Le Pape Pie X avait prévu la guerre
Résumé : Que la prophétie soit possible reste une des choses les plus étonnantes pour l'esprit humain. Or c'est un fait dont le témoignage s'étend bien au-delà de l'Ancien Testament. En pleine guerre, le 4 août 1917, la Semaine Religieuse de Valence en donnait 2 exemples sur les lèvres du saint pape Pie X : un oracle sur la conversion de la France, toujours en attente ; l'annonce instante dès 1910, de la guerre de 1914. Voici ce texte de 1917.
Un mémorable discours fut prononcé par le Pape Pie X, le mercredi 29 novembre 1911, au cours du Consistoire où furent promus à la dignité cardinalice Leurs Eminences les Cardinaux Amette, archevêque de Paris, Dubillard, archevêque du Chambéry, de Cabrières, évêque de Montpellier, et Billot, cardinal de Curie.
Ce discours fut prononcé par Pie X à la cérémonie de la remise de la barrette aux nouveaux Cardinaux. Nous sommes heureux de reproduire aujourd'hui (N.B. en 1917) le passage relatif aux Cardinaux français. On a dit avec raison que ce passage était véritablement un "oracle sur la France", tant on a remarqué les frappantes applications de ces paroles, prononcées il y a six ans, aux douloureux événements que traverse notre Patrie.
Voici la partie du discours de Pie X concernant la France :
« Que vous dirai-je à vous maintenant, chers Fils de France, qui gémissez sous le poids de la persécution ? Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims, se convertira et retournera à sa première vocation.
Les mérites de tant de ses fils qui prêchent la vérité de l'Evangile presque dans le monde entier et qui l'ont, en grand nombre, scellé de leur sang ; les prières de tant de saints qui aspirent à avoir pour compagnons dans la gloire céleste les frères bien-aimés de leur patrie ; la piété généreuse de tant de ses fils qui, sans redouter aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique ; par-dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les tabernacles, répandent leur âme dans les prières que Dieu met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes divines.
Les fautes ne resteront pas impunies ; mais la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes ne périra jamais.
Un jour viendra — et nous espérons qu'il ne tardera guère —, où la France, comme Saul sur le chemin de Damas, sera enveloppée d'une lumière céleste et où elle entendra une voix qui lui répétera : "Ma fille, pourquoi me persécutes-tu ?" Et sur sa réponse : "Qui êtes-vous, Seigneur ?" la voix répliquera : "Je suis Jésus que tu persécutes. Il t'est funeste de regimber contre l'aiguillon ; ton obstination t'a fait déjà tant de mal !" Et elle, frémissante et étonnée, dira : "Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?" Et Lui répondra : "Lève-toi et purifie-toi des souillures qui t'ont défigurée. Réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance et va, fille aînée de l'Eglise, nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre !"
C'est en formulant ce vœu si doux que je vous accorde la Bénédiction apostolique, à vos communautés religieuses, aux chers fidèles qui ont orné de leur présence cette cérémonie, à vos parents et aux leurs, et que cette bénédiction soit pour vous tous la source des grâces les plus choisies et des plus suaves consolations. »
Tout récemment, Monseigneur l'Evêque de Laval se trouvait à Rome pour sa visite ad limina. Or, à son retour de la Ville Eternelle, Sa grandeur a fait publier dans sa Semaine Religieuse la relation suivante, qui rappelle les circonstances où fut composé ce discours de Pie X.
Nos lecteurs parcourront avec intérêt les lignes suivantes extraites de cette relation :
C'est le 19 juin 1917, vers 11 heures du matin, que nous nous présentions à la demeure des archiprêtres de Saint-Pierre. L'accueil que le cardinal Merry del Val fit à Mgr l'évêque de Laval fut empreint d'une toute particulière amabilité. Il se plut à lui rappeler plusieurs incidents et souvenirs de l'inoubliable journée de la consécration des quatorze évêques français par Pie X. Le cardinal avait dans son cabinet de travail le dessin du monument qui sera prochainement élevé, dans la Basilique de Saint-Pierre, à la mémoire de ce saint et glorieux Pontife.
Il alla le chercher et, l'étalant sous nos yeux, il nous expliqua la pensée de l'artiste et les mérites de son œuvre. Elle réjouira sans doute la dévotion des Romains envers Pie X. Précisément, le matin même, célébrant la sainte messe dans les cryptes vaticanes sur le tombeau de Saint-Pierre, à quelques pas de celui de Pie X, nous en avions été les témoins profondément édifiés. Pie X est regardé et honoré à juste titre comme un saint ; n'a-t-il pas été aussi, à certaines heures, un prophète ?
