Sophrologie, hypnose et leurs copains dévoyés

Par Dr Jean-Maurice ClercqRevue n°106Médecine – Santé, Société, Théologie, Science et foi
Sophrologie, hypnose et leurs copains dévoyés

Résumé : Il existe différents états du niveau de conscience chez un être humain comme chez l'animal, entre l'état vigile et le sommeil. Dans un état proche du sommeil, la personne se trouve privée du contrôle de ses pensées et de ses actions ; il devient alors possible d'agir sur le subconscient en utilisant des suggestions appropriées. Celles-ci pénètrent dans l'esprit et s'y impriment avec la force d'un ordre capable de modifier, pour un certain temps, à la fois l'attitude consciente et le subconscient jusque dans ses fonctions réflexes.
Il existe différentes techniques pour arriver à modifier ce niveau de conscience, notamment dans son protocole d'induction. Si celui-ci est effectué d'une manière douce, avec l'accord de la personne et un entretien préalable sur le but recherché ainsi que sur les moyens utilisés, on parle de sophrologie ; s'il est effectué sans préparation du sujet, d'une manière autoritaire, voire brusque et théâtrale, comme dans les spectacles, on parle alors plus volontiers d'hypnose. En fait, ce sont deux styles d'approche différents pour arriver au même résultat.
Nous ferons le point sur la sophrologie et l'hypnose, l'intérêt et les limites de ces méthodes, ainsi que sur leurs dévoiements, tant sur un plan mercantile que sur celui de l'idéologie.

La sophrologie et l'hypnose pratiquées en milieu médical utilisent des techniques éprouvées selon un protocole précis dans le but d'abaisser le niveau de conscience du patient pour le faire arriver d'abord à un état de relaxation avancé, puis par accentuation, à un état proche du sommeil. À ce stade, le patient – qui est toujours conscient – se trouve plongé dans un état où son subconscient devient réceptif aux messages hypnotiques donnés. Ces messages vont alors s'y programmer et agir ensuite avec plus ou moins d'autorité, échappant alors au contrôle total ou partiel de la volonté du conscient.

La sophrologie/hypnose médicale

Vues sous l'angle médical, ces techniques présentent des intérêts importants, comme celui de lever des phobies et des blocages psychologiques, des inhibitions, de modifier des sécrétions réflexes (gastriques, salivaires…), d'arrêter de fumer, d'obtenir des anesthésies locales par obtention d'une sécrétion d'endomorphine pour des accouchements sans douleurs, des extractions dentaires ou de chirurgie légère. Les yogis se transpercent ainsi le corps en tout endroit de faible sensibilité sous autohypnose. Les applications peuvent être aussi nombreuses que variées.

Les sportifs de haut niveau utilisent de plus en plus le conditionnement par sophrologie avant les épreuves, pour être en pleine possession de leurs moyens au moment voulu. La même chose peut se faire pour les étudiants avant leurs examens, afin de lever leurs appréhensions, leur faire utiliser toutes leurs ressources. Mais, comme pour les sportifs, ils ne deviennent pas pour autant des surdoués.

La méthode possède ses propres limites naturelles. Par exemple, il restera toujours impossible de programmer un acte contre la volonté profonde d'un individu, comme celui de lui faire commettre un meurtre ou un adultère si ce dernier n'y consent pas. Il sortira immédiatement de son état sophronique. La sophrologie peut tout au plus aider cette personne à passer à l'acte si elle désirait le faire, mais n'avait ni le courage ni la force de le réaliser. De plus, il faudrait plusieurs séances pour arriver à un tel résultat.

La sophrologie utilise une technique « douce » de suggestions essentiellement verbales ; l'hypnose utilise des techniques verbales et physiques, plus rapides et contraignantes, parfois théâtrales, dont certaines, appliquées aux animaux, sont spectaculaires.

Pour apprendre un texte ou une langue étrangère, on utilise l'hypnopédie : le subconscient enregistre des messages d'une longueur de 30 secondes, qui seront répétés durant trois minutes et repris à intervalles réguliers selon les phases de sommeil. Ils sont diffusés d'une manière répétitive à l'aide d'un « bas-parleur » situé sous l'oreiller pendant la phase de sommeil paradoxal, qui est semblable à l'état hypnotique.

La musique, lorsqu'elle est appropriée, c'est-à-dire en supprimant les aigus, avec de longues phrases musicales harmonieuses et la tonalité amortie, est, elle aussi, capable d'abaisser le niveau de conscience, ce qui a donné naissance à la musicothérapie.

