Le Clan des Achaïens et l'histoire du Linceul de Turin (1204-2020)

Par Laurent BouzoudRevue n°109Linceul de Turin, Histoire, Science et foi
Le Clan des Achaïens et l'histoire du Linceul de Turin (1204-2020)

Que le Linceul abrité aujourd'hui dans la chapelle Guarini du duomo de Turin soit le linge mortuaire qui enveloppa le corps ensanglanté de l'Homme-Dieu crucifié à Jérusalem se démontre par les savantes études scientifiques qui, depuis 1898, et surtout depuis 1902, accumulent, discipline après discipline, examen après examen, les indices convergents permettant de conclure à son authenticité. Mais le périple accompli par cette relique bientôt bimillénaire reste en partie inconnu.

En particulier le « trou historique » entre sa présence attestée à Constantinople en 1204 et son apparition à Lirey, en Champagne, vers 1354, demande à être comblé.

En 1902, le baron Joseph du Teil avait proposé une explication : Geoffroy de Charny, celui qui avait confié le Linceul aux chanoines de Lirey, était allié aux familles franco-grecques qui avaient gouverné, soit la principauté d'Achaïe (le Péloponnèse), soit le duché d'Athènes, à l'issue de la quatrième croisade, celle qui vit le sac de Constantinople par les croisés. Othon de La Roche, le premier duc d'Athènes, aurait alors été coupable du pieux larcin qui, en faisant passer la relique sous la protection des Francs, éviterait à terme sa destruction par Mahomet II lors de la prise de Constantinople en 1453.

Laurent Bouzoud, dont les racines familiales sont en Bourgogne et en Franche-Comté, reprend et affine cette thèse grâce à un travail d'archives considérable, scrutant notamment les arbres généalogiques des familles concernées : Charny, La Roche, Vergy, Brienne, Châtillon, Villehardouin, Villersexel, Toucy, etc.

Au passage, nous découvrons ce royaume franc d'Achaïe, qui aurait duré bien plus d'un siècle sans une malencontreuse défaite en 1311 devant les soudards catalans auxquels le trop jeune et ambitieux duc d'Athènes, Gauthier de Brienne, avait cru bon de s'allier dans un premier temps.

Il est impossible de narrer ici par le menu toutes les péripéties par lesquelles le Linceul dut être transmis entre Othon de La Roche et Geoffroy de Charny. La thèse dite du « clan des Achaïens » avance que tous les détenteurs de la précieuse relique furent de proches parents, ce qui leur permit de conserver le secret.

Le travail de Laurent Bouzoud se lit comme un roman d'aventures, mais se consulte comme un traité d'histoire, fourmillant de notes et d'annexes savantes. La présentation permet d'ailleurs de bien distinguer au sein des pages :

On découvre au passage l'importance attachée par les Francs à la détention des reliques, ce qui se vérifia lors du sac de Constantinople. Signalons aussi la richesse documentaire, pour nos historiens, des testaments que rédigeaient les principaux chefs avant les batailles cruciales, désignant soigneusement parmi leurs proches ceux auxquels ils confiaient leur famille et leurs biens.

L'on y voit encore l'importance des femmes, notamment parce qu'elles détenaient des biens propres et des fiefs. C'est une femme, Jeanne de Châtillon, qui exfiltra le Linceul depuis Athènes, lorsqu'il fallut quitter la ville ; c'est encore une femme, Marguerite de Charny, qui décida de le confier à la puissante famille de Savoie après que les incursions anglaises revinrent menacer la Champagne.

Bien entendu, le livre est doté d'un appareil critique complet. Au passage, il démonte certaines hypothèses aventureuses telles que les Templiers et le passage du Linceul par la Sainte-Chapelle ou par Besançon.

(Laurent Bouzoud auto-édition, 2020, 458 pages, 25 €, à commander sur la Toile).

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

Voir l'article sur le site