Le procès du singe en 1925. Leçon aux amphibiens
Résumé : Au célèbre procès de Dayton, en 1925, un instituteur du Tennessee fut condamné à 100 dollars d'amende pour avoir enseigné la théorie de l'évolution à ses élèves. Une joute oratoire y opposa W. J. Bryan, homme politique charismatique, défenseur de la Bible, au libéral mécréant Clarence Darrow, avocat du jeune J. T. Scopes. Mais ce fut pour Bryan une victoire à la Pyrrhus, car il ne sut pas répondre sur le fond aux arguments de Darrow. Le procès de Dayton annonce ainsi l'émergence d'une civilisation désorientée, qui récuse l'autorité de la Bible et fait de la théorie de l'évolution sa nouvelle religion[2].
« Si l'homme est libre de choisir ses idées, il n'est pas libre d'échapper aux conséquences des idées qu'il a choisies. » — Marcel François
[IMAGE] Fig. 1. Couverture du livre référence de G. Golding Le procès du singe.
En 1925 à Dayton, dans l'État du Tennessee, eut lieu le fameux « procès du singe ». Ce n'était pas le jugement d'un quadrumane, bien qu'il y en eût deux en costume dans la ville. C'était, d'après la théorie de Darwin, le procès de l'un de ses présumés descendants : John Thomas Scopes, jeune professeur de sciences naturelles du collège de la ville. Celui-ci avait accepté d'être accusé « à l'insu de son plein gré », il était sur le point de profiter de ses vacances d'été et rechignait — afin que soit vérifiée la conformité de la loi Butler à la Constitution des États-Unis, en particulier la clause qui interdisait l'enseignement de « toute théorie qui nie l'histoire de la création divine de l'homme telle qu'elle est enseignée dans la Bible, et qui prétend à la place que l'homme descend d'un ordre inférieur d'animaux »[3].
En mai de cette même année, en effet, alarmée par les campagnes d'anti-darwinisme menées dans le pays, l'American Civil Liberties Union (ACLU), la plus importante des organisations de défense des droits civiques, offrait par voie de presse, son soutien financier et juridique à quiconque était prêt, ainsi que le permet la Constitution, à « tester » la loi Butler en vigueur dans le Tennessee. Déjà la radio et la presse, alors en plein essor et en quête de sensationnel, s'étaient emparées de l'affaire. On parlait « d'inquisition » et de « bataille du Tennessee » ; le journal The New Republic titrait : « Le Tennessee contre la civilisation »[4].
Puis ce fut la préparation d'une Dayton en pleine effervescence, car on espérait faire œuvre de science et de culture sans rien enlever au commerce, en attirant des milliers de touristes. On hasarda le nombre de trente mille pour ce « procès du siècle », bien que la ville (environ 1 700 habitants) n'eût que trois hôtels. Cependant on installa des tentes militaires et on aménagea des lignes de chemin de fer et même une piste pour avions. Le procès, digne d'un épisode oublié de Don Camillo, Peppone et la théorie de l'évolution[5], se déroula du 10 au 21 juillet 1925 et n'attira finalement que trois mille personnes, venues surtout des environs, mais de 150 à 200 journalistes.
[IMAGE] Fig. 2. J. T. Scopes — à gauche, s'il est besoin de préciser — et son « ancêtre » présumé, en balade à Dayton.
On pourra lire sous la plume enjouée de Gordon Golding, les péripéties cocasses de ces dix jours, qui débutent par le « complot du drugstore » visant à convaincre Scopes de se laisser accuser, où l'un des commerçants de la ville, nommé Darwin, affiche une pancarte « Darwin is right », ce qui veut dire aussi « à l'intérieur du magasin », et où le propriétaire-pharmacien du drugstore porté à charge contre Scopes crée l'hilarité en admettant qu'il vend le manuel qui sert de preuve à l'accusation...
Nous ne pouvons ici que faire une brève herméneutique tirée d'un propos et d'un fait apparemment secondaires de cette victoire à la Pyrrhus des défenseurs de la Bible : W. J. Bryan, l'homme politique qui s'était porté volontaire pour être procureur, fut lui-même l'être hybride qu'il voulait mobiliser dans la bataille des idées, retournant vite à l'élément légal dans une stratégie douteuse qui ondulait. Quant au fait, les lézardes sous le parquet (et sous le « Parquet ») du tribunal, elles, parlent d'une civilisation qui a fait de la théorie de l'évolution son « mythe fondateur » moderne, fausse religion qui sert à justifier des modes de vie et de pensers pleins de présomption sur l'origine des êtres.
Une stratégie douteuse : la tactique de l'amphibien.