— Eminence, demanda Monseigneur, Pie X avait annoncé la guerre actuelle : vous-même l'avez dit à mon illustre compatriote, M. René Bazin ; pensez-vous que cette conviction lui venait d'une communication surnaturelle faite à lui-même ou à quelque autre âme privilégiée ou bien était-ce, à votre avis, une simple prévision humaine ?
Le cardinal fit un geste évasif qui signifiait : j'aime mieux ne pas répondre. Mais, de toute évidence, le sujet de conversation lui plaisait. La suite nous le montra.
— Pie X, commença le cardinal, a, en effet prévu et prédit la guerre actuelle. Il m'en parla dès 1910. Bien des fois, le matin, quand je venais l'entretenir des affaires de l'Eglise, tout en dépouillant avec lui le courrier diplomatique, et spécialement quand je l'entretenais de nouvelles fâcheuses, je l'entendis me répéter : "Oui, ce que vous m'apprenez est triste, mais qu'est-ce que cela en comparaison de la grande guerre, il guerrone 2, qui vient."
Lorsque, en 1912, éclata la guerre balkanique, je lui dis : — Très Saint Père, vos prévisions se réalisent. La voici, l'effroyable guerre que vous redoutiez tant !
— Non, non, répartit vivement le Saint-Père. Ce n'est pas celle-là. Non e questo.
Un peu plus tard, il me dit encore :
— Eminence, la grande guerre approche. Nous ne passerons pas l'année 14. Non passaremo il quattordici.
— Mais, répliquai-je, rien, absolument rien, je vous assure, n'autorise ces craintes. Toutes les chancelleries veulent la paix. Eminence, vous êtes trop optimiste.
Vous devinez quels pouvaient être mon trouble et mon émotion après de semblables entretiens.
Arriva le mois de juin 1914. Pendant les grandes chaleurs, les ambassadeurs quittent Rome. L'un après l'autre, ils vinrent donc prendre congé. Je le dis à Pie X.
— Aucun d'eux, Très Saint Père, n'émet de doute sur son retour ici au mois d'octobre. D'ailleurs, la moitié de l'année est passée. Il ne serait presque plus temps de commencer une guerre.
Pie X secoua la tête d'un air incrédule et de nouveau, avec une assurance impressionnante, il répéta :
— Eminence, nous ne passerons pas l'année 14.
— Pie X, remarqua l'un de nous, a fait aussi une autre prophétie extrêmement intéressante pour des Français. Parlant devant quatre nouveaux cardinaux français, il leur affirma que notre patrie reviendrait à la foi de ses ancêtres, et qu'elle pouvait compter encore sur un avenir glorieux. C'était en novembre 1911. Ne pensez-vous pas, Eminence que dans l'esprit de Pie X, il y avait une corrélation, un lien entre ces deux prophéties ?
Le Cardinal sourit.
— En effet, dit-il, Pie X a prononcé là un important discours.
— Ce passage de l'allocution pontificale, interrogea M. le vicaire général Chauvin, doit-il être considéré comme une improvisation, un simple développement oratoire ?
— Oh ! non, répliqua le Cardinal, Pie X avait écrit son discours tout entier, de sa main, dès la veille de l'audience. Et ce que je puis ajouter, c'est qu'après l'avoir achevé, il me fit venir. Je le trouvai radieux. Il me présenta son manuscrit, m'invitant à le lire.
— Voyez-vous quelque chose à changer ? Ne craignez-vous aucune réflexion, aucune remarque de la part des ambassadeurs ? — Mais non, Très Saint Père.
Puis, un moment après :
— Très Saint Père, les journalistes viendront certainement me demander votre allocution ; ils voudront la reproduire. S'ils le font de mémoire, ce n'est pas sans danger. Peut-être consentiriez-vous à me confier votre texte, afin que j'en fasse prendre quatre ou cinq copies.
Le pape accéda volontiers à ma demande.
— Eminence, dit à son tour Monseigneur, croyez-vous que ce magnifique passage qui concerne la France soit dû à une illumination d'En-haut ?
— Je ne sais, répondit le Cardinal.
Puis il ajouta encore :
— J'ai toujours beaucoup regretté d'avoir rendu à Pie X le texte original de son discours !
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
Voir l'article sur le site