Lettre d'un mort vivant, Pierre Bourgault : À mes amis athées

Par Christian DuchesneRevue n°106Biographie, Philosophie, Société, Théologie
Lettre d'un mort vivant, Pierre Bourgault : À mes amis athées

Présentation : Pierre Bourgault fut un célèbre homme politique québécois, orateur sublime, athée militant, un des artisans de la plongée matérialiste d'une société qui était restée chrétienne jusqu'à l'après-guerre, notamment par la déconstruction du système éducatif. Après une rapide revue des événements qui ont marqué cette tranche cruciale de l'histoire du Québec, sont donnés et commentés ici les éléments biographiques nécessaires pour apprécier à sa juste valeur la force, la désespérance et par certains côtés la grandeur de cette Lettre poignante que Pierre Bourgault écrivit quelques jours avant sa mort. Après une telle lecture, d'inévitables questions surgissent à propos de l'euthanasie.

Introduction

L'orateur Pierre Bourgault est né le 23 janvier 1934 à East Angus en Estrie, au sud-ouest du Québec, et est mort à Montréal le 16 juin 2003. On m'a demandé, pour le décrire à mes cousins du vieux continent, de le comparer à un personnage célèbre de chez vous. Difficile ! car ma connaissance historique des personnages européens est fort limitée.

Puis-je le comparer à Voltaire ? Pourquoi donc, me direz-vous ! Simplement parce que Voltaire était excellent orateur, mais aussi une sorte de sophiste, occultant habilement des informations essentielles, à l'instar de Pierre Bourgault qui, lui, aurait prononcé près de 4 000 conférences et allocutions publiques, qualifiées d'hypnotiques.

Mais comment expliquer cet engouement chez un peuple qui n'était résolument pas de cette gauche radicale, sans le recours au charisme et, surtout, aux sophismes ? Par certains côtés, le personnage de Cyrano de Bergerac pourrait être évoqué ici ! Mais P. Bourgault était un athée propagandiste, et viscéralement pour l'époque, lui qui pourtant serait allé à la messe jusqu'à huit fois par semaine dans sa jeunesse ! Nonobstant tout cela, puisque traduire, c'est trahir, comparer ne serait-il pas rabaisser ou a contrario élever injustement ?

Bref, le lecteur pourra, à partir de ses propres références, se faire une idée plus juste de ce que ce héros québécois a pu représenter dans les années 60-70, avant de lire cette Lettre magistrale écrite juste avant sa mort.

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Pierre Bourgault (PB) fut tambour battant journaliste, homme politique, professeur d'université, essayiste, débatteur, éditorialiste et animateur radiophonique. Il faut avouer qu'autant de talents réunis en un seul homme sont plutôt stupéfiants, d'autant qu'il aura été éduqué lors d'une époque que les ennemis de l'Église ont qualifiée de « Grande noirceur » (1944-1959).

Ici, il sera nécessaire de faire une petite incursion dans la Révolution tranquille (Rt) de 1960-1966 au Québec. Comment concilier que l'Instruction publique (catholique) du Québec « qui – selon Paul Gérin-Lajoie (PGL) [le père de la très perfide Rt,] – était dans un état déplorable à l'aube des années 60 »1, ait pu produire les « élites » qui ont mis fin à son existence, notamment par la calomnie de la grande noirceur2 !

D'où ma comparaison plus haut avec Voltaire qui aurait dit : « Mentez, calomniez, il en restera bien toujours quelque chose ! » En effet, dénigrer sournoisement l'Église au Québec était impératif pour ces « élites ». Assumant donc son rôle de destructeur, PGL propageait ainsi maintes statistiques en apparence troublantes mais qui, dans les faits, furent des sophismes. Selon lui, « 93 % des étudiants n'iront pas à l'université… 50 % de nos enfants quittent l'école à l'âge de 15 ans, la plus basse fréquentation scolaire au Canada », etc.)

D'ailleurs, de tels chiffres trompeurs à la Yule-Simpson3 furent affichés et annoncés massivement au Québec au début des années 60, et les médias diffusèrent méthodiquement ces mensonges. Aujourd'hui nous savons4, par les fruits pourris de cette Rt, que les manipulateurs — qui entretiennent toujours le mythe de la bienfaisance de cette Révolution — mentaient et mentent toujours à la population.