De présomption, osons dire que Bryan n'en manque pas, semble-t-il ! Il arrive au procès presque la fleur au fusil, bien qu'il pressente un vent mauvais. Golding nous apprend qu'en allant à Dayton, il ne se voyait pas participer à un procès, mais pensait devoir orchestrer « un gigantesque réveil national qui sauverait le christianisme des crocs du darwinisme en convertissant une fois pour toutes les athées et les sceptiques ». Le jour de son arrivée, il déclara à la presse que « la lutte entre l'évolution et le christianisme est un duel à mort. Si l'évolution gagne à Dayton, le christianisme périra car les deux ne peuvent survivre ensemble »[6].
[IMAGE] Fig. 3 : W. J. Bryan, qui fut trois fois candidat à l'élection à la présidence des États-Unis, avait 65 ans au moment du procès Scopes. Photo in G. Golding, Le Procès du singe.
Bryan était un orateur et un homme politique réputé (trois fois candidat démocrate à la présidence des États-Unis et secrétaire d'État dans l'administration de W. Wilson de 1913 à 1915). Il était « animé d'esprit démocratique lié à sa foi calviniste, [pensant que] le procès Scopes permettrait au public de comprendre les positions en question : tout problème doit être résolu par le peuple et plus tôt il le comprend, plus tôt il peut le résoudre »[7]. C'était confondre les lumières que donne l'Esprit à ceux qui lisent la Bible avec humilité et en perçoivent les mystérieuses profondeurs, avec la capacité d'en rendre compte scientifiquement à travers la littéralité, ce que les exégètes et les savants (même quand ils sont humbles) peinent à accomplir[8].
Le préjugé d'un « sens commun », celui d'un peuple qui sait ce qui est bon ou qui a raison par principe, puisque c'est lui qui met la main au portefeuille, explique que Bryan passa à côté de la problématique et de la stratégie qu'exigeait ce « duel à mort », seul point sur lequel son intuition ne le trompait pas quand on sait la suite de l'histoire et la sienne propre. Aussi, au cours du procès, il adopte cette stratégie/tactique amphibie qui variera selon les circonstances du moment et que la théorie darwinienne prétend attribuer si hasardeusement aux animaux. Tantôt il essaie de rester dans le cercle de la légalité et de la constitutionnalité, qui ennuie tout le monde par d'interminables considérations juridiques (si oui ou non il y a infraction et si oui ou non la loi est constitutionnelle, ce qui était presque par avance établi) : mais alors qu'était-il venu faire à Dayton ?[9] Tantôt, il sort de l'élément insipide pour amorcer cette lutte pour la vie du christianisme tant attendue par ceux qui veulent du sport (en bonne meute démocratique, un combat sanglant d'orateurs) ou bien simplement trouver le support et la substance justifiant le choix de leurs élus et de la loi Butler, au risque pour Bryan de charger de tout le poids de sa notoriété une lourde chute : « Les amphibiens, dit-il, je ne sais pas s'ils ne sont pas encore décidés à sortir de l'eau ou s'ils sont presque décidés à y retourner »... Bryan sortira-t-il de l'eau et combattra-t-il avec des armes sérieuses cette théorie que le Pr Louis Bounoure appelait une « grande escroquerie » et une « fraude prétentieuse », ou va-t-il craintivement retourner à « l'eau » pour se conserver avec son espèce ? Dehors, prêt à le happer, se trouve un prédateur des prétoires, Clarence Darrow qui, en apprenant la venue de Bryan, a décidé de rejoindre les avocats de la défense, avec plusieurs comptes[10] à régler. Il est, lui, résolu quant à la valeur et à la supériorité de la stratégie darwinienne[11].
Des lézardes sous le « Parquet »
Bryan n'est pas seulement « l'amphibien » de sa propre tactique, il est aussi un appât juridico-politique pour une pêche au long cours, celles d'un rationalisme et d'une libre-pensée qui font campagne sans relâche pour instaurer cette religion d'État qui a pour nom « théorie de l'évolution ». Sans doute a-t-il bien compris que cette épreuve de constitutionnalité visait surtout à une publicité nationale et internationale, mais ni lui ni les procureurs qui l'assistent — bien qu'ils paraissent plus conscients du dilemme où ils sont — ne réalisent qu'ils baignent dans le « paradigme », pour emprunter le mot aux épistémologues modernes, celui du démocratisme et du libre examen de l'électeur-payeur[12] qui hante leur inconscient collectif.
[IMAGE] Fig. 4. Palais de justice du comté de Rhea à Dayton, en 1925. Archive du collège W.J. Bryan de Dayton, in Chronologie : Se souvenir du procès du singe Scopes.
