À l'école du caméléon

Par Amadou HampâtéRevue n°62Art, Philosophie, Société
À l'école du caméléon

Résumé : Très bon connaisseur des contes et des légendes de son ethnie peule du Sahel, Amadou Hampâté Bâ aimait rappeler qu’aux yeux des Africains toutes choses comportent deux aspects : un côté nocturne, néfaste, et un côté diurne, faste. Le caméléon n’échappe pas à cette règle, si bien que sa facilité à prendre la couleur du lieu où il se trouve – grâce à ses cellules chromatophores – peut être interprétée comme de l’hypocrisie, de la dissimulation, ou au contraire comme du savoir-vivre. C’est ce dernier aspect positif, et quelques autres, que veut retenir notre auteur malien dans ce court récit à la fois instructif et amusant.

« Si j’ai un conseil à vous donner, je vous dirai : Ouvrez votre cœur ! Et surtout : Allez à l’école du caméléon !

C’est un très grand professeur. Si vous l’observez, vous verrez… Qu’est-ce que le caméléon ?

caméléon

D’abord quand il prend une direction, il ne détourne jamais sa tête. Donc, ayez un objectif précis dans votre vie, et que rien ne vous détourne de cet objectif.

Et que fait le caméléon ? Il ne tourne pas la tête, mais c’est son œil qu’il tourne. Le jour où vous verrez un caméléon regarder, vous verrez : c’est son œil qu’il tourne. Il regarde en haut, il regarde en bas. Cela veut dire : Informez-vous ! Ne croyez pas que vous êtes le seul existant de la terre, il y a toute l’ambiance autour de vous !

Quand il arrive dans un endroit, le caméléon prend la couleur du lieu. Ce n’est pas de l’hypocrisie ; c’est d’abord la tolérance, et puis le savoir-vivre[3].

Se heurter les uns les autres n’arrange rien. Jamais on n’a rien construit dans la bagarre. La bagarre détruit.

Donc, la mutuelle compréhension est un grand devoir. Il faudrait toujours chercher à comprendre notre prochain. Si nous existons, il faut admettre que, lui aussi, il existe.

Et que fait-il, le caméléon ? Quand il lève le pied, il se balance, pour savoir si les deux pieds déjà posés ne s’enfoncent pas. C’est après seulement qu’il va déposer les deux autres.

Il balance encore… il lève… Cela s’appelle : la prudence dans la marche.

Et sa queue est préhensile. Il l’accroche. Il ne se déplace pas comme ça… Il l’accroche, afin que si le devant s’enfonce, il reste suspendu. Cela s’appelle : assurer ses arrières… Ne soyez pas imprudents !

Et que fait le caméléon quand il voit une proie ? Il ne se précipite pas dessus, mais il envoie sa langue. C’est la langue qui va la chercher. Car ce n’est pas la petitesse de la proie qui dit qu’elle ne peut pas vous faire mourir. Alors, il envoie sa langue. Si sa langue peut lui ramener sa proie, il la ramène, tranquillement ! Sinon, il a toujours la ressource de reprendre sa langue et d’éviter le mal…

Donc, allez doucement dans tout ce que vous faites !

Si vous voulez faire une œuvre durable, soyez patients, soyez bons, soyez vivables, soyez humains ! »

N.B. Le Frère des Écoles chrétiennes Jean-Pierre LAUBY, qui enseigna trente-huit ans en Afrique noire, a publié en 2011 des textes inédits, autres récits moins connus et lettres d’Amadou Hampâté Bâ, écrivain malien qu’il put rencontrer à Niamey en 1975. Ce Cahier de 184 pages, illustré de nombreuses photos en couleur et intitulé : À l’école d’Amadou Hampâté Bâ, vient d’être réédité (revu et augmenté). Commander et payer par chèque (20 € franco) à : Fr Jean-Pierre LAUBY, 12 chemin de Duroux, 31500 Toulouse.  

Courriel pour toute information :   amadouhb.2012@gmail.com

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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