En effet, le constat actuel et quasi universel est que les jeunes scolarisés de 11 ans en 1959 connaissaient mieux leur langue française et la littérature qu'un universitaire de 20225. Combien de fois ai-je dû corriger diverses fautes abyssales chez de jeunes enseignants de mes enfants ! De plus, le Rapport Nadeau montrait de la même manière que la réforme de l'Éducation de PGL (depuis la création du tout aussi perfide ministère de l'Éducation du Québec [MEQ], le 13 mai 1964) fut une catastrophe qui jeta le chaos moral dans les écoles publiques. Ce rapport officiel fut rapidement enterré.

Ce que l'écrasante majorité des Québécois ignore toujours, c'est que l'Équipe du tonnerre, ou ceux qui la finançaient, craignait plutôt le puissant autonomisme des Québécois. Autonomisme encouragé et protégé par l'Église catholique (d'une part, par une forte natalité, et d'autre part, par le discernement des vocations et métiers en faveur d'une paysannerie forte), car les pères avaient tiré la leçon des événements des années 1760 et 1898 au Québec, puis de 1905 en France, ainsi que de ceux de 1917-1921 en Russie.

C'est justement grâce au célèbre « cours classique »6 (fondé en 1665, et qui ouvrait toutes les portes aux doués, autant pour les vertueux que pour les carriéristes, et qui fabriquait tout sauf des technocrates7) que des élèves pouvaient accéder aux plus hauts postes de l'administration, des sciences et de l'État, avec les succès économiques que l'on sait8. Certes, il est indéniable que PB avait un talent inné et une intelligence subtile qu'on ne peut lui enlever, mais ce fut uniquement grâce à ce tremplin catholique hors du commun qu'il s'éleva si haut.

Il faut ajouter que ce cours faisait aussi l'envie des Anglo-saxons protestants qui, à l'époque, venaient étudier dans les universités catholiques du Québec, principalement à l'Université Laval [nommée ainsi en l'honneur du saint évêque Mgr François de Laval (1623-1708)]. Ainsi, ce « cours classique » entièrement élaboré et toujours amélioré par les religieux du Québec9 a permis de forger l'élite révolutionnaire que formèrent les Jean Lesage et le ravageur Paul Gérin-Lajoie10 (PGL), passé aussi par Oxford11, laquelle s'est malicieusement emparée du pouvoir à partir du 22 juin. Donc, une fois le Québec pris dans l'engrenage de l'endettement, le second coup d'État (du 14 novembre 1962) a ainsi été rendu facile.

En effet, l'endettement faramineux permit aux sécessionnistes de dépenser sans compter, et cela sans se faire accuser de « patronage ». En résumé, PGL et sa bande organisée avaient simplement troqué le patronage corporatif existant sous Duplessis par celui des grandes banques multinationales. Et le levain qui canalisa les consciences vers ce gouffre fut celui instillé par les médias de la haine utilisé massivement par « l'équipe du tonnerre » suite aux « judicieux » conseils de la même équipe souterraine, qui mit John F. Kennedy au pouvoir (avec le débat TV Kennedy-Nixon en 1960), par l'utilisation du pouvoir hypnotique de la télévision12. En effet, avant la création du ministère de l'Éducation, PGL délégua trois de ses pantins pour se rendre à Washington (juin 1963) rencontrer nul autre que Pierre Salinger13 (PGL, p. 221 et 260).

Les journaux et revues américaines, dont le Times Magazine, The McClean (Toronto), etc., emboîtèrent le pas en publiant des articles incroyablement complaisants, évidemment sans un atome d'analyse.

Quoi ! Encore un complot, direz-vous ! Alors, quoi de mieux que de laisser PGL lui-même nous parler — avec son triomphalisme arrogant — de son objectivité (p. 30) :

« Cette génération à laquelle j'appartenais n'était pas intéressée à mesurer les progrès réalisés depuis les générations précédentes, ni la générosité de nos éducateurs passés, ni le nombre des grands professionnels, des scientifiques de renom, des éducateurs remarquables, des hommes d'affaires entreprenants que notre peuple avait produits » (PGL; p. 236-237).