De surcroît, un des avocats de la défense appuyant Darrow est le catholique libéral D. F. Malone, spécialisé dans les affaires de divorces et soutien des suffragettes, qui va se révéler expert en amphibologie verbale (au mépris des Encycliques des Papes sur la littéralité de la Bible) et finir d'enfoncer les défenseurs de l'Écriture. Comme il le dit aimablement à Bryan : « Pas de duel entre nous, pas de duel possible avec la vérité, nous sommes du progrès, de l'intelligence, de la vraie religion, de la science, de la justice... Nous sommes du côté des libertés fondamentales de l'Amérique, nous n'avons pas peur [...] Il faut tout donner à la prochaine génération, la théologie et la science : "donnez-leur donc les deux !" »[13]. Bryan avait trouvé plus amphibien que lui. Aussi, après la première partie du spectacle et alors que dans l'euphorie et l'hystérie que viennent de déclencher le discours de Malone sur les joies du bouquet des croyances et de la science donné à la prochaine génération, le tribunal tremble, des lézardes ont surgi sous le parquet[14], lequel menace de s'effondrer.
[IMAGE] Fig. 5 : D. F. Malone, J. T. Scopes, un policier et un huissier.
Signe intéressant, diraient les herméneutes, et ça en dit long sur une civilisation qui se lézarde pour se donner au gros Lézard. Il fallut sortir au grand air et l'accusation se trouva tirée hors de l'élément juridique auquel elle s'efforçait de revenir affolée, n'ayant pas eu le temps de muter, pour être livrée à mère-nature : hors des habitudes de procédures, Bryan dut prendre place sur le siège-banc des témoins-accusés, accusé de défendre les croyances archaïques et ineptes d'une Bible qu'il avait cru pouvoir sauver par son éloquence. Bryan savait-il si la baleine qui avala Jonas était un gros poisson d'une espèce courante ou si elle fut spécialement créée pour l'avaler ?
- — « Non, la Bible n'en dit rien, alors je ne sais pas. Pour vous, évidemment, c'est difficile à croire, mais pour moi, c'est facile. Un miracle, c'est quelque chose d'accompli au-delà des pouvoirs de l'homme. Il est aussi facile de croire au miracle de Jonas qu'à tout autre miracle de la Bible.
- — Ça c'est bien mon opinion, fit Darrow, d'un ton caustique. Et vous serait-il aussi facile de croire que c'est Jonas qui a avalé la baleine, si la Bible l'affirmait ?
- — Si la Bible l'affirmait »[15].
[IMAGE] Fig. 6 : Clarence Darrow, 68 ans, au moment du procès Scopes. Quels yeux !
Darrow passa ensuite à Josué lors de la bataille avec les Amorrhéens : Bryan pensait-il que le chef d'Israël avait fait arrêter le Soleil pour que le combat se prolonge et que Josué pût gagner ? Croyait-il qu'en ce temps-là le soleil tournait autour de la terre ? Et la date du déluge et celle de l'âge de la Terre, s'il était vrai comme le disait l'évêque Ussher que « le monde avait été créé en 4004 avant Jésus-Christ, et que l'heureux événement avait eu lieu le 23 octobre à 9 heures du matin ? ».
- — « Je ne saurais l'affirmer, avança Bryan avec précaution.
- — Mais qu'en pensez-vous ?
- — Je ne pense pas aux choses auxquelles je ne pense pas.
- — Pensez-vous donc aux choses auxquelles vous pensez ?
- — Eh bien, de temps en temps »[16].
Une fois calmés les rires de l'assistance — y compris ceux du juge —, Tom Stewart, le procureur, intervint pour essayer d'arrêter le massacre. Bryan l'avait tant aimé son Amérique profonde, qui fut aussi libérale, ardemment progressiste et triomphale sur fond de darwinisme (« business is business », c'est là que Darwin s'applique le mieux, conformément à la théorie de l'économiste et pasteur Malthus, ami de son père et de son grand-père, d'où vient la théorie) ; il l'avait tant aimée, et elle va le lui rendre : comment ne pouvait-il pas admirer cet adversaire qui va le mettre en pièces et qui le fait succomber sous le charme de cette rhétorique qu'il a tant chérie (le vendredi, il fit un premier acte de reddition psychologique en demandant à Darrow une copie de l'une de ses plaidoiries) ; puis il s'inclinera devant la loi du peuple (« The people will decide ») et devant la sélection naturelle politique. La science authentique..., ce sera pour plus tard !
