L'hypnose est-elle inoffensive ?

Par Christian DuchesneRevue n°105Société
L'hypnose est-elle inoffensive ?

Résumé : Il existe une hypnose à but thérapeutique pratiquée bien avant les cas d'hystérie qui ont rendu célèbre Charcot, à La Salpêtrière, et toujours utilisée par des médecins expérimentés. Mais depuis quelques années, s'est répandue une hypnose de spectacle. Par exemple, face aux talents d'un « Messmer » (le Québécois Éric Normandin), pour citer l'un des meilleurs, des foules avides de sensations fortes se précipitent, sans bien mesurer les dangers inévitables de toute manipulation de la conscience. Le dossier réuni ici par Christian Duchesne permettra de comprendre que l'hypnose n'est pas un jeu innocent et que la « technique » comporte des risques mal connus du public, et trop souvent mal compris par ses promoteurs eux-mêmes.

« Il a plu à Dieu qu'on ne pût faire aucun bien aux hommes qu'en les aimant » (P. Jean-Léon Le Prevost).

« En général, lorsque la porte [de l'hypnose] est ouverte, ça reste à vie » (Messmer, sur le plateau de CCVB, France 2, 2013) 1.

Préambule

Louise est au volant de la voiture un matin avec Antoine 2, son ami qui est du côté passager. Elle roule à 70 à l'heure dans la région de Trois-Rivières au Québec quand, soudainement, elle perd conscience et la voiture se retrouve en moins de deux sur l'accotement, prête à foncer droit dans les arbres d'une forêt qui passait par là 3. Heureusement, Antoine a de bons réflexes, rattrape le volant de la main gauche et réussit à stopper la voiture en bordure de la forêt. Mais — grande inquiétude pour le couple — que s'est-il passé ?

Un accident vasculaire cérébral ; un choc vagal d'origine inconnue, ou encore une autre narcolepsie causée par le terrible Gardasil ? Rien de tout cela ! La jeune femme s'est endormie au volant parce qu'elle avait entendu à la radio la voix de Messmer, son hypnotiseur lors d'un spectacle public où elle avait commis la gravissime erreur de monter sur la scène !

D'entrée de jeu, il me faut signaler que je fus moi-même précipité dans le yoga et l'ésotérisme par ma propre mère, au printemps 1977. Étant très curieux et obstiné par nature, j'ai alors exploré de fond en comble l'ésotérisme puis l'occultisme. Qui plus est, j'ai baigné dans une « atmosphère ufologique » 4 presque toute ma jeunesse (par mon père) et cela jusqu'en 1978 5. Donc, excessivement curieux, j'ai évidemment suivi des cours pour être hypnothérapeute au début des années 80, pour ensuite devenir chasseur de fantômes... J'y ai vu et vécu des phénomènes évidemment inexplicables par la science, de visu et via mon maître de l'époque en ce qui concerne l'hypnose. Je vous épargnerai toutes les sottises et horreurs que j'ai alors vécues. Finalement, las de me faire inonder de mensonges, et de côtoyer des gens fragilisés dans leur personnalité ou, a contrario, d'un narcissisme extrême, j'ai laissé tomber ces « sciences » en 1985. Puis, après un détour chez les baptistes évangéliques, mon retour à l'Église catholique s'est produit en octobre 1986, grâce au premier livre des pères Armand et Guy Girard (publié en 1985), transmis aussi par mon père.

Voici donc un court sommaire de mes connaissances et expériences en hypnose :

« Mon assistant Sinclair et moi nous recentrons ensemble grâce à une courte séance de magnétisme en coulisse. Je lui envoie de l'énergie, il m'en renvoie et nous l'amplifions pour la diriger vers la salle. Sans savoir que je travaille déjà derrière le rideau, certains spectateurs sensibles au magnétisme sentent déjà leur rythme cardiaque s'accélérer et éprouvent un certain engourdissement » (Messmer, Le Figaro, 15 janvier 2014) 9.

« On a souvent vu des spectacles ou des thérapies hypnotiques tourner au drame. Même si l'hypnotiseur est sincère et honnête, il joue avec un domaine qu'il ne peut maîtriser totalement » (un ex-hypnothérapeute).

Ces citations peuvent sembler incroyables, fantaisistes même, mais pas du tout ! Elles sont bien factuelles et doivent représenter pour tous un avertissement sérieux. En effet, nous, les adultes, avons une immense responsabilité envers les jeunes par nos paroles, actes et négligences. Je vous offre donc ici un sommaire de mes connaissances ainsi qu'une série de vidéos (en annexe) qui vous permettront de mieux comprendre le phénomène de l'hypnose. Attention, ces vidéos peuvent contenir des images perturbantes.