Les couleurs de l'environnement, les couleurs froides en particulier, agissent aussi sur le cerveau et sont capables de déclencher des états d'apaisement, tandis que les violentes lumières clignotantes des discothèques et des boîtes de nuit induisent des états d'excitation.

Ces deux derniers principes (musique d'ambiance associée aux bonnes couleurs dans la décoration), bien appliqués dans une salle d'attente, feront qu'effectivement nombre des patients y trouveront l'attente si agréable qu'ils s'y endormiraient… ce qui ne manque pas d'arriver régulièrement lorsque le praticien accumule un retard important.

Enfin, une séance de sophrologie comprendra toujours un ordre hypnotique, qui est l'objet du problème à résoudre dans cette séance. Il doit toujours être formulé d'une manière positive, précise, pour être efficace et agir en dehors de la volonté. Un jour, une de mes patientes, journaliste mondaine connue, venue me consulter pour se faire sophroniser, m'avoua l'avoir déjà été par le Dr CH. qui m'avait enseigné l'hypnose médicale et qui me l'avait envoyée. Au cours d'un entretien avec le Dr CH. sur la sophrologie, cette femme de caractère, ne croyant pas au pouvoir de cette technique, accepta une séance… histoire de voir ce que ça donne. Le docteur mit le paquet et lui donna cet ordre post-hypnotique : « Quand vous irez voir à l'Opéra dans quelques jours la première dont vous m'avez parlé…, vous serez tellement contente de la représentation que vous vous lèverez devant tout le monde et vous ouvrirez votre parapluie pour montrer votre joie... » Ce qui eut lieu !… Elle lui en voulut beaucoup de s'être ainsi ridiculisée... et ce fut pour cela qu'elle vint me voir… voulant se faire sophroniser à nouveau pour une indication précise que nous verrons plus loin.

À cet ordre post-hypnotique[1], on a l'habitude d'en ajouter un autre : un « signe signal » dans le but de faire entrer immédiatement (ou, à défaut, plus rapidement) le patient dans le même état hypnotique qu'à la séance précédente (signe physique, verbal visuel, etc., convenu à l'avance).

Il faut aussi bien noter que toute fin de séance de sophrologie doit se faire en douceur, selon un protocole bien établi pour permettre au patient de revenir à son état vigile normal, faute de quoi, il aura une migraine ou bien repartira dans un état second, qui pourrait être dangereux pour lui, avec un mauvais retour de ses réflexes.

La perversion

Comme on pouvait s'y attendre, de malins et mauvais esprits allaient s'emparer de ces techniques pour les pervertir à leur profit. Le panorama qui suit doit permettre au lecteur de devenir vigilant sur l'utilisation de ces techniques qui pénètrent de plus en plus dans la vie quotidienne.

1- L'hypnose de spectacles

J'ai un jour rencontré un hypnotiseur professionnel qui avait été formé par le même professeur que moi. Nous avons échangé sur nos techniques, sans toujours tomber d'accord. Comment organisait-il sa séance ? D'abord, il « échauffe » la salle avec un complice sur scène, puis on va chercher quatre ou cinq personnes dans le public. On hypnotisera celle qui semblera la plus réceptive, et les autres n'auront que le rôle secondaire d'assistants sur la scène, comme pour soutenir le corps de la personne mise en catalepsie ou en raideur entre deux chaises.

On a vu ainsi un spectateur enjamber le balcon près de la scène et tomber lourdement ; fasciné et subjugué par le spectacle de l'hypnose d'un participant sur la scène, il s'était lui-même hypnotisé sans s'en rendre compte et avait perdu le sens des réalités. Lorsque l'hypnotiseur avait demandé un nouveau volontaire, il s'était précipité pour arriver le premier, en oubliant qu'il était au balcon...

Lorsque la salle reconnaît le pouvoir de l'hypnotiseur, alors celui-ci proposera d'hypnotiser la salle. Et ça marche ! Chapeau ! Bien sûr, rien de miraculeux : la technique est présente. Il n'entre pas dans le cadre de cet article d'en donner les trucs, mais simplement de révéler que, peut-être, la moitié, voire les 2/3 des gens seront effectivement plus ou moins hypnotisés, l'ambiance et le mimétisme faisant le reste pour les autres.

