L'évolution : une hérésie ?
Résumé : L'on entend souvent dire que la science et la foi sont des domaines bien séparés, l'un s'occupant du « comment ? », et l'autre du « pourquoi ? ». De son côté, Galilée, pour s'imposer aux théologiens, se couvrait d'un mot d'esprit souvent repris qu'il attribuait au cardinal Baronius : « L'Écriture n'a pas pour but de nous enseigner comment va le ciel, mais comment on va au ciel »... Mais toutes les vérités se tiennent et il est des points sur lesquels une séparation étanche semble impossible, ainsi en est-il de l'origine de l'homme. L'auteur de cet article, fervent catholique, va même jusqu'à considérer l'évolutionnisme comme une hérésie.
Dans une lettre du pape Jean-Paul II à l'Académie Pontificale des Sciences du 22 octobre 1996, intitulée La Vérité ne peut pas contredire la vérité, le Saint Père fit cette déclaration discutable : « De nouvelles connaissances conduisent à ne plus considérer la théorie de l'évolution comme une simple hypothèse. » Cette affirmation en irrita beaucoup dans le camp des anti-évolutionnistes, estimant qu'elle allait retarder la cause du créationnisme et de la théorie du « dessein intelligent » (intelligent design) qui faisaient alors de grands progrès. Cependant, un des aspects de la théorie évolutionniste est la « sélection naturelle » et, dans certains cas concernant les changements à l'intérieur d'une espèce, la sélection naturelle est en fait « plus qu'une hypothèse ». Par exemple, des études ont montré que la taille du bec des pinsons peut varier par sélection à cause de l'environnement. Le même phénomène de variation a été constaté dans des études classiques sur l'avantage pour leur survie des changements de couleur des ailes de la phalène du bouleau. Mais, finalement, au bout du compte, nous nous retrouvons toujours avec des pinsons et des phalènes du bouleau. Les changements, en réalité, sont dus à la sélection naturelle et à l'environnement, agissant sur l'information génétique des membres d'une espèce. Cependant, l'aspect de la théorie évolutionniste le plus souvent mis en question et débattu est l'hypothèse de la « descendance évolutionniste commune » de tous les êtres vivants sur terre. Elle est discutable, car il n'existe pas de preuve expérimentale, scientifique, qu'une espèce ou une famille ait réellement descendu d'une autre. C'est purement une hypothèse n'ayant jamais dépassé ce stade depuis un siècle et demi. Dans le présent article, nous entendons par « évolution » cette descendance évolutionniste commune.
Au cours des années récentes, les travaux des savants utilisant la théorie du Dessein intelligent ont efficacement discrédité le néo-darwinisme, c'est-à-dire l'idée d'une évolution de nouvelles espèces due à l'interaction de la sélection naturelle, de l'environnement et des changements génétiques liés surtout aux mutations. Parmi les pionniers du mouvement du Dessein intelligent [3] figurent l'Anglo-Australien Michael Denton, et les américains William Dembski et Michael Behe, un catholique. Malgré tout, les nouveaux développements, qui ont contesté avec succès le néo-darwinisme, n'ont pas empêché les évolutionnistes de qualifier effrontément leur modèle de « fait » de l'évolution. Mais la descendance évolutionniste ne peut être qualifiée ni de « fait », ni de « plus qu'une hypothèse », puisqu'il n'a jamais été scientifiquement prouvé que des animaux ou des plantes plus complexes se fussent développés à partir d'autres espèces ou de formes plus simples de la vie. Les expériences de laboratoire sur les mutations génétiques n'ont jamais prouvé l'évolution de nouvelles espèces, ni même d'une « version améliorée » des espèces existantes.
Malheureusement, l'évolution est encore acceptée comme vraie, sans esprit critique, par beaucoup de catholiques. Peut-être certains ont-ils si peur d'une autre affaire Galilée qu'ils se mettent en quatre pour concilier la thèse évolutionniste avec la religion. D'où le compromis d'une « évolution théiste » selon laquelle Dieu utilisa ou permit la descendance évolutive comme mécanisme de la création. La spéculation suivant cette ligne de pensée est permise aux catholiques d'après l'encyclique Humani Generis du pape Pie XII. L'encyclique explique que dans l'état actuel (en 1950) des sciences et de la théologie, il est permis de « rechercher si le corps humain fut tiré d'une matière déjà existante et vivante — car la foi catholique nous oblige à maintenir l'immédiate création des âmes par Dieu ». Dans le demi-siècle suivant, et pendant un siècle et demi depuis Darwin, la discussion sur la possibilité de descendance de l'homme à partir d'animaux inférieurs s'est poursuivie, et elle n'est toujours rien de plus qu'une thèse hypothétique non prouvée.
