Régulation naturelle des populations de piéride du chou
Résumé : Chaque espèce s'inscrit dans un écosystème particulier qui a tout pour s'autoréguler : les papillons pondent sur des espèces de plantes déterminées ; leur population est contrôlée par différents facteurs dont des parasites. À travers l'exemple de la piéride, on comprend mieux comment certaines espèces sorties de leur écosystème d'origine deviennent vite invasives : pyrale du buis, frelon asiatique en Europe. L'homme a de nombreux moyens de perturber l'ordre créé initial dont il a été constitué l'intendant.
« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu quand on Le considère dans ses ouvrages » (Rm 1, 20)
[IMAGE : Dessin d'une Piéride du chou (adulte)] Figure 1 : Piéride du chou
Un papillon jaune et gris, aux ailes discrètement ornées de noir, volette un peu lourdement au-dessus du potager, se pose de-ci de-là, sur les choux, les navets, les giroflées, les raves, le réséda, les capucines[3], d'autres plantes encore...
[IMAGE : Schéma d'une Piéride du chou butinant une fleur] Figure 2 : Piéride du chou butinant
Lorsqu'il reprend son vol, de petites grappes d'œufs sont accrochées sous le revers des feuilles : la Piéride du chou[2] — qui, comme son nom ne l'indique pas, ne limite pas son attention à cette seule cruciféracée — se préoccupe activement de la continuation de l'espèce, au grand dam du propriétaire du potager.
Ce sont toutefois les choux qui ont la préférence des Chenilles, bien que celles-ci s'accommodent parfaitement d'autres régimes, ce qui n'est pas le cas de toutes les espèces de Papillons. En dépit de leur très petite taille, les Chenilles de Piéride font montre d'un appétit d'ogre : seules les nervures des feuilles, trop coriaces, les découragent. Plusieurs mues (4 à 5) les amènent à leur taille définitive de 3 à 3,5 cm. C'est alors qu'elles prennent toutes les dispositions nécessaires à leur métamorphose. Chaque Chenille se lance à l'assaut d'une surface verticale, un mur par exemple. Pénétrer à l'intérieur d'une habitation ne l'effraie pas, à l'occasion. Dès qu'elle a trouvé l'endroit idéal, elle sécrète des fils de soie et se fixe solidement sur 3 points : par chaque flanc et par l'extrémité anale. L'ensemble résistera victorieusement aux assauts du vent et de la pluie.
[IMAGE : Dessin de chenilles de Piéride sur une feuille] Figure 3. Chenilles de Pieris brassicae
La transformation en Chrysalide peut alors s'opérer : rapetissement et boursouflement de la Chenille, résorption des pattes, changement de couleur (elle devient vert très clair), affinement de l'abdomen. Il n'y a plus qu'à franchir la dernière étape : la transformation en Papillon, qui sera plus ou moins rapide selon le climat ambiant. La chaleur accélère la transformation ; le froid la retarde. Comme chaque année voit naître deux générations de cet Insecte, il est aisé d'en conclure que ceux dont la transformation a lieu pendant la saison chaude déploient leurs ailes d'Insectes parfaits beaucoup plus rapidement que ceux qui deviennent chrysalides en automne.
[IMAGE : Dessin d'un hyménoptère parasite (Apanteles glomeratus)] Figure 4 : Apanteles glomeratus ou Cotesia glomerata [IMAGE : Dessin de larves sortant d'une chenille] Figure 5 : Larves d'Apanteles glomeratus sortant d'une chenille de Piéride du chou.
Mais, malheureusement pour elles, sinon pour les cultures, nombre de Chenilles n'arriveront jamais au stade de l'essor. Beaucoup parviennent, certes, à échapper à la voracité des Lézards, des Batraciens, des Oiseaux ou des Mammifères prédateurs de Chenilles, mais elles ont des ennemis beaucoup plus féroces parmi les Hyménoptères. Ceux-ci opèrent de différentes façons, à des stades plus ou moins avancés de transformation de l'Insecte. Le Locopater glomeratus est le premier à s'inscrire sur la liste : ce parasite s'attaque à la Piéride au stade de la Chenille. Il pratique une petite incision sur son corps et pond à l'intérieur de nombreux œufs, d'où sortent bientôt de toutes petites larves qui trouvent sur place leur nourriture. Dévorée vive, la Chenille continue cependant à vivre et à se nourrir jusqu'au moment de la nymphose. À ce moment, les larves de Locopater ont terminé leur premier stade d'évolution. Elles quittent le cadavre de la Chenille pour tisser dessus leurs cocons jaunes.
[IMAGE : Dessin d'un autre hyménoptère (Pteromalus puparum)] Figure 6. Pteromalus puparum [IMAGE : Dessin de Pteromalus puparum pondant sur une chrysalide] Figure 7 : Pteromalus puparum en train de pondre
Les Chenilles qui ont échappé à Locopater ne sont pas sauvées pour autant. Pteromalus puparum, pour sa part, attend la formation des chrysalides et opère quand leur tégument est encore tendre. Tandis que leur transformation se poursuit vers l'Insecte parfait, les larves se nourrissent de leur hôte involontaire. La nature a bien fait ses calculs : la nourriture offerte à ses dépens par la malheureuse Chrysalide est juste suffisante pour permettre aux larves de Pteromalus d'achever leur propre transformation avant de quitter la carapace vidée de la Chrysalide.
[IMAGE : Dessin d'un grand hyménoptère (Ichneumonidé)] Figure 8 : Ichneumonidé
D'autres Hyménoptères, de plus grande taille, apprécient également cette « boîte de conserve » vivante, en particulier les Ichneumonidés. Ceux-ci ne peuvent, certes, pondre qu'un seul œuf par Chrysalide, mais le résultat est le même : la larve se développe dans le corps de la Piéride, qu'elle dévore peu à peu. Sa transformation en Insecte parfait achevée, elle n'a plus qu'à percer la paroi de la Chrysalide pour effectuer son propre départ dans la vie.
Ces ennemis de la Piéride sont, par voie de conséquence, les alliés des cultivateurs et aussi des agents anti-pollution de premier ordre : leur action est plus efficace que celle des insecticides pour débarrasser les cultures des Chenilles dévorantes, et ils n'ont pas la nocivité des pesticides sur l'organisme des consommateurs de légumes. En outre, s'il existe des années où les Piérides sont particulièrement nombreuses, l'équilibre se rétablit par la multiplication parallèle des Hyménoptères parasites. Et les Piérides devront aussi compter avec un autre adversaire, mis à présent à la disposition des cultivateurs : Bacillus thuringiensis, pulvérisé sur les feuilles de chou à l'automne : les Chenilles mourront avant de commencer leur transformation.
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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