L'hypnotiseur professionnel était fier d'avoir une fois réussi à hypnotiser toute une salle… mais il eut quelques problèmes à la fin du spectacle. Certains spectateurs avaient mal à la tête, d'autres trébuchaient dans les escaliers pour sortir, se trompaient de chemin et, parmi les conducteurs, il y eut nombre de feux rouge grillés et de refus de priorité, donnant lieu à quelques accrochages... Car ce professionnel n'utilisait pas de protocole de sortie de l'état hypnotique, ce qui aurait été difficile à réaliser avec un grand nombre de gens, d'autant plus que, pour l'induction, des méthodes directives étaient utilisées.

Il m'apprit aussi qu'il avait des difficultés pour recouvrer ses quittances de loyer pour une maison qu'il louait… « Hypnotisez-là ! », lui répondis-je, en plaisantant. « Vous savez bien que c'est impossible ! ». Eh oui, ce n'était plus du théâtre. J'ai oublié de préciser que les hypnotiseurs sont souvent d'anciens prestidigitateurs ou mentalistes.

2- La perversion publicitaire

Les publicistes furent les premiers à détourner ces techniques, par le choix des images, de la musique etc., afin de suggérer le bonheur que l'on possédera en achetant le produit ainsi vanté. Les exemples sont quotidiens ; mais voilà, le spot publicitaire ne s'imprime pas, ou peu suffisamment dans le subconscient ; il faut alors répéter sans cesse le message et créer des rappels suggestifs… La concurrence en fait autant et la pléthore de publicité finit par gaver le consommateur qui, de ce fait, devient moins réceptif et plus sélectif. L'innovation et l'originalité deviennent des moyens supplémentaires pour capter et retenir l'attention du consommateur.

Des armes déloyales vont être utilisées comme autant de bottes secrètes pour augmenter l'efficacité suggestive des messages publicitaires :

L'introduction de messages subliminaux visuels avait été étudiée aux États-Unis dans les années 60. Les expériences montraient que l'on pouvait agir directement sur le subconscient du consommateur, et cela à son insu ; il en était probablement de même pour les messages subliminaux sonores. L'expérience la plus célèbre avait consisté à introduire un message publicitaire subliminal dans un film projeté dans une salle de cinéma. Une image subliminale avait été glissée toutes les 24 images par seconde sur la pellicule du film projeté. Le spectateur ne la voyait pas, car seule la persistance de l'impression rétinienne donne au défilement d'images successives une impression de continuité, alors que le subconscient percevait bien cette différence. Le résultat fut probant. Le produit testé vit ses ventes nettement augmentées à l'entracte qui suivit. Ce résultat fut reproductible. Cela s'explique par l'état de fascination réceptive de certains spectateurs devant le grand écran comme devant le petit écran.

La tentation fut grande de passer du stade expérimental au stade commercial… Les attendus des tribunaux (États-Unis, France) le prouvent.

En France, juste avant les élections présidentielles de 1988, à partir de septembre 1987, un dévoiement politique de cette technique fut utilisé par François Mitterrand, alors candidat à la présidence de la République. Durant la campagne électorale, l'image de son portrait, souriant, était introduite en subliminal dans le générique télévisé d'Antenne 2 au moment des émissions de grandes audiences, style journal télévisé. Elle passa 2 949 fois[2]. Sans doute, ses conseillers en stratégies électorales pensaient-ils pouvoir agir ainsi sur le comportement des indécis, car le départage des intentions de vote se situait dans un mouchoir de poche selon les sondages électoraux ?…

Logo d'Antenne 2

Actuellement, de nombreux clips musicaux, diffusés en permanence sur certaines chaînes musicales de télévision, fourmillent d'images pratiquement subliminales que l'on aperçoit sur les enregistrements passés au ralenti. Elles ne sont pas publicitaires, mais néanmoins malsaines, sur le thème de la mort, du sang, du diable.