Les évolutionnistes chrétiens, qui ont accepté la fausse prémisse posant que l'évolution serait un « fait » avéré, doivent essayer de la concilier avec leur foi chrétienne, mais ils ne peuvent pas le faire sans diluer cette même foi. Par exemple, ils doivent s'accommoder avec l'enseignement de la Bible disant que Dieu créa l'homme non seulement avec une âme immortelle, mais avec un corps qui n'était pas soumis à la mort — une mort qui entra dans le monde avec la chute d'Adam. Ainsi donc, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ; et ainsi la mort a passé dans tous les hommes parce que tous ont péché (Rm 5, 12). Se lit encore dans le Catéchisme de l'Église catholique (n° 1 008) : « La mort est la conséquence du péché. Le Magistère de l'Église, authentique interprète des affirmations de la Sainte Écriture [Gn 2, 17 ; 3, 3 ; 3, 19 ; Sg 1, 13 ; Rm 5, 12 ; 6, 23] et de la Tradition, enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l'homme. » En outre, le Livre de la Sagesse semble indiquer qu'à l'origine aucun être vivant, d'aucune sorte, n'était soumis à la mort : « Car Dieu n'a pas fait la mort, et il n'éprouve pas de joie de la perte des vivants. Il a créé toutes choses pour la vie » (Sg 1, 13-14). Et pourtant, les partisans de l'évolution théiste maintiennent que Dieu a utilisé la survie du plus apte, la violence, la mort et la sélection naturelle pour créer les êtres par un processus de progrès évolutif. Ils doivent donc expliquer, en s'accordant avec l'Écriture, comment des animaux qui se battirent, s'entretuèrent et se dévorèrent entre eux pour survivre, évoluèrent finalement jusqu'à un tel degré de perfection que Dieu trouva convenable de donner à l'homme une âme immortelle et un corps indestructible. « Car Dieu a créé l'homme pour l'immortalité, et il l'a fait à l'image de sa propre nature » (Sg 2, 23).
Il existe de nombreuses autres difficultés sérieuses qui deviennent évidentes lorsqu'on analyse l'évolution d'un point de vue catholique. Quelques exemples excellents de ces difficultés, et de ce qui peut arriver au concept de Dieu lorsque l'on veut marier l'évolution au catholicisme, apparaissent dans une communication récente du P. George V. Coyne S.J., ancien Directeur de l'Observatoire du Vatican. En janvier 2006, il donna à l'Université de Palm Beach Atlantic (Floride) une conférence affirmant le « fait » de l'évolution, intitulée « La Science n'a pas besoin de Dieu, n'est-ce pas ? Un savant catholique regarde l'Évolution ». Les raisons qu'il présente pour défendre, expliquer et justifier l'évolution sont exactement les raisons pour lesquelles la théorie de l'évolution est un piège de propositions dangereuses pour les catholiques.
Son exposé semble avant tout un moyen de présenter ses objections à un article donné dans le New York Times par le cardinal Schönborn (7 juillet 2005) [4]. Dans cet article intitulé « Découvrir la finalité dans la nature », le Cardinal niait explicitement que l'évolution fût « ...compatible de quelque façon avec la foi chrétienne ». Il écrit que « ...l'évolution au sens néo-darwinien, de processus non dirigé, non prémédité, de variations aléatoires et de sélection naturelle » n'est pas vraie. Parlant de l'évolution comme d'un système de pensée et d'idéologie cherchant à « expliquer » l'évidence de la finalité dans la nature, il écrit : « Les théories scientifiques qui tentent d'expliquer l'apparence d'une finalité par "le hasard et la nécessité" ne sont pas du tout scientifiques, mais, comme Jean-Paul II le dit, une abdication de l'intelligence humaine. » L'article de Schönborn ne vise pas la théorie du Dessein intelligent comme telle. Il affirme plutôt que, par la lumière de la seule raison, comme le proclame l'Église, « ...l'intelligence humaine peut facilement et clairement discerner l'intention et la finalité dans le monde naturel, y compris le monde des êtres vivants ».