Pour confirmer le tout, ajoutons que le pilier de PGL, Arthur Tremblay, avoua candidement que lui et l'équipe du tonnerre n'avaient « pas pris en considération un seul des 270 mémoires déposés à l'Assemblée nationale » contre la création du Ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) ! Par contre, ils eurent moins de scrupules lors de leurs visites en Union soviétique (Moscou) en 1962, ainsi qu'au début des années 80 où on leur avait déroulé le tapis rouge.

Pierre Bourgault, qui fut un ardent défenseur de la langue française, savait-il que ce stratagème – que dis-je, ce prétexte ! – allait isoler et expulser les religieux des écoles (commissions scolaires linguistiques plutôt que religieuses)14 et ainsi mieux contrôler le peuple du Québec par un faux laïcisme et un modernisme indubitablement matérialiste ; véritable pente savonneuse vers la décadence morale, comme l'affirmait Julian Huxley dans les années 50 (cf. Le Cep n° 88, p. 33)15 ?

Très probablement oui, vu l'auréole que les médias de masse ont patentée pour lui ainsi qu'à PGL. Actuellement au Québec, nous cueillons le fruit de cette Rt ; soit le génocide d'un peuple. Ce n'est pas moi qui le dit, mais le chanoine Achille Larouche au début des années 200016. En somme, le ministère de l'Éducation aura réussi le coup fumant de réaliser la commande d'un illuminé : « Faites des cœurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques17. »

Bref, PB fut un orateur remarquable, que Radio-Canada qualifiait aussi de « libre-penseur »18 et qui a utilisé sa vie pour promouvoir de manière virulente, agressive même (ce qui fut la cause de son échec politique), l'indépendance du Québec. PB n'était pas vraiment démocrate ; il aurait même appelé à proclamer l'indépendance unilatérale du Québec. Heureusement, le modéré parti québécois de René Lévesque a finalement avalé le RIN de PB (autrement, nous aurions probablement eu une guerre civile ici).

Soulignons que J. Dion termine son article en ajoutant que PB utilisa même un pseudonyme féminin, celui de Chantal Bisonnette dans le périodique Nous19.

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Voici maintenant la belle et stupéfiante Lettre20 de Pierre Bourgault écrite très peu de temps avant sa mort… et, à la fin, la raison première de cet article !

« Le cœur bat plus vite que de coutume et le cerveau explose. Je me demande lequel des deux explosera le premier, à moins que je m'occupe de tout cela moi-même, ce qui n'est pas une si mauvaise idée après tout. Je m'engloutis dans toutes les contradictions. Je suis vivant, mais je suis mort. Je suis résigné, mais je veux me battre. Un instant, je m'imagine longeant les murs sans lever le regard, puis je décide de porter la tête haute et de soutenir les terribles regards de tous ces accusateurs qui disent encore m'aimer. Je veux vivre et je veux mourir. Je veux ignorer le bourreau qui ne sait pas ce qu'il fait, puis je veux me venger.

Je veux dormir, mais rester vigilant. Je suis allumé puis je m'éteins. Je me suis toujours un peu moqué de la mort, la mienne, et de celle des autres. Tout s'arrête et voilà, c'est tout. Je ne l'ai jamais souhaitée, mais je n'ai jamais non plus tenté de l'ignorer. Je savais qu'elle viendrait en son temps. Je souhaitais qu'elle soit simple, qu'elle soit douce et qu'elle me prenne à l'improviste sans m'avertir qu'elle s'amenait.

Mais voilà qu'elle se présente devant moi dans toute sa brutalité, avec une brusquerie sauvage qui m'arrache de terre avec violence. Je comprends maintenant pourquoi il vaut mieux ne pas connaître le jour de sa mort, car autrement, on devient un mort vivant ! Vous vous levez un matin et tout va bien, puis quelqu'un vous annonce que vous serez exécuté dans l'après-midi. Entre le matin et l'après-midi il y a l'éternité. Pas la vie, l'éternité qui comme on le sait, ressemble parfois à l'enfer. Oui, c'est de cela qu'il faut parler, l'enfer.