3- La perversion par les sectes et la musique

Dès son initiation médicale à la sophrologie, l'auteur de cet article[3] avait senti les dangers qu'elle pouvait présenter entre les mains de personnes sans scrupules. Cependant, deux questions restaient en suspens :

La perversion des sectes :

La méditation transcendantale :

Le Nouvel Âge n'est pas non plus resté insensible à l'utilisation de ces techniques, en particulier par la méditation transcendantale accompagnée du moins au début, de musiques puisées dans et inspirées du répertoire de musicothérapie. Le niveau de conscience est abaissé par la méditation et par la musique : les suggestions du gourou deviennent alors des ordres pour le subconscient. Cette séance étant répétée une heure par jour, l'enfermement psychologique et la dépendance mentale s'ensuivent inévitablement. Voilà pourquoi les adeptes du Nouvel Âge ont toujours l'air de planer, même lorsqu'ils ne fument pas de marijuana. De plus, pendant la séance de méditation qu'ils peuvent effectuer en privé, ils se répètent sans cesse des « mantras » donnés par le maître, c'est-à-dire des incantations en hindi, tibétain ou népalais adressées la plupart du temps aux dieux hindous, quand ils ne sont pas d'ordre diabolique. Finalement, ces méditations transcendantales deviennent addictives et enferment l'adepte dans sa secte.

L'hypnose :

— Docteur, vous avez sauvé ma fille ! Un grand merci !

C'est ainsi que je fus interpellé dans la rue par la mère d'une de mes patientes, que j'avais eu à sophroniser à plusieurs reprises pour des soins dentaires.

Étudiante à Angers, elle avait été embrigadée par une secte (dont une particularité, en 1999, était de savoir faire disparaître ses dossiers d'instruction judiciaire) qui avait repéré sa fragilité psychologique en lui faisant remplir des tests de personnalité. Elle, et les autres recrues, assistaient à des séances d'hypnoses collectives supposées « corriger » ces troubles de la personnalité, mais en fait pour les conditionner, en particulier à délier leur portefeuille en faveur de cette « église » (ainsi nommée) bien particulière. Cela se déroulait dans une salle de l'immeuble loué en centre-ville par cette secte. Le tout se poursuivait ainsi en circuit fermé.

Cependant, ma jeune patiente se souvenait des techniques apprises pour se sortir de l'état hypnotique lorsqu'elle avait été soignée. Elle put ainsi résister et se dégager de l'influence de ce genre de cure de « psychothérapie » bien particulière, à la grande fureur de ses « guides ». L'immeuble était en fait une sorte de lieu de séquestration volontaire dont il lui fallait s'échapper ; ce qu'elle réussit difficilement, car son comportement avait été repéré et elle se trouvait toujours flanquée de deux gardes du corps dans ses moindres déplacements, y compris pour aller aux toilettes. Ayant réussi à s'échapper par la lucarne des toilettes, elle revint se réfugier au foyer familial, à 100 km de là, mais dut se cacher ailleurs : des émissaires de la secte étaient même descendus dans le village pour surveiller la maison et harcelaient sa famille (qui n'a pas osé porter plainte) pour la retrouver.

Par ailleurs, outre les séances d'hypnose, il semble à peu près certain que quelques sectes utilisent des manipulations ostéopathiques [du grec ὀστέον ostéon, « os »], crâniennes en particulier, au titre de « méthode de décontraction », mais en réalité pour obtenir une régression psychologique en créant des blocages énergétiques, de manière à assujettir encore plus les malheureux qui tombent entre leurs mains et les rendre ainsi toujours plus dépendants.

La perversion musicale par les messages subliminaux

La musique diffusant des messages cachés ou surajoutés n'est pas une chose nouvelle, mais l'influence d'une telle pratique n'avait jamais vraiment été étudiée ; elle était certainement efficace, puisque nombre de supermarchés utilisent cette technique. Encore fallait-il que les personnes concernées se trouvent dans l'état hypnotique nécessaire.

À partir des années 1965, on découvrit, sur certains microsillons et bandes magnétiques d'enregistrement, des messages subliminaux, souvent en anglais, enregistrés à l'envers (c'est-à-dire qu'ils devenaient audibles et compréhensibles en faisant passer le microsillon – ou la bande magnétique – en sens inverse).

Les premiers messages musicaux subliminaux inversés ont été retrouvés sur les disques des Beatles dans les années 1965, comme dans la chanson « Yellow submarine », une incitation à prendre de la drogue. Dans la foulée, il y eut ensuite les Rolling Stones, ACDC, etc. Il a fallu attendre la multitude de groupes rock et hard-Rock pour voir afficher ouvertement leurs inspirations et leurs fantasmes d'origine satanique. Cependant, des exemples plus légers (lights) se trouvent aussi dans la chanson française : nous avons eu la chanson « Jo le taxi », où l'on peut entendre en passant le disque à l'envers : « Oh, Mammon est arrivé ! » Dans l'ensemble, l'incitation par le biais des messages peut se résumer à : sexe, drogue, violence, satanisme.