Le P. Coyne énumère dans sa conférence cinq raisons pour lesquelles il considère que la position du cardinal Schönborn contre l'évolution est inexacte : « Le Cardinal se trompe sur au moins cinq points fondamentaux. » Voici une brève description des arguments du P. Coyne et les raisons pour lesquelles ils sont tous invalides. Son premier point est que l'évolution est « complètement neutre par rapport à la pensée religieuse. » Par là, il insinue évidemment que le Dessein intelligent n'est pas religieusement neutre. Mais, comme le soulignent tous ses adeptes, la théorie du Dessein intelligent ne prend aucune position sur qui ou sur quoi serait responsable du dessein et ne fait pas la moindre supposition d'ordre religieux. Puisque l'hypothèse scientifique qu'il existe de la finalité et de l'intention dans la nature n'a rien à voir avec un point de vue religieux, elle est à cet égard au moins aussi neutre que la théorie de l'évolution. Le second argument du P. Coyne contre le Cardinal cite le discours de Jean-Paul II où ce dernier déclara que « la théorie de l'évolution est plus qu'une hypothèse ». Cependant, comme nous l'avons vu plus haut, c'est seulement dans des domaines limités de sélection naturelle que des exemples se sont avérés être plus qu'une hypothèse. En outre, le Saint Père n'a nullement donné une approbation globale à l'ensemble de la théorie de l'évolution.
La troisième objection du P. Coyne est intéressante parce qu'elle prétend que l'évolution selon le néo-darwinisme n'est pas « le processus non dirigé de variations aléatoires et de sélection naturelle » qu'affirme le cardinal Schönborn. Plus loin dans son exposé, le jésuite présente sa propre version de la théorie de l'évolution (qui n'est pas le néo-darwinisme standard) où le hasard se combine avec la « nécessité » et la « fertilité ». La fertilité est apparemment décrite ainsi : « L'univers possède une certaine vitalité propre, comme l'enfant. Il a la capacité de répondre à des mots d'affection et d'encouragement. » Il dit que « Dieu travaille avec l'univers », mais il décrit l'évolution comme un processus dans lequel Dieu n'intervient pas directement : « Dieu laisse le monde devenir ce qu'il devient dans son évolution permanente. Il n'intervient pas, mais plutôt permet, participe et aime. » Ainsi nous avons un Dieu qui n'intervient pas dans sa propre création, affirmation très surprenante quand on pense à l'Incarnation, qui fut une fameuse intervention ! À propos du hasard et de la nécessité, nous lisons dans le Catéchisme de l'Église catholique (n° 295) : « Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse. Il n'est pas le produit d'une nécessité quelconque, d'un destin aveugle ou du hasard. »
Sa quatrième objection au cardinal Schönborn rend la question oiseuse puisque le P. Coyne présuppose la validité du « processus évolutionniste » : « L'orientation apparente vue par la science dans le processus évolutionniste ne requiert pas d'architecte. » Cette objection est en contradiction avec les paroles du pape Jean-Paul II lors de son audience générale du 10 juillet 1985, citées par Schönborn. « Cette finalité, qui oriente les êtres dans une direction pour laquelle ils ne sont pas responsables, oblige à supposer un Esprit qui soit son inventeur, son créateur. » Dans cette même catéchèse, le Saint Père ajoutait : « Parler de hasard pour un univers offrant une telle organisation complexe de ses éléments et une telle merveilleuse finalité dans sa vie équivaudrait à renoncer à la recherche d'une explication du monde tel qu'il nous apparaît. En réalité, ceci reviendrait à admettre des effets sans cause. Ce serait une abdication de l'intelligence humaine qui refuserait ainsi de penser, de chercher une solution à ses problèmes. » Le P. Coyne se retrouve bien seul sur une plaque de glace très mince lorsqu'il affirme que la finalité montrée par la nature n'oblige pas à considérer un Ingénieur intelligent.
Sa cinquième objection est que « le Dessein Intelligent n'est pas de la science ». Cette fois il a raison puisque ce n'est pas une science, c'est une théorie, une façon de conduire une investigation scientifique. Elle prédit que s'il y a une structure organique, elle doit avoir un but et que déterminer ce but peut être un objet de recherche scientifique. La théorie de l'évolution, au contraire, nie que la structure naturelle ait un but, car cette structure pourrait être le vestige d'un ancêtre ou encore une anomalie ayant survécu par hasard bien qu'elle n'ait pas de valeur vitale. Par conséquent, l'évolution n'est pas un outil utile pour la prédiction scientifique, alors que l'intelligence intentionnelle prédit qu'une utilité sera trouvée pour toute structure vivante rencontrée dans la nature. De fait, on a découvert que presque tous ces organes du corps, que les évolutionnistes avaient pris pour des vestiges désuets, ont réellement une finalité.
