Signes inécoutés venus du ciel. La grande affaire Notre-Dame de Paris

Par Benoît NeissRevue n°111Bible, Église, Société, Théologie
Signes inécoutés venus du ciel. La grande affaire Notre-Dame de Paris

Résumé : Il existe plusieurs approches pour observer, méditer, comprendre, analyser voire décrypter le fait majeur qu’a constitué l’incendie de cet édifice médiéval, la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui donna aux routes de France leur point de départ, leur « kilomètre zéro ». Prenant du recul par rapport à l’événement, Benoît Neiss nous propose ici une sorte de méditation éclairée par la Bible : de quoi cet incendie, toléré par Celui au culte duquel l’édifice construit sur plus d’un siècle était destiné, se fait-il le signe ? Quel message nous faut-il y lire ?

L’idée du présent article m’était venue vers la fin de l’an dernier, au moment où la cathédrale était rouverte au culte et au public après une longue période de fermeture imposée par les importants travaux de restauration, qui avaient été entrepris pour réparer les graves dommages subis par l’édifice le 15 avril 2019.

L’idée revient s’imposer à moi en ce mois d’avril 2025 quand le gouvernement annonce la décoration de la Légion d’Honneur remise à la centaine d’ouvriers qui ont courageusement et difficilement travaillé durant une si longue période pour la restauration de cette cathédrale.

Ces différentes données généralement inaperçues appellent de notre part une réflexion qui ne se limite pas à la simple chronique d’actualité, mais devrait s’élever bien plus haut, car le grand déficit de la mentalité actuelle réside dans la saisie inexistante de la signification profonde, également spirituelle et donc en fin de compte véritablement authentique, des événements qui se produisent.

Dans le cas qui nous occupe, nous reste dans la mémoire l’intensité inattendue de l’émotion déclenchée dans le monde entier par la catastrophe ayant frappé la cathédrale française. Nous étions tous étonnés de lire et d’entendre l’universelle lamentation qui s’élevait de partout devant la gravité de l’atteinte ayant frappé notre édifice national, et le nombre d’images transmises dans toutes les télévisions, même les plus éloignées de notre pays – et de l’univers religieux ! Nous estimons qu’aucun autre édifice culturel au monde n’avait encore déclenché semblable compassion, pareil intérêt attristé, ni touché à ce point nos âmes de Français et de chrétiens. Mais la constatation de l’événement et l’énormité de l’étonnement suscité par lui à pareille échelle sont loin d’être suffisants et consolants à notre sens, car ils révèlent une déplorable ignorance des mentalités actuelles, y compris chez les croyants en général et les chrétiens – et même chez les autorités spirituelles de notre Église.

Un exemple nous paraît être une excellente illustration de cet état de fait, c’est l’article qu’a publié en avril 2024 l’hebdomadaire alsacien L’Ami Hebdo, qui s’affirme ouvertement comme une publication chrétienne et a intitulé cette page : « Cinq ans après l’incendie de Notre-Dame de Paris : Le mystère reste entier. » Citons-en quelques extraits :

« L’enquête judiciaire sur les causes du sinistre se poursuit, elle, dans le plus grand secret, alimentant les spéculations. [ … ] Des images circulent sur internet dans lesquelles certains croient déceler une silhouette d’homme en djellaba en lieu et place, selon les versions, d’une statue ou d’un pompier, faisant croire à un attentat. Une enquête préliminaire est confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire. Au terme de ce travail – 1 000 pages de procédure – « aucun élément ne permet d’accréditer l’hypothèse criminelle ». Une information judiciaire est alors ouverte, confiée à trois magistrats. Ce travail, actuellement couvert par le secret de l’instruction, débouchera bientôt sur une ordonnance de non-lieu. »

L’énumération des dizaines d’initiatives prises, des hypothèses ou explications avancées se multiplie, mais dans les organes de presse destinés à un lectorat de croyants, comment se fait-il que jamais n’apparaisse un début de réflexion de nature religieuse, théologique, en un mot plus profonde que ces élucubrations simplistes, alors que l’objet concerné est on ne peut plus religieux dans son essence ?

Eh bien nous avons là un résumé parfait de la mentalité actuelle, aussi bien des autorités officielles laïques que de celles qui se prétendent religieuses, c’est donc une illustration on ne peut plus exemplaire du contenu et des limites de la réflexion moderne en face de la réalité.