Comment ces messages pouvaient-ils agir sur le subconscient alors qu'ils demeuraient parfaitement incompréhensibles ?

Une expérience professionnelle me permit de comprendre que les messages subliminaux, mêmes passés à l'envers, pouvaient être compris et agir sur le subconscient. Revenons à la journaliste mondaine au parapluie. Son objectif était d'arrêter de fumer et elle n'y arrivait pas. La sophrologie lui était donc tout indiquée… la dame en avait d'ailleurs éprouvé l'efficacité à ses dépens ! Elle ne m'avait pas informé de la surdité totale de son oreille droite vers laquelle je lui parlais doucement lors de l'induction pour abaisser son niveau de conscience. Au fur et à mesure de l'approfondissement de l'abaissement du niveau de conscience, l'opérateur doit baisser de plus en plus le ton de la voix pour terminer en un chuchotement confidentiel à son oreille pour lui donner l'ordre hypnotique. Ce que je fis ; car c'est la technique. À la fin de la séance, elle me dit que cela avait été très agréable et qu'elle se sentait bien (signe que la séance fut bonne), mais qu'à partir du début des premières suggestions, elle n'avait plus du tout entendu le son de ma voix et ne savait pas ce que j'avais pu lui dire pour arrêter de fumer. Rendez-vous fut donc pris pour recommencer… avec l'autre oreille. Mais, lorsque je la revis, quelle ne fut pas ma surprise de constater que mon ordre de dégoût lui induisant l'arrêt du tabagisme avait agi ! Elle n'avait pas pu terminer sa première cigarette, car elle éprouvait les nausées et les dégoûts suggérés.

Ainsi, sans le vouloir, j'avais mis le doigt sur le secret des messages subliminaux : je n'avais pas agi en parlant à l'intelligence, par le moyen du « verbe », de bouche à oreille, mais en communiquant avec son cerveau par un mécanisme inconnu, télépathiquement en quelque sorte, en esquivant la nécessité de se faire entendre et comprendre. Je n'avais jamais lu ou entendu une relation analogue sur quelque expérience de ce genre. Ainsi, le subconscient, en état hypnotique, perçoit et comprend un message émis qui peut ne pas être perçu – sinon d'une manière incompréhensible – au niveau du conscient. Analogiquement, un message subliminal peut donc être perçu et interprété par le subconscient, à partir du moment où le sujet se trouve dans l'état de réception requis.

Toutes ces conditions nécessaires se trouvent aussi réunies grâce à l'action combinée de stroboscopes, de lasers, de rythmes sonores excessifs que l'on retrouve systématiquement dans les soirées techno, les « rêves-parties », les discothèques et les concerts de musique moderne. Cette action déclenche un état d'hyperexcitation chez les jeunes, ce qui permet d'agir aussi sur leur subconscient ; nous retrouvons le même état dans les transes des danses vaudous ou africaines au son du tam-tam, comme dans les séances initiatiques des religions païennes. Le cerveau sécrète alors une amphétamine, proche de la morphine, ce qui va induire l'incitation à utiliser l'alcool et la drogue, tandis que les vibrations des basses dépassant les 120 décibels vont exciter la libido. On le voit, outre un excellent moyen de dévoyer la jeunesse et de la faire sombrer dans la dépravation, sont là réunies toutes les conditions pour que le subconscient soit largement ouvert aux suggestions subliminales, même inversées.

Qu'en est-il aujourd'hui pour tous ces jeunes déambulant avec des oreillettes diffusant du rap et autres musiques malsaines dont les paroles malignes et perverses ne sont mêmes plus cachées ?

Une question de fond se posait :

À l'époque de cette découverte, la sophrologie médicale en était encore à ses débuts et personne jusqu'alors n'avait découvert ce mécanisme particulier de perception subliminale d'un message « audio » imperceptible… et pourtant, depuis un certain temps déjà, c'était la grande vogue des messages subliminaux dans le rock (le hard-rock n'existait pas encore). Hors ma compréhension accidentelle avec cette découverte personnelle, on pouvait se demander quel pouvait être l'intérêt de graver sur un disque un message subliminal que l'on ne pourrait ni entendre ni comprendre ? Comment pouvait-on savoir qu'en se servant d'un message subliminal, qui plus est inversé, il pourrait être compris dans un état de conscience bien particulier, alors que cette propriété du cerveau n'avait jamais été découverte ?