Le discours du P. Coyne montre utilement comment notre conception de Dieu est affectée par l'essai de concilier les principes de l'évolution avec les dogmes bien établis de la foi. La conclusion évidente de sa théorie révisée de l'évolution — comme mélange de nécessité, de hasard et de fertilité — est, à ce qu'il remarque, un Dieu qui n'intervient pas dans la « loterie » de l'évolution. « Pendant 13,7 milliards d'années l'univers a joué à la loterie... Un bon exemple de hasard serait deux molécules très simples errant dans l'univers. Elles se rencontrent et, lorsqu'elles le font, elles adoreraient faire une molécule plus complexe parce que telle est la nature de ces molécules... Ce processus se poursuivant, des molécules plus complexes se développent, il y a de plus en plus d'orientation dans le processus... C'est de cette manière que le cerveau humain est apparu et qu'il poursuit son évolution. » Le jésuite ajoute : « il serait scientifiquement absurde de nier que le cerveau humain est le résultat d'un processus de complexification chimique dans un univers en évolution. »
Face à cette loterie de molécules errantes et de cerveaux humains évoluant chimiquement, il y a la Parole de notre Dieu. Pour n'en citer que deux parmi de nombreux textes éloquents :
« Par la parole de YHWH les cieux ont été faits, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche. Comme dans une outre il serre l'eau marine Et dans des réservoirs place les océans. Que toute la terre craigne YHWH ! Que tous les habitants de l'univers tremblent devant lui Car il a dit, et tout a été fait ; Il a ordonné, et tout a existé. » (Psaume 33, 6-9)
« Je t'en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, vois tout ce qu'ils contiennent et sache que Dieu les a créés de rien, et que la race des hommes est arrivée ainsi à l'existence. » (2 Macchabées 7, 28)
Non seulement le P. Coyne propose un Dieu non interventionniste, mais il met en doute le besoin absolu de Dieu. « Avons-nous besoin de Dieu pour expliquer cela [l'origine de la vie] ? Très succinctement ma réponse est non. En fait, avoir besoin de Dieu serait une vraie dénégation de Dieu. Dieu n'est pas la réponse à un besoin. » Et plus loin : « Nous ne devrions pas avoir besoin de Dieu ; nous devrions l'accepter, lui ou elle [sic], lorsqu'il vient à nous. » Pas besoin de Dieu ? Pour ne citer qu'un seul verset parmi une pléthore de textes à notre disposition : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Qui d'autre peut nous pardonner nos péchés ? Qui d'autre répond à nos prières ?
D'autre part, son souci de « prendre la science moderne au sérieux », conduit le père jésuite à minimiser la vision du Dieu vraiment personnel qui nous a été révélé en Jésus Christ. Bien qu'il fasse mention du « Dieu personnel que j'ai décrit », le P. Coyne poursuit : « Nous ne pouvons connaître Dieu que par analogie. L'univers tel que nous le connaissons aujourd'hui par la science est un moyen d'obtenir une connaissance analogique de Dieu. » Comme il est merveilleux de découvrir que la science moderne peut nous apprendre quelque chose sur Dieu, à tout le moins par analogie ! Cependant, comme catholiques et chrétiens, nous connaissons Dieu indépendamment de la science, parce qu'Il s'est révélé à nous dans l'Écriture, dans l'Incarnation, par les sacrements, particulièrement le baptême et la confirmation où nous recevons le Saint-Esprit, et très spécialement par la Sainte Eucharistie. « Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le vrai Dieu, et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jn 5, 20). Et lorsque nous recevons Son Corps, Son Sang, Son Âme et sa Divinité, Jésus glorifié vient en notre cœur réellement et pas seulement par analogie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 57).
