Le symbolisme, une clé pour comprendre l'écriture
Résumé : La profondeur de l'Écriture vient souvent des images à travers lesquelles le texte écrit prend vie. Mais ce symbolisme omniprésent constitue pour notre intelligence un obstacle. Armé du double glaive de la tradition hébraïque et des Pères de l'Église, l'auteur nous ouvre à ce langage en considérant trois exemples : l'eau, symbole de la Parole ; les pieds, symbole de la prédication ; la poussière, symbole de la multiplicité, des erreurs.
Les Pères de l'Église, ainsi que de nombreux commentateurs, nous montrent l'humilité du Christ qui va jusqu'à "laver les pieds" de ses Apôtres (Jn 13, 6-11). Mais il y a une autre leçon rarement abordée : nous devons nous "laver les pieds les uns les autres !" Pour la comprendre il faut retrouver le symbolisme de l'eau, des pieds et de la poussière.
L'eau, un grand symbole de la Parole de Dieu
D'après l'exégèse juive, "les lois (la Thora) garantissent l'existence, comme l'eau fraîche et saine de la source fructifie la plante." (Elie Munk, Voix de la Thora, Colbo, 1988, t.I, p. 26). E. Munk cite plus loin un passage de Bahya qui commente Exode 15,27 : "Les 12 sources (les 12 tribus d'Israël) sont appelées à alimenter les 70 palmiers (les nations)."
Dans le Livre des Proverbes, nous trouvons : « Source de vie, la bouche du juste » (Prov 10,11). Le prophète Isaïe (55; 9-11) déclare : « Oracle du Seigneur... De même, en effet, que la pluie et la neige descendent du ciel... ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche. »
D'après les Pères de l'Église :
- Saint Hilaire de Poitiers : "Les Apôtres sont les prédicateurs des choses célestes,... ils donnent la semence d'immortalité à tous les corps, corps qui auront été saupoudrés de leurs paroles et devenus parfaits par le mystère de l'eau et du feu." 1
- Saint Cyrille de Jérusalem : "L'eau est le principe du monde et le Jourdain le principe des Évangiles".
- Saint Thomas d'Aquin : "Le Seigneur présente son enseignement comme une eau vive en raison du mouvement de cette eau." 3
Le Catéchisme de l'Église Catholique (C.E.C.) nous ramène à saint Paul (Eph 5,26) : "Le Christ s'est livré pour elle (l'Église) afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans l'eau baptismale, avec la parole..." 4. En résumé nous pouvons dire que c'est la Parole de Dieu qui purifie le cœur de l'homme.
Il ne faut donc jamais confondre "l'eau" avec "l'esprit", bien distincts dès les premières lignes de la Genèse. On peut maintenant comprendre les paroles du Christ à la Samaritaine : « Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus soif. » (Jn 4,14).
Le "pied", la "chaussure", symbole de la prédication
Déjà dans l'Ancien Testament, en lisant Exode 12,11 : "Et vous aurez les chaussures à vos pieds", saint Méliton expliquait : "Les chaussures sont les exemples des Pères qui nous ont précédés."
Pour saint Ambroise, la chaussure "c'est la prédication de l'Évangile". De plus, la racine du mot "pied", en hébreu ReGeL, signifie aussi porter des nouvelles. C'est pourquoi le Juif saint Paul dira qu'il faut avoir "les pieds chaussés de zèle pour annoncer l'Évangile" (Eph 6,15).
Saint Paul annoncera le temps du Règne du Christ en utilisant le même langage : « Le Dieu de paix écrasera à l'avenir Satan sous vos pieds. » (Rom 16,20). Il ne s'agit pas ici de la fin du monde, car alors c'est le Christ lui-même qui "anéantira" Satan. C'est l'annonce d'un triomphe de la prédication par l'Esprit Saint.
Nous sommes dans un temps de refroidissement de la charité (Mt 24,12), mais nous devons persévérer car "cet évangile du royaume sera proclamé dans le monde entier [...] et alors viendra la fin." Il nous faut donc croire à une "nouvelle évangélisation" à venir. Comme les Hébreux, l'Église est en marche vers la nouvelle Terre promise.
Le symbolisme de la "poussière", la multiplicité
Elle désigne parfois "l'éternité", car il y en aura "toujours". Et l'homme est "poussière" et y retournera. Pour saint Méliton elle représente aussi les "pécheurs", avec leurs "fausses doctrines", parce que, pour les Hébreux, Dieu est l'Unique et que les dieux représentent l'erreur multiple à l'infini 6.
Quand l'homme refuse Dieu, il ne reçoit plus sa Parole (pluie), et ne se nourrit alors que de "poussière" : la multiplicité des erreurs qui divisent. C'est pourquoi Dieu dit à Satan après le péché originel : « ... de la poussière tu mangeras tous les jours de ta vie. » (Gen 3,14). En clair, Satan se nourrira de la division des humains 7.
À plusieurs reprises le Christ nous demandera, lorsque nos paroles ne seront pas reçues, de partir et de "secouer la poussière de (nos) pieds". C'est-à-dire d'abandonner les querelles qui divisent, de fuir sans conserver la moindre rancune.
Lorsque le Christ lave les pieds de ses disciples, il y a là certes, une grande leçon d'humilité, mais nous devons aussi comprendre que c'est Lui, par sa Parole (eau) 8, qui nous permettra de réaliser une saine prédication. Mieux encore, il nous demande de nous "laver les pieds les uns les autres". C'est un appel à la prédication dans l'unité retrouvée.
Conclusion : Nous avons essayé de montrer toute la cohérence de l'Écriture, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, quand nous la lisons avec l'aide des Pères de l'Église. Certains chrétiens n'aiment pas les prophéties bibliques, intoxiqués qu'ils sont par les idéologies. Ils y voient une atteinte à la liberté de l'homme, alors qu'elles sont le signe de l'amour de Dieu.
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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