J'y suis plongé depuis cinq jours, entouré de tous ces démons déchaînés, les miens et ceux des autres, ils m'assaillent de toute part et me roulent dans la boue. Je ne suis plus rien, moins que rien et pourtant il me reste la rage, oui cette sorte de rage qui est plus que de la colère. Oui cette rage incandescente qui me brûle et me consume comme le feu le ferait sur un bûcher ! Voilà cinq jours que ça dure, non seulement l'épouvante ne diminue pas, elle s'installe à demeure. Je sais que le fusil a craché son feu, mais je ne sais pas quand il m'enflammera le cerveau. Inconsciemment, je longe déjà les murs et ne regarde plus les gens, les voisins, les passants dans leurs yeux. J'attends. Une attente habitée de toutes les angoisses, de tous les cauchemars, je ne me déplace plus que lentement comme si je craignais arriver trop vite au but.

Je regarde mon chien avec plus de tendresse que d'habitude et c'est dans une sorte de brouillard que j'aperçois ma terrasse abondamment fleurie. Je vois à peine les fleurs qui ne sont plus que des taches de couleur imprécises qui s'évanouissent en plein soleil. Désormais, je sais ce qu'est la folie, le retrait, le refus, le départ ailleurs. Je me sens devenir fou. Je commence à comprendre que la mort et la folie ne sont peut-être qu'une seule et même chose, je n'en peux plus.

Ah ! tuez-moi et au plus tôt et qu'on en finisse enfin !

Je suis mort et je vis, l'horreur absolue. Ce n'est pas tant la mort en soi. C'est la mort qui surgit de nulle part dans l'humiliation et l'opprobre. Ce n'est pas la mort tout court, c'est la mort qui s'accompagne d'un jugement injuste et de la condamnation sans appel. C'est la mort qui survient dans les cris de vengeance. C'est la pire des morts, c'est la mienne. J'ai connu tout au long de ma vie des souffrances individuelles et de lourdes épreuves, mais, réunies toutes ensemble, elles pèsent bien peu auprès de la tourmente dans laquelle je suis plongé ! »

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Cette Lettre nous replonge dans la belle éloquence de Pierre Bourgault, avec cette fois une certaine honnêteté… Suite au décès de PB, un certain Jean Dion (Le Devoir du 17 juin 2003) écrivit son éloge funèbre, où nous voyons comment l'homme s'est viscéralement trompé à propos de la mort qu'il a toujours bravée… Laissons-le parler :

« Bourgault est mort hier à l'Hôtel-Dieu de Montréal, à l'âge de 69 ans, emporté par une "maladie pulmonaire chronique obstructive", autre façon de nommer le prix de décennies de tabagisme compulsif et impénitent. Même après une série de pontages, il continuait de fumer sans relâche. Il le disait lui-même, il s'en foutait. Il savait bien sûr que les oraisons funèbres allaient fondre sur sa dépouille aussitôt son dernier soupir rendu, mais il n'en voulait pas. Bourgault était athée, rationnellement et viscéralement, et la mort était quelque chose qui allait arriver un jour, point à la ligne, c'est tout, pas de quoi en faire un plat. "Une vie, c'est assez", racontait-il dans une entrevue il y a une dizaine d'années. "Je ne suis pas contre la mort…" Mieux : il y a deux ou trois ans, à la demande de Jean-René Dufort, il avait accepté de commenter sa propre "viande froide"– c'est ainsi que les journalistes nomment les textes et reportages faits d'avance lorsque le décès d'une personnalité publique peut être appréhendé. »

Et J. Dion ajoute, à propos de son fantastique talent d'orateur :

« Il avait déjà raconté craindre lui-même l'ampleur de l'ascendant qu'il exerçait sur les foules. Il les aurait conviées en enfer que, hypnotisées, elles l'auraient suivi ! »

Finalement, J. Dion termine ainsi son éloge :

« Libre il a vécu, libre il est mort21. »

Mais est-ce bien le cas ? PB était-il vraiment libre ? À la lumière de la plume même de PB, force est de constater qu'il n'était ni libre ni heureux. Certes, J. Dion ignorait sans doute cette lettre d'angoisses extrêmes de PB, mais même sans cela, comment qualifier de libre une personne d'extrême gauche ? Ne sommes-nous pas, au contraire, en présence d'un homme captif ? Captif de ses passions, idéologies et dépendances multiples. Captif de son orgueil et de sa vanité ; en effet, PB, jaloux, a publiquement réclamé (probablement avec raison) le record de la plus longue ovation de l'histoire du Québec (une demi-heure selon ses dires), lorsqu'on parla de la grande ovation pour Jacques Villeneuve suite à sa victoire au Grand prix de formule 1, le 5 nov. 1997 (ovation de cinq longues minutes alors qualifiée de record).