Cette référence aux Corps et Sang eucharistiques conduit au cœur du présent article, qui est d'identifier quelques uns des problèmes tournant autour de la relation entre l'évolution du corps humain et l'humanité de Jésus. De nouveau, les propos du P. Coyne fournissent une déclaration discutable soulevant la première de ces questions. Parlant du processus d'une évolution qu'il considère comme toujours agissante, il écrit : « C'est de cette manière que le cerveau humain est apparu et qu'il poursuit son évolution. » Donc, la création par l'évolution (hasard, nécessité et fertilité) est un processus permanent comprenant l'évolution de l'être humain. Sans détailler ici comment cela est en conflit évident avec l'achèvement des six Jours de la Création décrits dans la Genèse, un autre problème plus subtil surgit. Il y a environ 2000 ans, Jésus, le Fils de Dieu, s'est incarné en un être humain, le plus parfait de tous les humains à tous égards, chair, esprit et cerveau. Ce même Jésus est assis dans les cieux à la droite du Père, dans son corps et avec son âme glorifiés. D'après le P. Coyne et tous ceux qui acceptent sa position, nos corps humains terrestres vont finalement évoluer vers quelque état supérieur à ce qu'ils sont maintenant. Cela veut dire que quelque être humain futur aura une humanité plus parfaite que la chair que revêtit le Fils de Dieu lors de son Incarnation. Mais une telle proposition, par un évolutionniste catholique, d'une poursuite de l'évolution du cerveau ou du corps humain se heurte, par exemple, à cette déclaration de foi du concile de Chalcédoine : « Nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché » (concile de Chalcédoine, 22 octobre 451, 5e session). Par conséquent, il semble qu'il serait impossible pour l'Église de jamais pouvoir accepter une théorie de l'évolution corporelle permettant à un futur être humain d'avoir un corps et une âme plus parfaits que le corps et l'âme humains de Jésus-Christ, ou essentiellement différents de lui.
Ensuite vient le problème de l'origine d'Adam. En toute honnêteté, il faut noter que ni ce point ni ceux qui vont suivre, ne furent mentionnés dans l'exposé du P. Coyne. L'Église, en accord avec la Sainte Écriture, a toujours enseigné qu'Adam fut le premier homme. Cependant les évolutionnistes catholiques, tout en admettant qu'Adam fut le premier homme et admettant même parfois une création spéciale d'Ève, doivent donner à Adam en quelque sorte des « parents » de chair et de sang. Mais ces parents, évidemment, n'auraient pas pu être eux-mêmes de la race de « l'homme » et ils n'auraient pas pu avoir des âmes humaines rationnelles. En d'autres termes, les parents d'Adam devraient avoir été des hominidés infra humains, qui auraient donné naissance au premier véritable être humain. Le chapitre 3 de Luc donne une généalogie du Messie, suivant ses racines jusqu'à l'origine. Pour les temps les plus anciens, le dernier verset énumérant la ligne ancestrale énonce : « fils d'Enos, fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu » (Lc 3, 38). L'évolutionniste a besoin d'autres membres non humains dans cet arbre généalogique, afin de pouvoir combler le vide entre Adam et Dieu. À mesure que l'arbre remonte plus avant dans le temps, les ancêtres d'Adam ne sont même plus des hominidés, mais d'autres mammifères, puis des créatures encore plus primitives, peut-être des oiseaux, des reptiles, des amphibiens et finalement des poissons ou ce que désigne la descendance évolutionniste actuellement en vogue. En outre, ces animaux inférieurs ont pu évoluer vers le stade de l'être humain grâce à leur capacité de survie. En vertu de ce principe de la survie du plus apte, ces créatures transmirent aux générations futures les différentes adaptations génétiques qui leur permirent de chasser, de tuer et de dévorer leurs proies plus efficacement que les autres hôtes de la jungle avoisinante. Telles seraient donc, d'après les évolutionnistes chrétiens, les créatures ancestrales, immémoriales de Jésus-Christ ! Cette conclusion ne veut pas dire qu'il y a quelque chose de « mauvais » ou de négatif dans la matière elle-même, dans la chair elle-même ; elle montre plutôt toutes les questions embarrassantes qu'implique la théorie de l'évolution théiste, que ses partisans doivent cependant admettre.