Seul un esprit supérieur à l'esprit humain pouvait savoir que cela existait et inspirer des hommes à l'utiliser pour des fins mauvaises. Cet esprit supérieur ne peut qu'être angélique et il se désigne lui-même dans beaucoup de messages subliminaux : Satan. Cela permet de comprendre pourquoi les jeunes qui assistent à ce genre de concert deviennent hystériques et brandissent leurs bras en l'air au rythme de la musique satanique, les mains faisant le signe de la « Bête ».

Le danger dans l'utilisation des techniques hypnotiques m'apparut alors clairement et se vit confirmé tout au long de mes recherches : si Satan « s'amuse » à les utiliser, c'est qu'il y trouve son compte ; il ne le fait ni gratuitement ni par fantaisie, seulement pour s'assujettir les esprits. J'en suis donc arrivé à penser que, si lorsqu'une personne est mise dans cet état propice, le subconscient dans son cerveau se trouve largement ouvert aux suggestions du thérapeute dans un cadre médical, il en va de même sous l'influence des musiques mauvaises : des esprits diaboliques peuvent profiter du « hiatus » naturel ainsi créé entre le conscient et le subconscient pour s'introduire et infester à leur insu des personnes affaiblies moralement, d'autant plus si celles-ci s'adonnent régulièrement aux musiques à relents diaboliques et mènent une vie déréglée.

La réincarnation

Un curieux cas souvent cité dans les livres traitant de sophrologie : celui d'une femme atteinte de migraines, sophronisée par son mari, un pasteur américain. À ses questions et suggestions, la voilà qui répond dans un dialecte allemand ancien, inconnu de sa femme. Intrigué, son mari enregistre la conversation et, à chaque question, elle répond toujours dans la même langue. Ces réponses, une fois traduites, permirent d'identifier la personne qui parlait par la bouche de la femme : il s'agissait d'une jeune fille qui décrivait son assassinat au cours d'un rendez-vous galant près d'un pont dans une ville allemande. Elle décrivait les lieux avec précision, l'époque et son assassin qu'elle connaissait. Cet épisode s'était déroulé au début du XIXe siècle. Muni de tous ces détails, les vérifications furent faites et le rapport de police fut retrouvé. C'est ainsi que l'exactitude de ce drame et des lieux, dans leur configuration de l'époque, se trouva confirmée… à ce détail près : que l'assassin n'avait jamais été identifié et que le coupable désigné lors de la séance d'hypnose n'avait été qu'un des suspects. Il semblerait, d'après les éléments retrouvés sur cette affaire, que du point de vue chrétien, cette jeune fille volage ne vivait pas du tout en conformité avec la morale évangélique[4].

Si ce fait surprenant fait bien penser à une manifestation d'ordre diabolique d'une âme damnée, les adeptes de la réincarnation ne se sont guère posés la question ; ils y ont vu la manifestation d'une vie antérieure et se sont précipités sur ces techniques d'hypnose. Ils vous invitent maintenant à des séances de sophrologie afin de revivre votre petite enfance, puis, avec une technique régressive, votre naissance et, en remontant encore, à vous faire revivre une vie antérieure. Même si ça ne marche pas à tous les coups, les illuminés du Nouvel Âge y courent, car ils y voient là une manifestation prouvant bien la réincarnation[5]. C'est ainsi qu'un certain Paco Rabane put se prétendre la réincarnation d'un corsaire.

En guise de conclusion

Au fond, Satan ne fait que singer Dieu dont il est le négatif, le contraire, l'envers, le passage à l'envers…

On peut alors se poser la question de ce qu'il peut en être dans le domaine de la spiritualité catholique « à l'endroit », c'est-à-dire s'il existe des « techniques sophroniques traditionnelles », comme dans d'autres religions, qui peuvent aider le fidèle à progresser dans sa spiritualité chrétienne ?

On sait que le « répétitif monocorde » abaisse l'état de conscience et l'amène à un état proche de celui utilisé en sophrologie. Le chapelet en est une excellente illustration ; vérification médicale en a été faite avec encéphalogramme à l'appui : la méditation des mystères du chapelet récités avec recueillement nous plonge dans cet état de conscience qui en permet une meilleure imprégnation de l'âme. L'on rejoint ici saint Ignace de Loyola qui, dans ses Exercices spirituels, préconise pour prier de prendre la position la plus confortable possible, selon ses dispositions physiques, pour que l'esprit puisse mieux s'adonner à la méditation de la prière pour en jouir des meilleurs fruits ; l'attitude de l'orant ne doit pas alors relever d'une performance physique ascétique. Ne critiquons donc pas saint Dominique qui répandit l'usage du chapelet que Notre Dame nous recommande toujours. Bien des religions utilisent une « méthode » analogue, que ce soit dans l'hindouisme ou l'islam.