Les conséquences trop inaperçues de l’esprit moderne

Les maîtres de la Science et de l’idéologie actuelle veillent scrupuleusement à demeurer de façon stricte et exclusive les seules autorités habilitées à décider en la matière. En tout cas, interdiction absolue aux religions, aux instances authentiquement spirituelles d’intervenir, de fournir des clefs aux problèmes qui se posent aux hommes. En tout cas, défense absolue opposée aux explications venant de sources chrétiennes d’intervenir dans le débat, alors que toute liberté est laissée à toutes les autres instances de proposer des solutions, à la seule condition qu’elles soient autres que chrétiennes…

Mais pour nous, qui nous affirmons être des chrétiens déterminés, ce que répète nettement notre revue en disant que le CEP se propose comme devise d’être « Pour une vision du monde inspirée de la Révélation », est-il acceptable que nous nous contentions des explications officielles, rationnelles, concernant les faits historiques majeurs qui se produisent de nos jours ou à d’autres époques ? D’autre part, l’événement sur lequel nous nous interrogeons ici ayant touché un objet on ne peut plus religieux – et les réactions observées dans le monde entier étant si manifestement imprégnées d’un caractère bien plus que seulement humain donc laïque, comment se contenter de jugements exclusivement simplistes à leur propos, en dépit du sérieux et de la solennité de l’émotion qui s’est manifestée dans ces réactions ?

Notre conclusion à nous, dans le cas présent, ne saurait être que celle-ci : le cruel incendie qui a frappé la cathédrale Notre-Dame de Paris ne peut être qu’une admonestation solennelle lancée par Dieu à l’Église pour lui signifier que des manquements graves ont excité Sa colère. Et comme le monument frappé n’est pas un lieu de culte quelconque, périphérique, représentant un pays particulier, mais un édifice à valeur universelle, le cœur de la « Fille aînée de l’Église », la sévère leçon est donc clairement une sentence touchant l’essence de la vie chrétienne actuelle, les fondements de la Foi, l’existence même de l’Ecclesia Dei tout entière. On songe évidemment à l’ensemble des dérives observées depuis le début de l’ère postconciliaire, souvent déjà relevées ici ou là, mais jamais encore avec une aussi majestueuse et large sévérité.

L’aveuglement général actuel sur le sens profond du grand événement en question ici est d’autant plus surprenant qu’à côté de l’incendie dont nous parlons, un nombre jamais vu encore de faits graves secoue notre époque : les troublantes catastrophes climatiques affligeant de façon désastreuse toutes les parties du monde, la multiplication des guerres et affrontements à l’échelle du globe entier, l’arrivée au pouvoir en Amérique d’une figure surprenante telle qu’un Trump, qui aussitôt parvient à menacer toute la vie internationale, et cela tout près du temps même où disparaît le pape François, mort qui elle aussi met en émoi l’opinion mondiale. N’omettons pas d’ajouter à cette liste de nature « majeure » une monstruosité tout aussi grave, quoiqu’elle sévisse à un niveau « mineur », si l’on peut dire, celui de la société, du quartier, de la famille, etc., c’est le fléau de la corruption, du banditisme, de la fureur de tuer qui affecte de plus en plus même les jeunes et les enfants, comme jamais on ne l’avait encore imaginé possible à ce point.

Cet état de fait ne suscite jamais, à notre connaissance, un véritable effort de compréhension en profondeur sur les causes et la signification de pareille situation tragique. D’autant que le défunt pape François n’a cessé de chanter l’amour universel entre les hommes, souhaitable, possible et même prévisible dans un avenir proche.

Ces rêveries de caractère idéalisant et obstinément optimiste sont-elles compatibles avec ce qu’est et que veut le Seigneur Tout-puissant ?

La nature véritable du Seigneur Souverain et Sa volonté

Pour qui lit attentivement la Bible – toute la Bible, à commencer par l’Ancien Testament, trop distraitement et rarement parcouru par le peuple chrétien –, la question de l’autorité et de la grandeur incontestées de Dieu ne laisse planer aucun doute.

« La crainte du Seigneur est simple, rien jamais ne l’ébranle » dit le Psaume XVIII, qui ajoute : « Les jugements du Seigneur sont vrais, tous justes. […] Aussi Ton serviteur se met-il à leur école ; à les observer il y a un tel profit » (Ps 18, 10-12).

Les textes des Psaumes ont même parfois des accents plus sévères et menaçants envers celui qui ne respecterait pas Sa souveraine volonté :

« Ne me laisse pas ignorer Tes commandements. […] La menace plane sur les orgueilleux, misérables qui errent loin de Tes commandements », ajoute le Ps 118, 21-22.