Il y a encore d'autres raisons très importantes pour s'affliger d'entendre des intellectuels catholiques prétendre que l'évolution est compatible avec leur foi. Considérons l'humanité de Jésus en pensant à la Bienheureuse Vierge Marie, mère du Dieu-Homme, Jésus-Christ. La Vierge Marie annonça à sainte Bernadette, à Lourdes : « Je suis l'Immaculée Conception ! » Elle fut et est immaculée, sans péché et pure dans son corps et son âme. Considérons aussi notre dévotion à son Cœur Immaculé. Lors des apparitions de Fatima en 1917, approuvées par l'Église, Notre Dame a révélé aux voyants : « Dieu veut instaurer dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé... Je viendrai pour demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé. » Et, ce qui est peut-être le plus important : « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. »
Les évolutionnistes théistes devront reconnaître que, dans la lignée évolutionniste supposée d'Adam, les ancêtres de la femme la plus pure et la plus parfaite doivent compter des créatures primitives moitié humaines, moitié animales. En termes plus simples et plus choquants (au risque de paraître dur et grossier, mais cela doit être mis en lumière) : selon le plan de Dieu d'une évolution guidée, l'arrière arrière... arrière arrière grand père de la Sainte Vierge Marie serait un gorille, un singe ou un lémur de la jungle, ou même un singe-homme encore plus primitif ! Ces créatures seraient non seulement les géniteurs de la chair humaine par développement génétique, mais elles seraient aussi les ancêtres de leur constitution psychologique. Les partisans de l'évolution théiste ne peuvent éluder le fait que telle est la conclusion logique et nécessaire de leur croyance. Cela ne revient pas à nier la possibilité d'une telle descendance, dont la cause finale serait la volonté de Dieu, puisque tel est le sens que certains donnent au « limon » de la terre à partir duquel l'homme fut formé (Gn 2, 6). Cependant, ceux qui acceptent cette vue doivent admettre l'existence d'une généalogie pré-adamique infra humaine comme origine génétique, non seulement de l'homme en général, mais de la Maison de David, de la Sainte Famille et, tout spécialement, du Jésus de l'eucharistie. Lors de l'Incarnation, le corps de Jésus fut tiré de la chair de Marie, et nous recevons ce même précieux Corps et Sang de Notre Seigneur dans nos propres corps lorsque nous consommons les espèces eucharistiques. L'argument de la descendance évolutive commune entraîne l'affirmation que la chair de la Bienheureuse Vierge Marie et les précieux Corps et Sang de Jésus proviennent finalement d'ancêtres animaux primitifs et de formes de vie inférieures, qui se tuèrent et se dévorèrent les uns les autres durant des millions d'années. Devons-nous dire alors que le Corps et le Sang de notre Sauveur, que nous recevons à la sainte messe, est la chair — bien que maintenant glorifiée — de quelqu'un dont les ancêtres maternels lointains comprenaient des singes, des reptiles et des créatures les plus basses ? Pourtant cette conclusion dérangeante est la conséquence inévitable de la position prise par tous ceux qui soutiennent une forme quelconque d'évolution humaine. Même s'il était possible de justifier de tels concepts, ces pensées et images soulèvent une répulsion innée quant à la dévotion.
Tels sont les problèmes qu'une analyse vraiment théologique de l'évolution théiste doit considérer et résoudre de façon satisfaisante, avant que l'évolution puisse jamais être tenue pour compatible avec la foi catholique. La réponse de bon sens, cependant, est de tenir de telles idées pour impensables et peut-être même blasphématoires. Bien qu'il soit permis maintenant, selon l'enseignement de l'Église, de discuter librement de l'hypothétique évolution du corps humain, on peut légitimement poser la question suivante : n'est-il pas possible que les concepts de descendance évolutive commune et d'évolution théiste puissent un jour être considérés comme hérétiques ? Par exemple, l'Incarnation du Christ dans le temps paraît rejeter, au moins pour une raison théologique, la proposition que le corps humain continue d'évoluer. Deuxièmement, puisque la « mort » est une partie intégrante de l'évolution, la charge de la preuve est pour les évolutionnistes d'expliquer pourquoi l'auteur de la vie (Ac 3, 15) utiliserait la mort et le carnage pendant des périodes incommensurables afin de « créer » les êtres humains. Enfin, comment l'Église pourrait-elle soutenir que le Corps et le Sang de Jésus, la résurrection et la vie (Jn 11, 25) que nous recevons dans la sainte eucharistie, est la même humanité dont la « création » fut le résultat d'une combinaison fataliste de sélection naturelle, de hasard, de mutations et d'un cruel processus impersonnel de naissance, de mort, de destruction et de tueries, afin de mettre au point la machine de survie la plus efficace ? « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn 1, 4).
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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