Les preuves de l'Evolution

Par André BouletRevue n°10Science, Apologétique
Les preuves de l'Evolution

Résumé : La revue La France Catholique, souvent mieux inspirée, a cru pouvoir clore le débat sur l'évolutionnisme en quelques articles catégoriques signés par des scientifiques qualifiés, notamment le Pr Michel Delsol, connu pour son attachement indéfectible au dogme darwinien. Il s'agissait, pour les auteurs, de contrer le cahier EDIFA n°3 (cf Le Cep n°4, p.24) dans lequel des chrétiens constestaient l'évolutionnisme scientifique ainsi que les dérives subséquentes en théologie et en exégèse. Le P. Boulet, partie prenante dans la rédaction du Cahier EDIFA, revient ici sur la démarche qui l'oppose au "dogme" évolutionniste.

La France Catholique du 30 avril 99 a publié un article signé des professeurs Michel Delsol, J.P. Parent et Jeanine Flatin, sur "les preuves de l'Evolution". Cet article a sans doute impressionné les lecteurs de la France Catholique, car les signataires sont docteurs ès sciences et (ou) ès philosophie. Si les lecteurs avaient encore quelques doutes sur la vérité scientifique de l'Evolution, ils les ont probablement perdus et croient désormais que la théorie synthétique de l'Evolution ou néodarwinisme ne peut plus être mise en doute.

A dire vrai, depuis deux ans on a vu tant de magazines et de revues scientifiques qui ont publié des articles similaires, apportant tous leur pierre à l'édifice imposant des arguments en faveur de l'Evolution, qu'il est de plus en plus difficile de ne pas se rallier à cette théorie.

Et pourtant, des lecteurs bien informés du dossier scientifique, et pour cette raison pleins de réserves sur la vérité de cette théorie, resteront probablement sur leurs doutes, voire sur leur rejet de la théorie. Je suis de ceux-là, en dépit des arguments des signataires de l'article de la "France Catholique", et je vais expliquer pourquoi.

Auparavant, je dois dire qu'il est assez déplaisant d'être classé, par les signataires de l'article, parmi les chrétiens "fondamentalistes", friands de la littérature défendant la littéralité de la Bible. Ces chrétiens apprennent ainsi qu'ils ont "une attitude touchante" mais qui est "contre productive".

Dont acte. Je savais déjà depuis longtemps que lorsqu'on n'est pas évolutionniste on doit être prêt à se faire traiter de "créationniste", "fixiste", "fondamentaliste", "intégriste"... autant de qualificatifs à connotations péjoratives, ... cela ne fait jamais plaisir. On se console en se disant que les Pères de l'Eglise étaient tous "fondamentalistes", etc... On n'est donc pas trop ridicule ou insensé de penser comme eux et comme tous les saints qui jusqu'au 19ème siècle ont pensé comme eux.

Pour en venir au fond de l'article en question, on y trouve une accumulations d'arguments, ressortissant à diverses disciplines scientifiques, dont les auteurs affirment de manière péremptoire des choses tout-à-fait contestables. Par exemple, il n'est pas exact que les datations (des fossiles) confirment la théorie évolutionniste et que "les fossiles se sont toujours situés à peu près au rendez-vous du calcul". A moins de ne retenir que les datations qui "collent" avec le schéma préconçu évolutionniste et d'éliminer les autres. Les auteurs semblent ignorer les travaux spécialisés en radiochronologie ou en sédimentologie, de Marie-Claire Oosterwyck et Guy Berthault. A moins que, très gênés par ces travaux, il veuillent les ignorer.

Par ailleurs, ce qui est dit dans l'article, sur les travaux du paléontologue J.-L. Dommergues appelle les mêmes réserves quand on sait que l'interprétation des couches sédimentaires selon les principes de Lyell, admise jusqu'à nos jours par les géologues, est sérieusement remise en question par les travaux menés depuis dix ans par des sédimentologues, en laboratoire comme sur divers sites terrestres ou marins.

Quant à de la biologie moléculaire, sensée "confirmer tous les autres faits déjà vus", les auteurs affirment que "l'étude biochimique des gènes et des protéines... est en accord avec nos phylogenèses". Ce n'est pas l'avis de Michaël Denton, spécialiste réputé de la biochimie moléculaire, dans son livre : Evolution, une théorie en crise, (Ed. Flammarion, 1992).

Nos auteurs reconnaissent d'ailleurs que les "preuves" de l'évolution ont un "caractère particulier". Chacune est insuffisante pour prouver l'évolution, semblent-ils avouer, mais elles convergent vers "un type de preuve peu souvent rencontré : une preuve par accumulation de faits, que nous avons appelée un effet puzzle". A quoi on peut répondre que :

Ceci m'amène à dire qu'il existe un examen critique des "preuves" de l'évolutionnisme, ainsi que de ses présupposés, qui relève d'une discipline très délaissée depuis 40 ou 50 ans, la logique formelle. Un juriste américain, professeur de l'Université de Berkeley, Philip Johnson 1, enseignant précisément la validité des preuves devant un tribunal, bon connaisseur du dossier évolutionniste, a soumis la théorie évolutionniste et ses arguments à un regard critique. Ses conclusions rejoignent celle de M. Denton. Les professeurs Delsol, Parent et J. Flatin semblent ne tenir aucun compte de ces critiques fondamentales.

Mais il y a un autre élément du débat, de taille celui-là, bien qu'il ne relève pas du domaine scientifique, qui devrait alerter les chrétiens qui sont acquis à l'évolutionnisme et déclarent n'avoir aucune difficulté pour concilier cette théorie avec leur foi. Ce fait, aisément vérifiable, c'est que la quasi totalité des théologiens de langue française, acquis tous à la théorie néo-darwiniste, proposent une doctrine de la création, du statut du premier Homme, du péché originel, du mal et de la mort dans le monde... en totale dissonance avec l'enseignement du Magistère de l'Eglise.

Pour eux, les premiers hommes ont émergé de l'animalité après des centaines de milliers d'année d'"hominisation" et n'avaient qu'une lueur d'intelligence et de conscience. Le récit de la faute originelle est une façon symbolique d'exprimer la "finitude" de l'être humain. Il n'y a pas eu, historiquement, de faute grave d'un premier couple humain.

Il n'y a pas eu non plus de tentation par un être pervers, dont l'existence d'ailleurs relève d'un genre littéraire mythique propre à la Genèse. En définitive, pour ces théologiens, les désordres du monde, les souffrances, le mal, la mort... sont inhérents à l'acte même par lequel Dieu crée le monde, selon un processus évolutif de complexité croissante, soumis au hasard. Cf. les ouvrages de G. Martelet, Fr. Varonne, J. Bur, etc... publiés au Cerf ces dernières années. On ne peut se défendre de penser que s'ils ont abouti à cette théologie contraire aux enseignements de l'Eglise, c'est en raison de leurs convictions évolutionnistes et pour faire "concorder" leur foi avec ce que dit la science.

Certes, le désaccord entre les affirmations d'une théorie scientifique et celles de la foi catholique ne permet pas d'en conclure que cette théorie scientifique est fausse, sans autre examen approfondi. Mais cela invite tout de même à se poser des questions ! Entre autres celle-ci : pourquoi faudrait-il que ce soit la foi qui se règle sur la science ? La science s'est si souvent trompée !

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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