Regard de la foi sur l'évolution. L'origine de l'homme d'après les Pères de l'Église

Par B. G.Revue n°105Science et foi, Théologie, Histoire, Recensions
Regard de la foi sur l'évolution. L'origine de l'homme d'après les Pères de l'Église
Les Pères de l'Église sont souvent les grands oubliés dans la pensée contemporaine : oubliés par les laïcistes, car leur inspiration religieuse semble les disqualifier d'office pour toute recherche rationnelle de la vérité ; oubliés par les théologiens novateurs, car leur antiquité suffit à démontrer que leur parole n'a plus rien à nous dire dans notre moderne « aujourd'hui ». Loin des yeux, donc loin du cœur, et c'est ainsi que nos contemporains passent sans y boire à côté d'une source d'eau de jouvence, celle qui régénère, car elle coule de Celui qui « fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5) et qui donne en exemple « le maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien » (Mt 13, 52). Or les Pères de l'Église ne sont pas des théologiens en herbe encore balbutiants, mais des penseurs inspirés dont la langue n'a pas encore été formatée dans les moules étroits d'une raison raisonnante qui, parfois, confond la précision des vocables avec l'exactitude des concepts. Ils sont donc encore capables d'affirmer sans faux-fuyants et de nier sans repentir, à l'instar du divin Maître. Surtout, leur unanimité — lorsqu'elle peut s'appliquer — est le critère de vérité par excellence.

C'est donc un devoir autant qu'un plaisir de signaler aux lecteurs du Cep ce petit livre où l'évolutionnisme est passé au test de la patristique, surtout sur un point précis qui suffit à montrer l'incompatibilité des deux visions du monde : la création d'Adam à partir d'un limon terrestre inanimé. Cet énoncé est suffisamment clair et simple pour être compréhensible sans avoir à inventer une lecture symbolique, qui seule lui donnerait un sens intelligible. Quant à son incompatibilité avec l'idée d'une lente émergence de l'humanité à partir d'un phylum vivant en mal de perfectionnement cérébral, elle saute aux yeux des moins avertis. Dans ce tout petit livre, l'auteur, doctorant en mathématiques, produit une démonstration sans faille, appuyée sur les textes originaux grecs et latins, qu'il se contente de retraduire finement avec un bref commentaire.

On se demande pourquoi il aura fallu attendre 165 ans après Darwin pour que sorte un tel ouvrage ! L'explication serait facile à donner, mais sortirait du cadre d'une recension — il y faudrait même tout un livre ! Il nous suffira de dire qu'elle relève plus du manque de foi que de la déliquescence neuronale, même si l'un n'exclut pas l'autre...

En introduction, l'auteur nous expose son plan : pour connaître la doctrine de l'Église vis-à-vis de cette théorie qui touche au récit des origines exposé dans la Genèse, il suffit de connaître celle des Pères, interprètes fidèles et indiscutables de la foi chrétienne, du moins lorsqu'un large consensus sur un point particulier les unit. Douze brefs chapitres introductifs rappellent le cadre de la controverse, les données du problème, les réponses de l'Église, qui ne peuvent couvrir tous les aspects des théories de l'évolution (elles sont légion...). L'autorité, qui permettra alors de clore définitivement cette ambiguïté lourde de conséquences — l'évolution n'étant pas innocente dans la terrible perte de foi chez nos contemporains ! —, sera donc la doctrine des Pères, du moins de ceux qui en ont parlé.

L'auteur en sélectionne dix-neuf : neuf grecs et neuf latins, puis un syriaque, saint Éphrem, et s'appuie également sur saint Thomas d'Aquin. Ainsi saint Léon le Grand, saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire de Poitiers, saint Irénée de Lyon, saint Jean « Bouche d'or » (Chrysostome) ou encore Bède le Vénérable, comparaissent l'un après l'autre à la barre pour forger la conclusion qui va s'imposer. Sur cette création d'Adam, les Pères s'expriment dans des contextes variés : l'un réfute Eunome, l'autre répond à l'évêque arien Maximin. Saint Irénée réfute les gnostiques, saint Athanase écrit à un ami, saint Basile s'adresse au peuple de Césarée, saint Cyrille de Jérusalem instruit ses catéchumènes, saint Grégoire de Naziance traite de l'âme sous forme de poème, saint Grégoire de Nysse prêche le jour de Pâques, etc. Dans chacune de ces situations, on constate que la foi des Pères est aux antipodes de la croyance évolutionniste, même théiste.

Un index des références patristiques, en fin d'ouvrage, permettra au curieux d'approfondir ces passionnantes questions. À noter encore : l'ouvrage bénéficie d'une impression de qualité, d'une typographie claire et aérée — cela va réjouir les lecteurs —, ce qui lui permettra de trôner avec classe sur un rayon de nos bibliothèques. (B. G.)

(BE Gooik, Éd. Quentin Moreau, 2023, 130 p., 12 €.)

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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