Mais revenons d'abord au préambule. L'histoire est vraie et le cas devrait lever tout doute au sujet des dangers de l'hypnose : ce témoignage d'une femme de Trois-Rivières (province du Québec) que j'ai entendu en direct sur les ondes du FM 93 à Québec en 2013, est percutant :

« J'avais assisté à un spectacle de Messmer à Montréal, il y a deux semaines. Je suis montée sur scène et j'ai effectivement été hypnotisée. Le problème qui est survenu par la suite est que, lorsque j'ai entendu la voix de Messmer à la radio, je suis tombée "endormie" au volant de mon auto. Heureusement, mon chum (copain, amoureux) a attrapé le volant et il ne nous est rien arrivé... Maintenant, lorsque j'entends la voix de Messmer je dois rapidement fermer le poste ou, si je ne puis le faire, je dois immédiatement me boucher les oreilles et cesser toute activité comportant des risques pour moi ou pour autrui. »

Nous découvrons sur cet exemple que l'hypnose fonctionne aussi par la radio et peut présenter, c'est le moins qu'on puisse dire, des effets secondaires dangereux et potentiellement mortels ! Puis, devant la frénésie populaire, moussée par des médias irresponsables, des centaines de personnes se sont improvisées hypnologues. Avec le résultat que des dizaines d'accidents furent rapportés (des centaines aux É-U.).

L'événement tragique suivant fut relaté par La Presse en 2012 :

« Une adolescente (et 4 autres) affirme s'être sentie mal pendant un "spectacle" d'hypnose par un jeune de 20 ans, à l'École secondaire du Sacré-Cœur de Sherbrooke. L'hypnotiseur, âgé de 20 ans, avait été invité par la direction du Collège dans le cadre d'une activité de fin d'année. Il aurait suivi seulement 14 heures de cours avant ce spectacle. Il aurait aussi été incapable de réveiller d'autres participantes. C'est l'intervention de son professeur d'hypnose qui aurait permis de régler la situation. "Jamais on n'aurait pensé que l'hypnose causerait ces effets secondaires. On a tous assisté à ce genre de spectacle et on n'aurait jamais pensé qu'un sujet puisse vivre ce genre de malaise", a confié le directeur du Collège du Sacré-Coeur, Daniel Léveille 10. »

Et maintenant, le commentaire de M. Messmer suite à l'accident de Sherbrooke : « L'hypnose, ce n'est pas dangereux ». (Sherbrooke) « Ce n'est pas dangereux ? En lisant ces propos tenus par Messmer et rapportés dans l'édition de samedi de La Tribune au sujet de l'hypnose, le psychothérapeute Michel Kerouac a sursauté. Le fondateur et directeur de l'Institut Milton H. Erickson du Québec, un organisme à but non lucratif qui œuvre à l'avancement de la psychothérapie, de la relation d'aide et de l'hypnose clinique, tient un autre discours. Il souhaite lancer un appel à la prudence. "Il y a des dangers à l'hypnose", souligne-t-il d'entrée de jeu, "C'est comme un couteau. Tout dépend de la personne qui le tient". Lui qui enseigne à des professionnels de la santé comment utiliser l'hypnose dans le cadre de leurs fonctions pour, par exemple, diminuer la douleur de leurs patients, a dû intervenir à différentes reprises auprès de sujets qui avaient été choisis par des hypnotiseurs de scène et qui sont restés en état de confusion par la suite 11. »

Quelques conseils

Si jamais la folie de tenter de pratiquer l'hypnose sur des cobayes humains survenait, les conseils suivants pourraient éviter des ennuis majeurs...