Nous avons évoqué la musicothérapie. En dehors des « andante » des concertos pour piano et orchestre de Mozart, ou de la trilogie de Wagner pour nos amis germaniques friands de ce genre musical (des suicides ont été observés à l'issue des trois journées de représentation de la trilogie wagnérienne), le grégorien fut reconnu par les sophrologues pour son action sur les niveaux de conscience, tout comme les chants liturgiques byzantins. La musique grégorienne, dont la qualité musicologique n'est plus à démontrer, de par son mode musical d'une écoute très agréable, abaisse efficacement le niveau de conscience. Sa pieuse audition, accompagnée si possible de la méditation d'un texte toujours de haute spiritualité, ne peut donc qu'en augmenter les fruits spirituels. Cependant, même si la compréhension du texte latin n'est pas possible, notre expérience dans le domaine de la sophrologie montre que des fruits spirituels peuvent s'obtenir grâce à cet état approfondi qui survole le barrage de la compréhension linguistique.

Une méditation spirituelle bien menée selon les règles enseignées (encore saint Ignace de Loyola), où l'imagination n'a pas libre cours, peut produire aussi les mêmes effets sur l'état du niveau de conscience, ce qui ne peut qu'augmenter la piété du croyant, en dehors bien sûr des grâces que Dieu, librement, accordera en surabondance à notre démarche d'amour, de confiance et d'abandon, ce qui n'est pas du même domaine.

Une adoration pieuse et prolongée devant le Saint Sacrement fera de même.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner des tendances aux assoupissements que l'on peut éprouver dans de telles circonstances, lorsqu'elles se prolongent. Il n'est pas nécessaire de s'en inquiéter, mais bien plutôt de se réjouir d'un fait naturel qui va amplifier les fruits spirituels de nos pratiques religieuses. Cela n'est pas pour plaire au Malin, qui va s'acharner lors de ces pratiques pour faire naître des distractions destinées à neutraliser tout le profit spirituel que l'on pourrait retirer de ces « états sophroniques » pieux d'ordre naturel.

On peut alors se poser légitimement une autre question : celle de l'assistance à une messe en latin dont on a perdu la compréhension ou dans une langue étrangère… en dehors, bien sûr des grâces que l'on en retire par l'assistance au Saint Sacrifice par les mérites de Notre Seigneur ? Si l'état d'abaissement du niveau de conscience devient celui qui est requis pour la réception des messages subliminaux, l'obstacle de la barrière de la langue sera levé et le fidèle en retirera alors des fruits supplémentaires liés à la richesse de la liturgie.

Maintenant, on peut imaginer pour le chrétien de base l'efficacité spirituelle des alliances du genre : « prière + méditation + adoration + plain-chant grégorien + assistance pieuse à l'office religieux suivie d'une adoration profonde après la communion… »

Nous obtenons alors un cocktail spirituel extraordinaire dont l'efficacité nous a toujours été démontrée par les grands mystiques (saint Charles de Foucauld, sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix, etc.). Le cœur, le conscient et le subconscient, c'est-à-dire l'âme et sa fine pointe, l'esprit, alors en harmonie totale, tournés vers le Dieu d'Amour pour l'adoration et la louange, s'ouvrent largement afin de s'imprégner des grâces et des suggestions divines dans un cœur-à-cœur mystique, qui dépasse sans commune mesure le bouche-à-oreille de la sophrologie et les méditations transcendantales.

Évidemment, tout cela se trouve diamétralement opposé au comportement des adeptes du baladeur, le casque d'écoute vissé en permanence aux oreilles pour mieux se gaver d'une musique dont la destination première n'est pas d'élever l'âme, mais bien plutôt de flatter les instincts les plus vils.

Puissions-nous prendre aussi conscience, pour en vivre, de l'atout extraordinaire pour la foi que représentent toutes ces pratiques religieuses, ces offices et heures canoniales, ces piétés populaires que nous recommande l'Église depuis l'aube de sa fondation pour le salut de notre âme.

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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