[IMAGE] Fig. 7 : En plein air le 20 juillet 1925, Bryan assis face à Clarence Darrow debout à droite. (Crédit Watson Davis, domaine public)
À la demande du juge Raulston de dire un mot de conclusion — le juge lui-même naviguait entre les eaux du strict légal et de la justification philosophique des choix publics, apparemment désireux de voir Bryan terrasser le « Dragon » — Bryan formula le vœu que le procès « stimule l'esprit d'enquête pour que cette grande question soit réglée une fois pour toutes, que ce soit en notre faveur ou non ». Le mot de la reddition finale était donné. Après avoir succombé à l'art oratoire de l'ennemi-ami de la cité, et alors que dans l'euphorie et l'hystérie que viennent de déclencher le discours de Malone sur les joies du bouquet des croyances et de la science donné à la prochaine génération, le tribunal tremble, des lézardes ont surgi sous le parquet[14], lequel menace de s'effondrer. Il fallut sortir au grand air et l'accusation se trouva tirée hors de l'élément juridique auquel elle s'efforçait de revenir affolée, n'ayant pas eu le temps de muter, pour être livrée à mère-nature : hors des habitudes de procédures, Bryan dut prendre place sur le siège-banc des témoins-accusés, accusé de défendre les croyances archaïques et ineptes d'une Bible qu'il avait cru pouvoir sauver par son éloquence. Bryan succomba tout court, cinq jours plus tard, d'une apoplexie lors d'une sieste, le 26 juillet 1925. H. L. Mencken, journaliste acerbe contre le fondamentalisme et présent au procès, écrivit à un ami : « Dieu visait Darrow, loupa son coup et eut Bryan à la place ; ce que la Terre a perdu, le Ciel l'a gagné »[17].
Bruitage et rage de dents
Non, Dieu n'avait pas manqué son coup, ce n'était que justice. Darrow s'était autrement préparé pour finir d'implanter le mental laïc dans les esprits de ces « ploucs » (il se défendit d'avoir utilisé le mot lorsque Bryan l'en accusa), continuant d'ensemencer une terre chrétienne, celle du Tennessee en l'occurrence, de son ivraie. Il avait été cohérent et conséquent dans le duel, et porté le fer là où ça faisait mal. Car même si sa science de l'évolution n'était que demi-science, elle suffit à défaire un Bryan entré dans cette lutte avec la présomption du politique habitué du « prêche aux convertis » et sensible aux charmes de l'éloquence et ceux d'un régime sociopolitique qui repose sur le mythe du progrès via la (cruelle) « lutte pour la vie » (struggle for life). Jean Ousset écrivit ceci :
[IMAGE] Fig. 8. Jean Ousset (1914-1994), fondateur de la Cité catholique, auteur de l'Action, Fondements de la cité, Pour qu'Il règne.
« Car si "le désir des pécheurs périra" (Ps 112, 10), on voit mal pourquoi cet immanquable châtiment divin devrait profiter à cette armée qui n'a pas combattu, à ces "fils de lumière" qui n'ont pas éclairé. Ces prétendus "bons" dont saint Pie X ne craignait pas de dire que, par leur paresse, leur lâcheté, ils sont plus que tous autres, le nerf du règne de Satan. Sursauts en forme de rage de dents. Cette insensibilité, cette peur, cette désertion des chrétiens sont le pire mal »[18].
« En 1903, les supporters de Lénine étaient dix-sept, soixante ans plus tard des millions, et des comités partout avec des millions de films, de livres, de propagandes pour la Révolution. Loin de manifester une carence de la justice divine, les progrès constants de la subversion, prouve combien Dieu sait respecter le déterminisme de son œuvre, ne refusant pas à l'impie le fruit de son labeur. »[19]
En 1930, les deux tiers des écoles publiques américaines étaient alors sous l'œil des « fondamentalistes », vingt ans plus tard ils sont confinés dans leurs écoles privées et bientôt la Création n'aura plus de rapport avec la raison au sens élevé du terme, c'est-à-dire avec la science, dans l'ensemble des États-Unis. Le procès Scopes sera suivi d'une série de défaites, juridiques cette fois, en plus d'avoir été une défaite morale dans une guerre culturelle à la Gramsci — guerre spirituelle en fait — dont la première bataille inaugurale fut celle de 1925[20].
Bryan n'était pas condamné à ânonner sur l'évolutionnisme — celui-ci est truffé d'hypothèses et de faux miracles[21], alors qu'à l'étude, la Bible se révèle d'un réalisme naturel et d'un réalisme surnaturel bien autrement crédibles à travers ses mystères[22]. Mais son ADN, comme celui de beaucoup de chrétiens qui ont trop trempé dans l'élément de la république du libre examen (ou de l'opinion, c.-à-d. de la pensée par génération spontanée) et du revivalisme festif, le tétanisait. Et c'est des agnostiques que viennent par conséquent les leçons, par exemple Jacques Monod (Nobel de médecine) qui a écrit :
« La sélection (naturelle) est la plus aveugle et la plus cruelle façon de faire évoluer des nouvelles espèces et des organismes de plus en plus complexes et raffinés... Le combat de la vie et l'élimination du plus faible sont un horrible procédé, contre lequel toutes les éthiques modernes se révoltent... Je suis surpris qu'un chrétien veuille défendre l'idée que c'est le procédé que Dieu a plus ou moins mis en place afin d'avoir l'évolution. »[23]
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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