  1. NE JAMAIS demander à une personne hypnotisée de communiquer, rencontrer ou parler à une personne défunte (et encore moins à un esprit quelconque), même si celle-ci vous le demande à genoux avec une liasse d'un million de $ entre les mains. En plus d'avoir peut-être à gérer une crise de panique avec convulsions, ce type de séance d'hypnose cause régulièrement le changement ou le dédoublement de la personnalité. Des cauchemars et le somnambulisme, l'apparition de tics nerveux, l'aversion soudaine et inexplicable pour certaines choses ou personnes, suivis d'une névrose obsessionnelle ou apathique (il est rarissime qu'un couple survive à cette expérience). Vient ensuite la dépression, et finalement cela peut conduire à la psychose et dans quelques cas à la schizophrénie, voire au suicide. Ne tentez pas la chance avec ce type d'hypnose, ça ne vaut pas la peine.
  2. NE JAMAIS faire de tentative de régression dans de prétendues vies antérieures. Cela peut causer des problèmes de personnalité gravissimes. Dans plusieurs cas, à l'identique des symptômes de la nécromancie citée ci-dessus, nous observons de la confusion, des troubles de la personnalité, et l'apparition de faux souvenirs (souvent suivis par l'incapacité de la personne à les différencier de la réalité), des changements dans les goûts. Rappelons que toutes ces pathologies ne sont jamais très éloignées des névroses et psychoses. Évidemment, l'instabilité consécutive provoque disputes, divisions, divorce, perte d'emploi, isolement social et, plus rarement, la violence et aussi l'état suicidaire.
  3. NE JAMAIS faire de régression en général (abréaction), y compris dans la vie actuelle de l'individu, car il a été observé des amnésies totales ou partielles de pans entiers de la vie de ces personnes (sauf, peut-être, par un médecin formé à ce sujet). Sous régression, des personnes ont oublié tout ce qu'elles avaient appris jusqu'à l'âge où elles ont été régressées. Les régressions en lien avec le phénomène OVNI (les pseudo cas d'enlèvement, etc.), sont plus dangereuses que celles citées avec les défunts. Le Dr Jacques Vallée, chercheur post doctoral, le meilleur spécialiste au monde à ce sujet, émet un avertissement sérieux dans l'un de ses nombreux volumes intitulé Confrontations : « L'hypnose est malheureusement devenue une obsession fanatique pour les chercheurs américains d'aujourd'hui. [...] Des enquêteurs bénévoles qui utilisent l'hypnose sans avoir été entraînés à l'utilisation clinique de cette technique ont, sans aucun doute, créé de faux souvenirs chez de nombreux sujets, en réponse à leurs questions qui sont chargées de sous-entendus et de suggestions subtiles. [...] Je connais plusieurs témoins qui ont été hypnotisés de façon répétée [...] Ils sont devenus incapables de distinguer entre la réalité et le rêve 12. »
  4. NE JAMAIS hypnotiser un individu avec des problèmes mentaux ou avec un tel passé ou sous médication. La vérification des antécédents familiaux peut se révéler très utile avant toute séance car, tout comme les drogues, l'hypnose peut être un facteur déclenchant. Avec les cas de troubles de l'attention (TDA) ou autres du spectre de l'autisme, leur nombre est si élevé aujourd'hui, qu'il vaut mieux éviter toute hypnose, et cela inclut l'autohypnose !
  5. NE JAMAIS hypnotiser un mineur, surtout une fille. Le consentement d'un mineur ne vaut rien, ni même celui de ses parents. Vous êtes donc 100% responsable si vous hypnotisez un mineur.
  6. NE JAMAIS faire le « truc » de la catalepsie avec poids additionnel sur le centre du corps de l'hypnotisée. Si cette démonstration peut-être déjà risquée pour le seul poids de l'hypnotisée, le fait d'ajouter un poids supplémentaire peut causer des lésions ou fractures à la colonne vertébrale ou encore des hernies discales. Dans le cas des vertèbres cervicales, inutile de vous dire que les conséquences peuvent être funestes. Heureusement, aujourd'hui, peu d'hypnotiseurs font encore ce genre de démonstration avec des cobayes qui — il faut le dire et même le crier — ne sont jamais informés des risques physiologiques qu'ils encourent.
  7. NE JAMAIS tenter d'hypnotiser une personne non consentante. Si je mentionne cela, c'est que je suis au fait que maints hypnotiseurs (amateurs ou professionnels) ont tenté de le faire et tentent encore de le faire (pour obtenir des faveurs sexuelles). Un autre cas pathétique est survenu en 1983. Un médecin psychiatre d'Europe de l'Est a avoué, à un autre médecin et à un prêtre, avoir hypnotisé une jeune fille dans la vingtaine, dans le but de lui soutirer des secrets personnels et, je le cite : « ... Sans son consentement [...] par l'hypnose télépathique selon les méthodes en usage à la faculté de Berlin [Est] 13. »

Après avoir « entendu » les témoignages de nombreux spécialistes, dont un psychiatre, je vous propose en guise de conclusion les deux témoignages suivants, celui d'une femme fondatrice d'une secte occultiste luciférienne, et celui d'un ex-hypnothérapeute :

Conclusion. Devant l'évidence des faits, il est impératif d'exiger que les hypnotiseurs informent le public et leurs cobayes des « effets secondaires » dangereux reliés à l'hypnose. Mais surtout, il est indispensable que les autorités médicales informent la population sur ces dangers. Le fait de ne pas mentionner l'existence « d'effets secondaires » est irresponsable de la part des hypnotiseurs comme de l'État.

