Sur la complémentarité homme-femme

Par Marie-Christine Ceruti-CendrierRevue n°107Société, Théologie
Sur la complémentarité homme-femme

Résumé : On trouvera ici un courrier électronique reçu par Marie-Christine Ceruti-Cendrier, tel qu'il fut envoyé, courriel qui la décida à écrire le livre dont il est extrait : La Sainte Vierge d'une féministe. Outre les commentaires — dont nous laissons la responsabilité à l'auteur de ce courriel — sur un sujet qui traverse les siècles, on lira aussi avec intérêt les considérations de Joseph de Maistre, ce Piémontais dont le séjour diplomatique à Moscou ne pouvait que parler à celle dont le mari avait été ambassadeur d'Italie à Minsk. Mutatis mutandis, à condition de tenir compte intelligemment des grandes différences dans les conditions de vie à différentes époques, ce texte fait apparaître certaines permanences liées à une nature humaine qui est un don reçu du Créateur et non une pâte molle qu'il nous est donné de remodeler à notre fantaisie.

Je dis que l'homme et la femme ont des rôles naturels différents, cela ne veut pas dire que l'un des deux soit supérieur à l'autre. Il s'agit simplement de deux rôles complémentaires pour lesquels chacun des deux sexes reçoit les capacités idoines. Rien de plus. Ce sont les « féministes » (en réalité les pires ennemis de la vraie féminité) qui ont voulu abolir ces distinctions naturelles, en se fondant sur la fausse égalité révolutionnaire. Je pense que la chose est bien résumée par Joseph de Maistre écrivant à sa fille Constance :

« Tu me demandes donc, ma chère enfant, après avoir lu mon sermon sur la science des femmes, d'où vient qu'elles sont condamnées à la médiocrité. Tu me demandes, en cela, la raison d'une chose qui n'existe pas et que je n'ai jamais dite. Les femmes ne sont nullement condamnées à la médiocrité ; elles peuvent même prétendre au sublime, mais au sublime féminin.

Chaque être doit se tenir à sa place, et ne pas affecter d'autres perfections que celles qui lui appartiennent.

Je possède ici un chien nommé Biribi, qui fait notre joie ; si la fantaisie lui prenait de se faire seller et brider pour me porter à la campagne, je serais aussi peu content de lui que je le serais du cheval anglais de ton frère, s'il imaginait de sauter sur mes genoux ou de prendre le café avec moi.

L'erreur de certaines femmes est d'imaginer que, pour être distinguées, elles doivent l'être à la manière des hommes. Il n'y a rien de plus faux. C'est le chien et le cheval. Je t'ai fait voir ce que cela vaut.

Si une belle dame m'avait demandé, il y a vingt ans : "Ne croyez-vous pas, Monsieur, qu'une dame pourrait être un grand général comme un homme ?", je n'aurais pas manqué de lui répondre : "Sans doute, Madame. Si vous commandiez une armée, l'ennemi se jetterait à vos genoux, comme j'y suis moi-même ; personne n'oserait tirer et vous entreriez dans la capitale ennemie au son des violons et des tambourins." Si elle m'avait dit : "Qui m'empêche d'en savoir en astronomie autant que Newton ?" Je lui aurais répondu tout aussi sincèrement : "Rien du tout, ma divine beauté. Prenez le télescope ; les astres tiendront à grand honneur d'être lorgnés par vos beaux yeux, et ils s'empresseront de vous dire tous leurs secrets."

Voilà comment on parle aux femmes, en vers et même en prose ; mais celle qui prend cela pour argent comptant est bien sotte.

Comme tu te trompes, mon cher enfant, en me parlant du mérite un peu vulgaire de faire des enfants ! Faire des enfants, ce n'est que de la peine ; mais le grand honneur est de faire des hommes, et c'est ce que les femmes font mieux que nous. Crois-tu que j'aurais beaucoup d'obligations à ta mère, si elle avait composé un roman au lieu de faire ton frère ? Mais faire ton frère, ce n'est pas le mettre au monde et le poser dans son berceau ; c'est en faire un brave jeune homme, qui croit en Dieu et n'a pas peur du canon.

Le mérite de la femme est de régler sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager, et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes ; voilà le grand accouchement, qui n'a pas été maudit comme l'autre.

