idem en 1983). La thèse de l'intelligent design (Dieu crée, l'évolution fait le reste) obtient 33 % (38 % en 1983).
Même sans aller jusqu'à l'idée de l'électeur-payeur chère à Bryan, ces chiffres en fort contraste avec ce qu'impose la législation montrent bien ce que peut être une « démocratie » pilotée par des juges et par l'influence de groupes de pression ainsi que de personnalités non élues.
En 2011, une étude Ipsos montrait que seulement 9 % des Français adoptaient le point de vue créationniste et 61 % étaient évolutionnistes, mais cela paraît changer à grande vitesse ! Le pays où il y avait, à cette date, le plus de créationnistes était l'Arabie saoudite (75 %).
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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