Origines du poisson Bubulle et de tous ses gentils amis
Résumé : Projet de sketch informel commandé par Yvon Pottens, spécialiste de paléontologie humaine mondialement réputé, afin d’illustrer et d’exalter encore un peu plus, dans les établissements scolaires, les Lois intangibles de l’Évolution, mettant ainsi les jeunes esprits à l’abri des billevesées créationnistes.
Issus de la série : « Les belles histoire d’Oncle Fernand »
— Dis, Onc’ Fernand, l’aut’ jour, tu m’as dit comment le petit poisson Bubulle, il est sorti de la mer pour devenir une bête à quatre pattes et comment la grosse Bertha, au contraire, elle a quitté la terre ferme pour se transformer en baleine. Mais Bubulle, par exemple, d’où est-ce qu’il venait ?
— Ah oui ! d’où viennent les poissons… C’est une longue, très longue histoire, Jérémy, mais tu verras que c’est aussi simple, aussi logique, aussi évident que les histoires de Bubulle et de Bertha. Commençons par le commencement : il y a deux explications à l’apparition de la vie sur terre. Elles sont aussi rigoureuses et convaincantes l’une que l’autre, bien qu’elles n’aient rien de commun.
D’après certains savants, voilà ce qui s’est passé : un beau jour, un paquet de cellules quelconques, qui flottait bêtement dans l’océan, a reçu le rayonnement solaire d’une certaine manière, sous un certain angle, dans certaines conditions très favorables, etc., et paf ! d’un seul coup, ce paquet, il est devenu vivant ! La vie était née ! C’est-y pas merveilleux tout ça ?
— Ouais ! c’est cool, mais c’est quoi, les conditions que tu dis ?
— Ce sont certaines conditions sur lesquelles travaillent les savants.
— Et quand est-ce qu’ils sauront ?
— Quand ils auront trouvé la solution.
— Ah ouais, pas bête ! Mais… c’est quand qu’ils la trouveront, la solution ?
— … Quand ils auront découvert (aheum…) les conditions qui ont pu faire naître la vie à partir de la matière inerte, non vivante, dans ce qu’on appelle la « soupe primitive ».
— De la soupe ? Comme la soupe poireaux-pommes de terre de tante Élodie (berk, j’aime pas ça !) ?
— Haha ! Non, rien à voir ! « Soupe primitive », c’est le nom qu’on donne à l’espèce de bouillon de culture où la vie a pu apparaître par hasard, puis se développer et coloniser ensuite le reste de la planète à la faveur d’autres circonstances fortuites, mais propices… Et rassure-toi : personne ne t’obligerait à manger de cette soupe-là, héhé !
— ….. Ouais… Ouais... Mais t’as dit qu’y avait une autre explication…
— J’y viens. Aussi rigoureuse et convaincante que la première, je le répète, et même peut-être un peu plus encore. D’après d’autres savants, la vie n’a pas pu apparaître sur notre terre. Alors, ils ont réfléchi, réfléchi, réfléchi, et ils sont parvenus à la conclusion que… Allez, devine, Jérémy, devine !…..
— ….. ???.....
— À la conclusion que la vie était venue de l’espace… C’est fantastique, non ?
— Ouâââ, je kiffe à mort !! Dan’ un vaisseau spatial ?
— Haha ! Non, mais presque ! On a la certitude que la vie abonde dans l’univers, bien qu’on ignore comment elle a pu y apparaître, et on ne le saura sûrement jamais. Sur notre planète, en tout cas, il faut croire que c’était impossible. Alors, on doit supposer que très, très loin dans l’univers, une planète où il y avait de la vie a été heurtée par un autre corps céleste et que celui-ci est ensuite tombé sur la terre… porteur de cellules vivantes arrachées à la lointaine planète !
Tu comprends ? Le corps céleste en question, on appelle ça une mé-té-o-ri-te, et il en tombe souvent sur la terre.
— Ouaiiiiiiiiiis !! Ouf de chez ouf !!... Alors, forcément, toute cette vie, c’est devenu des poissons au bout de très longtemps : des centaines d’années !...
— Un peu plus longtemps, même, huhuhu !
— Et alors, du coup, on est tous des E.T. !! Grave, le délire !! Trop d’la balle !!...
— Haha ! Bien sûr, on peut voir les choses comme ça !
— .…. Bon, mais..... tu m’as dit que les deux explications étaient aussi convaincantes l’une que l’autre ; alors, comment ça se fait que dans l’une, la vie a pu apparaître toute seule sur terre, et dans l’autre, elle a dû y venir à cheval sur une témo… une réto… une théo-mérite… ?
— Une mé-té-o-ri-te. Eh bien ! en fait (euh ?…..), pourquoi ne pas imaginer qu’il s’est produit les deux choses à la fois ?.....[1]
Car, vois-tu, on n’élaborera jamais assez d’hypothèses géniales et compatibles entre elles (quoique théoriquement contradictoires) pour lutter contre la superstition et assurer le triomphe de la Raison sur l’obscurantisme. Tant que l’on enseignera sans relâche aux gens, et d’abord aux enfants, que la vie est apparue ou arrivée sur terre comme par magie grâce à l’intervention providentielle de Notre Mère Nature, on les prémunira contre les croyances irrationnelles qui ont régné sans partage des siècles durant, jusqu’à ce que la puissance prométhéenne de l’esprit humain – enfin libéré de ses chaînes cléricales – triomphe définitivement d’elles.
— ( ???) ….. C’est quoi, ces croyances ?
— Celles de la Bible, ce livre rétrograde qui a longtemps réussi à imposer l’idée stupide que tout avait été créé par un Dieu, sorte de Superman doté de super-pouvoirs : quelle farce !
— Ah ouais ! Kevin, mon copain de CM1, m’a déjà parlé de ça ! Chez lui, on y croit.
— Ah bon ?... Eh bien, je tiens à te mettre en garde contre ces foutaises nauséabondes, que continuent à répandre de dangereux illuminés.
— Pourquoi qu’i’ sont dangereux ?
— Parce qu’ils remettent en cause la primauté absolue de l’Homme sur toute la Créa… sur tout l’Univers en essayant de faire croire qu’il y a quelqu’un ou quelque chose au-dessus de l’Homme et que tout ne s’est pas fait seulement grâce à Notre Mère Nature, à son principe directeur, à son âme organique, à sa force vitale, auxquels on doit la création de toutes les machines vivantes, y compris toutes les machines à vivre et à penser que nous sommes, nous autres humains ! Tu te rends compte du culot hérétique de ces gens ?... C’est HÉNAURME, hein ?...[2]
— Pourtant, Kevin, lui, y m’a dit comme ça qu’…
— Ah, tu m’agaces à la fin, avec ton Kevin ! Il faudra que je recommande à tes parents de surveiller tes fréquentations !
— ….. Mais alors, onc’ Fernand, si personne n’a rien créé du tout, comment ça s’fait qu’y a queq’ chose au lieu de rien ? D’où est-ce que ça vient, tout ç’qu’on voit ?
— ….. Écoute, tu poses trop de questions, Jérémy… Et en faisant trop de fautes de français, qui plus est. Et puis d’ailleurs, j’ai toutes mes copies de socio à corriger. On reparlera de ça plus tard, tu veux bien ?... (Où ai-je mis mes lunettes ?)
— ………. ? ………. ? ……… ? ……….. ? ………... ? ………. ?.............. ? ………….
Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)
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