Au reste, ma chère enfant, il ne faut rien exagérer : je crois que les femmes, en général, ne doivent point se livrer à des connaissances qui contrarient leurs devoirs ; mais je suis fort éloigné de croire qu'elles doivent être parfaitement ignorantes. Je ne veux pas qu'elles croient que Pékin est en France, ni qu'Alexandre le Grand demanda en mariage une fille de Louis XIV. La belle littérature, les moralistes, les grands orateurs, etc., suffisent pour donner aux femmes toute la culture dont elles ont besoin.

Quand tu parles de l'éducation des femmes qui éteint le génie, tu ne fais pas attention que ce ne soit pas l'éducation qui produit la faiblesse, mais que c'est la faiblesse qui souffre cette éducation. S'il y avait un pays d'amazones qui se procurassent une colonie de petits garçons pour les élever comme on élève les femmes, bientôt les hommes prendraient la première place, et donneraient le fouet aux amazones. En un mot, la femme ne peut être supérieure que comme femme ; mais dès qu'elle veut émuler l'homme, ce n'est qu'un singe.

Adieu, petit singe. Je t'aime presque autant que Biribi, qui a cependant une réputation immense à Saint-Pétersbourg. Voilà M. La Tulipe qui rentre, et qui vous dit mille tendresses.

Joseph de Maistre à Constance de Maistre Saint-Pétersbourg, 1808 »

Pour rebondir sur les femmes que vous citez : « sainte Catherine de Sienne, sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Brigitte, sainte Hildegarde de Bingen », saint Thomas d'Aquin précise[2] :

« On objecte ce qu'on lit de plusieurs femmes, qu'elles ont prophétisé par exemple, la Samaritaine (Jn 4, 39) ; Anne, fille de Phanuel (Lc, 2, 36) ; Débora (Jg 4, 4) ; Holda, la prophétesse, épouse de Sellum (2 R 22, 14) ; les filles de Philippe (Ac 21, 9) ; ci-dessus même il est dit (1 Co 11, 5) : Toute femme qui prie ou qui prophétise, etc. Il faut répondre que dans la prophétie il y a deux choses : la révélation et la manifestation de cette révélation. Or les femmes ne sont pas exclues de la révélation ; beaucoup même de révélations leur ont été faites, comme aux hommes. Mais il y a deux manières d'annoncer les choses révélées : l'une publique, celle-ci est interdite aux femmes ; l'autre privée, celle-là leur est permise, parce que ce n'est pas enseigner, mais annoncer. »

Vous faites erreur en disant que l'orgueil masculin est la cause de l'absence de sacerdoce féminin. En effet, rappelons-nous que le christianisme est une religion qui adore une victime crucifiée, qui enseigne de pardonner à ses ennemis, de se sacrifier par amour pour Dieu et du prochain, de se condamner à être haï par le monde etc. Tout cela paraît aujourd'hui anodin, même pour ceux qui n'y croient pas car cela fait 2 000 ans que c'est dans le paysage et même c'est cela qui a forgé le paysage.

Mais il y a 2000 ans c'était tout à fait différent ! C'était une doctrine révolutionnaire ! Si bien que saint Paul lui-même disait « nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils » (1 Co 1, 23) ! Aussi les chrétiens de l'époque étaient beaucoup plus dociles à l'enseignement des apôtres que les chrétiens d'aujourd'hui ne le sont à celui de l'Église ; et parallèlement, les apôtres n'hésitaient pas à grandement secouer le troupeau qui leur était confié.

Alors à l'époque, mettre le sacerdoce féminin en plus dans le package n'aurait été qu'une simple formalité. Si cela ne fut pas le cas, c'est que cela procéda d'une disposition divine : les femmes ne peuvent pas accéder au sacerdoce, car cela n'est pas dans l'ordre naturel de leur vocation. Ce n'est pas dégradant ni inférieur, c'est simplement différent. Rappelons-nous en plus que beaucoup de cultes païens avaient des prêtresses, raison de plus de penser que l'absence de sacerdoce féminin n'a pas de fondement social, mais un seul fondement divin. Disons enfin que les Pères de l'Église sont d'accord pour exclure le sacerdoce féminin[3] et que cet accord constitue en lui-même un enseignement infaillible sur lequel il n'est donc par définition pas possible de revenir[4]. Jean-Paul II a d'ailleurs mis fin à tout débat, s'il en était encore besoin :

« C'est pourquoi, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22, 32), que l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église[5] ».

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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