Que s'est-il réellement passé au Kansas ?
Résumé : La presse internationale a largement commenté une décision prise dans l'Etat du Kansas, en août dernier, décision présentée comme "obscurantiste" et "fondamentaliste" puisqu'elle serait hostile à l'enseignement de la théorie évolutionniste. Ces vociférations s'avèrent fort éloignées des faits. On trouvera ici la mise au point rédigée par le Président du plus important centre "créationniste" américain, l'I.C.R. Dans son bandeau de première page, le 14 août 1999, Le Monde titrait : « Au Kansas, l'obscurantisme veut chasser Darwin des écoles ». On pouvait y lire : « Organisme élu, le conseil de l'éducation du Kansas a adopté, mercredi 11 août, de nouveaux critères pour l'enseignement des sciences qui, de fait, empêchent l'enseignement de la théorie de l'évolution. En dépit de l'opposition des enseignants et des universités, ils ravalent la science darwinienne au rang d'hypothèse plus ou moins fantaisiste et donnent droit de cité au "créationnisme", selon lequel le monde a été créé par Dieu en sept jours, comme on peut le lire dans la Genèse. Trois quarts de siècle après le procès de Clarence Darrow, immortalisé au cinéma en 1960 avec Spencer Tracy, obscurantisme et bigoterie se portent encore bien aux Etats-Unis. Le gouverneur de cet Etat du Middle West a cependant fait connaître son opposition. Plusieurs tribunaux ont condamné les tenants du créationnisme, considérant que celui-ci n'était pas scientifique mais religieux et que leur activisme contrevenait au principe de laïcité. Néanmoins, Etat après Etat, les fondamentalistes mènent l'offensive. Faisant de l'entrisme dans les organes élus, ils tentent d'imposer leur dogme dans un pays où les programmes scolaires sont du ressort des autorités locales. Ainsi, en Alabama, les livres de sciences doivent-ils mentionner que l'évolution est une "théorie controversée". "Personne n'était présent quand la vie est apparue, aucun point de vue sur ses origines ne peut être considéré comme un fait mais seulement comme une théorie", peut-on y lire. Ces affirmations ne sont pas que des mots. Nombre d'enseignants se plaignent d'agressions verbales d'élèves qui proclament ne rien croire de leur enseignement, tout comme de parents qui exigent que leurs rejetons soient élevés dans la bonne parole "créationniste". Certains ont peur pour leur carrière. D'autres craignent qu'après une telle éducation ces jeunes soient incapables de poursuivre des études scientifiques à l'université. » Ne pouvant compter sur Le Monde ou Le Figaro pour rendre compte de ces choses avec objectivité, nous croyons utile de traduire ici la mise au point faite par le Président du plus important établissement "créationniste" américain, l'Institute for Creation Research 1.
Un très large public a été informé que le 11 août 1999, la Commission Pédagogique du Kansas 2 avait décidé de réduire l'importance de l'évolutionnisme dans les cours de science des écoles publiques. Malheureusement ce que nous croyons savoir, sur la base des informations publiées par les médias, est contraire aux faits.
Dès l'annonce de cette nouvelle, on vit les évolutionnistes s'affoler, comme si le monde s'effondrait. Mais une enquête précise montra vite que ni les médias ni les "experts" évolutionnistes ne restituaient correctement l'événement.
A première vue, on pourrait se demander pourquoi les évolutionnistes avaient ainsi paniqué. Les conceptions évolutionnistes sont partout dominantes avec des directives spécifiant que les élèves doivent étudier en détails la sélection naturelle, les mutations, les combinaisons géniques, etc... L'évolutionnisme prévaut plus que jamais. Pourquoi donc tant de bruit ?
Une première raison pourrait être qu'il ne sera plus requis des étudiants qu'ils répondent aux examens comme s'ils croyaient personnellement à la théorie de l'évolution. On leur demande toutefois de comprendre les concepts liés à l'évolution.
Une autre raison pouvait être qu'une définition précise de la science et de ses limites a été introduite. Les petites variations au sein de l'espèce (micro-évolution) ne sont plus mises en avant comme les preuves d'une macroévolution à grande échelle. Toutes les preuves habituelles de la micro évolution ont été reprises dans les programmes (mais malheureusement, comme il n'existe pas de preuve de la macro évolution, aucune n'a pu être mentionnée).
Ont aussi été introduites des discussions sur plusieurs faits qui ne suggèrent pas l'évolution, ce qui était systématiquement censuré dans les documents antérieurs.
Au départ la Commission Pédagogique du Kansas avait mandaté un groupe de professeurs de science et de rédacteurs afin de mettre à jour les programmes scolaires. Aucune confrontation des points de vue sur les origines n'était envisagée. Mais quand le projet remonta vers la Commission, on y trouva un paragraphe promettant l'absence de discrimination fondée sur les "opinions" ou les "convictions" des étudiants. Toute allusion à la "foi" ou à la "croyance religieuse" y était soigneusement omise.
Ce fait conduisit à une lecture plus attentive du document et montra que les rédacteurs avaient suivi le modèle abusif élaboré en Californie et le cadre proposé plus récemment par l'Académie Nationale des Sciences, lesquels incluent un enseignement abondant et agressif pour la macroévolution, violant les droits des étudiants et des enseignants qui adoptent un autre point de vue. La Commission nomma donc un second groupe de rédacteurs, chargés d'amender le premier projet. Le document modifié fut adopté.
Nous voyons ainsi que la Commission Pédagogique du Kansas n'avait nulle intention d'imposer de force une doctrine. C'est plutôt le coup de force des évolutionnistes, pris la main dans le sac, qui fut déjoué.
Conséquence heureuse de cette décision, les Commissions Pédagogiques de plusieurs Etats ont entrepris une révision analogue de leurs programmes.
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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