Mais laissons de côté ces enfantillages ; à mon avis et heureusement, cette lettre me laisse croire que Pierre Bourgault a peut-être eu la grâce de vivre une Nuit obscure, peut-être telle que l'ont vécue les Pascal, Ignace de Loyola, Jean de la Croix et maints autres. Certes, peut-être pas aussi mystique !… Mais, puisque le Dieu de tendresse a Ses chemins à Lui et qui sont différents pour tous, évoquons-Le dans Sa grande Miséricorde.

Conclusion

Comment ne pas saisir ici cette autre « chance » (une grâce, que l'on devrait considérer — surtout par les temps qui courent — comme toujours ultime [ne pas endurcir notre cœur !]) pour nous rendre conscients de l'importance de bien préparer l'événement le plus important de notre vie : notre propre mort. Et cela, tels ces païens souvent qualifiés de « primitifs », car partout où les colons ont posé les pieds – nous l'avons constaté chez toutes ces peuplades, pourtant isolées les unes des autres –, à savoir qu'elles gardaient jalousement de fortes traditions préparatoires à la mort. Et aussi pour le passage dans la mort elle-même (qui généralement durait trois jours), et ensuite cette belle vénération des ancêtres défunts, toute la vie durant et même transmise aux enfants et petits-enfants.

Pourquoi ne pas justement utiliser cette Lettre de PB pour nous réconcilier avec le grand tabou qu'est la mort et ainsi faire apprécier l'action amoureuse de Dieu chez d'immenses pécheurs ? Dieu, dont l'Amour désire purifier le plus possible les repentants de toutes leurs scories avant d'entrer dans l'Éternité ?! Marie-Julie Jahenny ne dit-elle pas que le nombre des sauvés sera de 7/9 ? Même le saint Curé d'Ars était dans cette veine, Dieu « travaille » afin que ses ennemis qui se retrouveront en enfer n'y soient pas aussi profonds qu'ils auraient dû l'être (je cite de mémoire). Ainsi, le vrai chrétien sait que la souffrance in extremis n'est pas notre ennemie, bien au contraire ; et nous pouvons apprécier par la Lettre de PB qu'elle est aussi la grande amie des athées, de tous en fait, car elle ouvre des perspectives auxquelles ils n'auraient jamais pensé sans cette sollicitude de Dieu par la souffrance finale. Dit autrement, par la grande Thérèse d'Avila : « pas d'Amour sans souffrances. » Ainsi, connaissant bien l'extrême délicatesse du Dieu de tendresse envers nos âmes, je crois que l'ancien croyant fervent que fut Pierre Bourgault a bénéficié de Sa grâce finale.

Maintenant, pourquoi cet article ? Parce qu'un point d'importance majeure est soulevé par la Lettre de PB. En effet, si l'euthanasie avait existé en 2003, il est à craindre que M. Bourgault ne l'eût utilisée (comme sa lettre le sous-entend) et donc, n'aurait pu vivre cette souffrance (Nuit) qui fut une occasion d'intériorité qui ne put être que salutaire pour lui et pour d'autres, justement grâce à cette terrible Lettre. Les médias de la Rt auront, à tort, convaincu les Québécois qu'ils sont libres, libérés des anciens tabous, comme ils l'affirment eux-mêmes pompeusement, mais tout cela sonne faux22

Les Québécois ont un immense tabou, et c'est celui de la souffrance et de la mort qu'ils cherchent à occulter en se « lavant » les mains dans un bassin rempli d'anesthésiants, d'hypnotiques et d'État-Providence, autant de superstitions vides de sens. On ne peut se fabriquer sa propre religion… Une chose demeure certaine : on pourra accuser Pierre Bourgault d'avoir été tout, sauf un tiède !

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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