On pourrait citer de très nombreux versets qui affirment pour le juste le même devoir d’obéissance à la volonté divine :

« Je règle mes pas sur Ta vérité. Je ne prends pas place au sein d’un conseil menteur et je ne fréquente pas les hypocrites » (Ps 25, 3-4).

et les dures condamnations contre les désobéissants ne manquent pas dans toute la suite des Psaumes :

« Ne me livre pas au bon plaisir de ces haineux, car ils montent contre moi des témoins de mensonge et des passionnés de violence » (Ps 26, 12).

La pente générale de l’esprit moderne tend à toujours disqualifier ce qui porte atteinte à la volonté humaine, du moins venant d’une autorité supérieure. Or que lisons-nous encore dans les chroniques concernant l’histoire d’Israël ?

« Josué réunit à Sichem toutes les tribus d’Israël, il s’adressa au peuple : Voici, leur dit-il, ce que vous fait dire le Seigneur, Dieu d’Israël. [ … ] Jacob et ses fils descendaient en Égypte. J’envoyai alors Moïse et Aaron, accumulant en Égypte des fléaux et des miracles. […] Au pays des Amorrhéens qui habitaient au-delà du Jourdain, ils voulurent s’opposer à vous, mais Je vous les ai livrés : vous avez pris possession de leurs terres et Je vous les ai exterminés devant vous » (Livre de Josué 24, 1-8).

Où trouve-t-on ici amabilité doucereuse et libéralité facile envers les hommes qui s’opposent à la volonté divine ? Sévérité et exigence absolue, rappel de ce qu’est le Tout-Puissant, on le découvre également, entre bien d’autres versets, au Livre des Juges :

« Une prophétesse, Débora, femme de Lapidoth, exerçait en Israël les fonctions de Juge. Elle dit : « Voici l’ordre du Seigneur : Va, conduis ton armée sur la montagne du Thabor. Tu prendras avec toi dix mille hommes, Je t’amènerai au torrent du Cison le chef de l’armée de Jabin, Sisara, ses chars et toutes ses troupes, pour les livrer entre tes mains » (Jg 4, 4-7).

Si la justice du Seigneur peut être impitoyable contre les adversaires du peuple élu – donc les Siens mêmes – autant de sévérité peut également s’abattre sur ce peuple quand il désobéit à la volonté de YHWH. Il n’est que de se rappeler les accents déchirants qui emplissent le Livre des Lamentations :

« Comme la voilà assise, solitaire, la populeuse cité ! La voilà devenue pareille à une veuve, elle, si grande parmi les nations. […] Elle verse la nuit des larmes amères, et ses joues sont trempées de larmes, pas un pour la consoler. […] Jérusalem a lourdement péché » (Lm 1, 1-8).

Ce sombre tableau ne fait-il pas étrangement penser à ce qui s’est passé autour et après la catastrophe qui a frappé la cathédrale Notre-Dame ? Nous voici donc revenus face à la grave question que nous posions au début de cette étude, et sans doute éclairés plus que nous ne pensions sur la réponse à lui donner.

Conclusions à tirer de pareilles analyses

Il faudrait élargir cette rapide enquête sur les leçons qui s’imposent à nous à la lecture de l’Écriture Sainte – encore n’avons-nous pas mentionné l’Apocalypse, cet ensemble de première importance dans les questions qui nous occupent. Nous devrions également nous pencher plus à fond sur l’histoire du peuple d‘Israël, qui est à l’évidence une figure et une clef pour comprendre ce qui constitue notre propre destin à nous, qui sommes leurs descendants et héritiers spirituels. Il convient donc d’appliquer à notre temps, à notre histoire les dures épreuves qui ont frappé Israël quand il désobéissait à son Seigneur, comme on nous le rappelle si souvent dans l’Ancien Testament. Or l’histoire passée de l’Église est elle-aussi marquée par de nombreuses fautes graves, hérésies, schismes, révoltes et agressions sanglantes contre les Papes et les confesseurs, lesquels ont subi le martyre pour s’y être opposés, bien plus souvent que ne le croit généralement le chrétien ordinaire et bien des maîtres de nos sphères intellectuelles dominantes, et cela pas seulement du côté des modernes athées. Si les prophètes anciens ont aussi fermement jeté à la face d’Israël que le Seigneur lui annonçait la future destruction de Sion, la ruine du Temple de Jérusalem pour le punir des graves infidélités commises par lui, comment ne pas reconnaître que c’est un malheur aussi abominable que celui qui avait été annoncé à Israël, qui a pu s’abattre sur Notre-Dame de Paris, ce manifeste équivalent actuel du Temple de Jérusalem ? Comment ne pas songer à une explication de cet ordre pour comprendre la cause et la signification de la catastrophe qui s’est produite, en dépit des détours et des négations qu’on a vus se multiplier de tous côtés pour éviter de reconnaître une vérité qui s’impose ?

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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