Le manque de fiabilité des datations par le radiocarbone
Résumé : À première vue, la datation par le radiocarbone, à l'échelle du millier d'années, devrait être beaucoup plus fiable que les datations par des éléments lourds dont la période de demi-vie se compte souvent en millions d'années. La presse de vulgarisation laisse ainsi entendre que les dates de la préhistoire ont désormais un haut degré de certitude.
La consultation des revues spécialisées montre au contraire un grand nombre de datations « aberrantes », même sur un matériau considéré comme relativement fiable comme le bois : ainsi un objet de l'époque romaine daté de 4 000 ans avant Jésus-Christ. On obtient d'ailleurs des dates dans le futur, lorsque la concentration en C14 dépasse la teneur actuelle dans l'atmosphère. Une méthode peut donc faire appel à de grandes connaissances scientifiques tout en demeurant faillible.

Le professeur Willard Frank Libby avec son 'calendrier atomique', circa 1950, aux Etats-Unis.
Il est certain que les techniques de mesure de la teneur en radiocarbone ont pu être perfectionnées au cours de ces derniers temps, notamment avec l'utilisation du spectrographe de masse qui permet les mesures sur de très petits échantillons. À la lecture des ouvrages de vulgarisation, on reste convaincu de la haute précision obtenue par ces méthodes (± 150-200 ans), ce qui permet de dater des objets jusqu'à environ 40 000 ans B.P.[1], retraçant enfin la chronologie de la préhistoire proche.
La réalité est tout autre : la lecture d'ouvrages spécialisés révèle l'existence de tant de résultats disparates, qu'on en vient à s'interroger sur la signification chronologique de la méthode mise au point par Libby en 1955[2]. Des spécialistes en sont convaincus mais n'osent le dire ouvertement : comment oseraient-ils divulguer dans le grand public le fait que des déterminations si coûteuses, qui constituent en outre leur gagne-pain, se sont avérées si stériles la plupart du temps ?
Dès l'origine, les données dites « aberrantes » se sont accumulées, sans qu'on osât les publier. Les spécialistes le reconnaissent volontiers entre eux :
« Si une date C14 confirme nos théories, nous la faisons figurer dans le texte principal. Si elle ne les contredit pas entièrement, nous la reléguons en note. Et si elle s'écarte tout à fait de la valeur espérée, nous la laissons de côté. »
- (Brew, cité par Söderberg et Olsson[3])

Extrait de la page 35 du livre : "Radiocarbon variations and absolute chronology;" par Söderberg et Olsson
Il faut bien le reconnaître : cette méthode peu scientifique est scrupuleusement suivie par tous, à quelques exceptions près.
De plus, il est devenu patent que le radiocarbone produit dans la haute atmosphère est loin de se distribuer de façon uniforme dans l'air, ou dans les eaux, ou dans les océans, ou encore dans les plantes et animaux.
Ainsi le postulat fondamental de Libby (la constance du taux de radiocarbone naturel) se voit-il infirmé par les faits :
La distribution du C14 n'est pas identique dans l'hémisphère Nord et dans l'hémisphère Sud ;

Représentation schématique des gradients de C14 dans l'atmosphère et dans les eaux souterraines.
Il est exceptionnel que les nappes aquifères aient le contenu en radiocarbone « actuel ». Certaines sont plus riches, dispensant donc des dates « dans l'avenir », mais la grande majorité d'entre elles sont très pauvres. Ainsi, si l'on transforme en âge B.P. le contenu en radiocarbone de l'eau de Plombières en France, on arrive à 30-40 000 ans B.P. ;
C'est par influence de telles eaux qu'on explique le « grand âge » apparent des stalactites qui se forment sous nos yeux[4] ;
Souvent les formations carbonatées actuelles n'ont pas l'âge requis. Tels ces coquillages de Piombino en Italie qui, malgré leur aspect juvénile, ont été datés de quelque 4 000 ans B.P.[5]
Aussi Jacques Evin, le spécialiste de Lyon[6], écarte-t-il d'office les chiffres obtenus sur nombre de matériaux — couramment utilisés par d'autres pourtant — car il les estime « non fiables ». Ce sont :
les ossements
les dépôts carbonatés
les coquillages
les paléosols.
Tous les carbonates notamment sont affectés par l'influence d'eaux d'infiltrations qui viennent fausser les résultats. De fait, l'examen attentif des données publiées « fiables » révèle que celles-ci sont généralement obtenues sur bois ou sur charbon de bois. Tels sont, en effet, les seuls matériaux que retient Evin.
Ici encore, cependant, les dates « aberrantes » abondent. Si l'âge de Lascaux a été déterminé officiellement sur charbon à quelque 15 000 ans B.P.[7], que penser d'autres dates, plus anciennes (jusque 40 000 B.P.) ou plus jeunes, écartées pour des raisons mal élucidées, si ce n'est qu'elles gênent les théories transformistes à l'honneur ?
Ainsi, des peintures de même facture que celles de Lascaux, dans la grotte de Niaux, n'ont plus été datées (sur charbon, encore une fois) que de 8 000 ans[8]. Dans cette même grotte, une datation, sur charbon également, de 4 à 5 000 ans à peine, sera écartée. Elle se trouvait à proximité d'une trace de pied pétrifié[9]. Pourquoi ce pied nu alors que sévissait la glaciation ? Pourquoi ces pollens caractéristiques d'un climat chaud ? Pourquoi cette datation sera-t-elle écartée ?
Que penser des ossements de l'homme de Lascaux, datés de 17 000 ans B.P.[10] ? Et ce bois de l'époque romaine, daté de 4 000 ans avant J.-C.[11] ? Les résultats dits « aberrants » emplissent des pages entières de la revue Radiocarbon qui synthétise les résultats des divers laboratoires, résultats qui resteront — bien entendu — ignorés du public.
Il devient évident — comme l'avançait Brew — que l'on ne date « bien » qu'un objet d'âge connu ou supposé tel.
Reste que des travaux très sérieux ont été faits pour dater — sur bois ou sur charbon de bois — les sépultures pharaoniques[12], qui ont, dans bien des cas, dispensé des dates correctes. Néanmoins, les auteurs se voient forcés d'écarter une série de résultats qui correspondaient à des objets soumis à des infiltrations d'eau. Pour d'autres encore les écarts restent inexplicables.
On peut donc s'interroger pour savoir si on a le droit de convertir, comme on le fait couramment, un taux d'éléments chimiques en date de calendrier. Il semble qu'on y soit parvenu dans certains cas privilégiés, ce qui fit la fortune de la méthode de Libby ; mais on est loin du compte dans la grande majorité des cas, et les spécialistes en sont aujourd'hui persuadés.
En particulier, les résultats obtenus dans les grottes souffrent souvent de l'effet des eaux d'infiltration pauvres en radiocarbone, ce qui leur confère des « âges apparents » qui peuvent être extrêmement vieux. Beaucoup d'archéologues se tournent donc maintenant vers d'autres méthodes.
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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