Je recommande donc à tout un chacun de ne jamais se laisser hypnotiser. Et pour être cohérent, si on n'accepte pas d'être hypnotisé pour les raisons évoquées dans la présente ou pour toute autre raison, pourquoi cela devrait-il être acceptable sur d'autres ? Ainsi, en acceptant d'assister à de tels « spectacles », on encourage les autres à subir ce que l'on ne veut pas pour soi ou pour ses enfants. Je réitère ma recommandation première, ne JAMAIS accepter d'être hypnotisé et ne JAMAIS assister à une séance d'hypnose, même si c'est pour rire 15.

Pour préciser à la recommandation n°7, et pour démonter le mythe de l'hypnose « toujours consentante », je crois utile de citer le Dr Ludvic Stopar médecin psychiatre et ancien professeur à l'Université de Berlin Est, hypnothérapeute et parapsychologue. Il fut directeur d'une polyclinique en Yougoslavie pendant 15 ans. Le Dr Stopar a révélé lors de deux entretiens (1982-1983) avec l'abbé René Laurentin, publiés dans le livre du cancérologue Henri Joyeux de la Faculté de Montpellier 16, les faits suivants : Ce médecin psychiatre a avoué avoir pratiqué « l'hypnose télépathique 17, selon les méthodes en usage à la faculté de Berlin. », comme il le dit lui-même (ce qui en dit long sur l'athéisme des pays satellites de l'URSS). Le psychiatre a hypnotisé une jeune fille sans lui mentionner qu'il se servirait de la séance pour l'interroger sur des faits extrêmement personnels et confidentiels. Une fois hypnotisée, la jeune fille a été maintenue dans cet état d'hypnose pendant une heure. Pendant tout ce temps, il lui a posé des questions pour vérifier son intégrité et la cohérence avec son discours public. Mais surtout, le Dr Stopar lui a posé des questions en lien avec des secrets confidentiels.

Ci-dessous la conversation qu'il eut avec l'abbé René Laurentin :

Pour terminer, je ne peux pas vous masquer l'existence d'une autre forme d'hypnose ; celle des masses par la télévision 18, les écrans et le sceau autoritaire (syndrome de Stockholm 19). La possibilité d'être induit en état d'hypnose ou dans une psychopathologie par les médias et la technologie est bien démontrée et pourrait faire l'objet de plusieurs livres. Le livre Les Médias de la haine de Reporters sans Frontières (Paris, La Découverte, 1994) est là pour nous rappeler la parole de la Vierge Marie à Kibého : « Le Rwanda est un signe pour le monde entier. »

Pour vous donner un exemple concret d'un tel pouvoir via la technologie, voici la mention qui apparaît sur les pochettes de jeux vidéo depuis plus d'une quinzaine d'années, en lien avec les effets psychiques humains :

« AVERTISSEMENT : les flashs et images rapides de ce jeu vidéo peuvent entraîner l'apparition chez certaines personnes des symptômes de type hypnoïde, des convulsions et/ou des symptômes de type épileptique » (tiré d'une étiquette de jeux vidéo du début de l'an 2000).

Ces mentions « nouvelles » résultent d'un événement survenu au Japon en 1997 et qui a provoqué une entrée massive de jeunes aux urgences du pays suite à la présentation d'un épisode de la série Pokémon. En raison des effets hypnotiques et des flashs, cet épisode a provoqué en moins de deux heures l'hospitalisation d'urgence de 717 jeunes pour crise d'épilepsie 20, principalement dans la région de Tokyo. C'est cet événement, le « Pokemon shock », qui a permis de découvrir que les jeux vidéo avec des flashs rapides pouvaient avoir cet effet. Par la suite, un moine d'une abbaye du Québec, connu internationalement, m'a dit un jour : « Lors d'un de mes voyages au Japon, un moine de religion orientale japonaise m'a personnellement affirmé ceci : Les Pokémons sont la revanche du Japon contre les États-Unis pour les deux bombes atomiques. » Est-il utile de vous dire que cette déclaration personnelle de mon ami moine m'a sidéré !

Annexe. Quelques vidéos

Qu'en pensez-vous ? Aimeriez-vous que votre enfant ait ce genre de comportement devant 500 autres jeunes, les profs, la direction ?! Si ces jeunes avaient été informés à l'avance des actes qu'ils seraient « forcés » d'accomplir, auraient-ils tous accepté de le faire ? Dans la négative, peut-on en conclure que certains de leurs droits ont été violés ? Ces jeunes ont-ils été informés des conséquences sociales en lien avec ces gestes suggestifs ? Mais il y a plus : ces jeunes savaient-ils qu'il y a, en lien avec l'hypnose, des effets psychologiques secondaires qui peuvent les perturber toute leur vie ?

Les liens suivants sont aussi en rapport avec la folie médiatique au Québec :

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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