Une science illusoire : l'évolutionnisme

Par Louis BounoureRevue n°10Science, Biologie
Une science illusoire : l'évolutionnisme

Résumé : Louis Bounoure est le dernier universitaire de renom qui, en France, se soit opposé franchement à la théorie de l'évolution. Il enseignait la Biologie Générale à la Faculté des Sciences de Strasbourg. Un des critères de validité d'une pensée est l'épreuve du temps. Alors que la science, par définition, progresse constamment, ce résumé critique de l'évolutionnisme se lit aujourd'hui comme lorsqu'il fut publié, en 1957.

La recherche des types intermédiaires, quelque ingéniosité que déploient les paléontologistes dans leurs rapprochements et leur interprétations, n'arrive point à pallier l'absence réelle des chaînons de liaison que postule l'idée d'une évolution régulière du monde animal.

Cette absence est tellement flagrante que beaucoup d'évolutionnistes modernes ne cherchent plus à la nier, et ils modifient en conséquence leur façon de concevoir l'évolution : celle-ci leur apparaît désormais comme un phénomène de nature accélérée, procédant par sauts brusques de grande amplitude, pour lesquels on parle de saltations, de quanta d'évolution, d'explosions et de tachygenèse. On pourrait se demander si le transformisme actuel n'est pas influencé par l'obsession de la physique quantique, de la fission de l'uranium et de la bombe d'Hiroshima ; pour s'accorder sans doute au triomphe du discontinu dans la science actuelle, il donne aujourd'hui de l'histoire de la vie une conception diamétralement opposée à l'idée de continuité qui inspirait l'évolutionnisme classique.

En réalité ce ne sont pas les évolutionnistes, ce sont les faits eux-mêmes, qui infligent à la théorie de l'évolution cette contradiction interne essentielle, cause rédhibitoire de faiblesse et d'incohérence, et source de discussions sans fin entre les divers transformistes.

Certains de ceux-ci, les dualistes, adoptent une position éclectique avec la Zweiphasenhypothese, l'hypothèse de deux phases couplées que comporterait l'évolution dans son ensemble :

  1. Une phase intermittente de transformation profonde par saut brusque, explosif, donnant naissance chaque fois à un type entièrement nouveau ; c'est la macroévolution ou typogenèse.
  2. Une phase d'évolution consécutive, continue orthogénétique, faisant apparaître à partir du nouveau type des chaînes de formes nées par microévolution.

Mais d'autre évolutionnistes restent résolument attachés à un seul principe de transformation, et là encore l'accord ne peut se faire sur la prépondérance à donner à l'un des deux processus, le continu et le discontinu, et surtout sur la nature exacte du mécanisme capable de rendre compte des faits d'observation paléontologique.

Ce sont des conceptions diverses de ce mécanisme que nous proposent les grandes théories classiques de l'évolution, à savoir le lamarckisme, le darwinisme, et plus récemment le mutationnisme.

Le Lamarckisme

On peut être très bref sur la vieille théorie du lamarckisme, depuis longtemps reconnue sans valeur explicative. Elle invoquait l'influence conjuguée des conditions de vie, des efforts et de l'hérédité : ainsi le type Girafe est né des efforts qu'a faits un certain Quadrupède du désert pour atteindre et brouter les feuilles des palmiers, efforts qui ont allongé son cou et ses pattes antérieures. Lamarck expliquait de façon analogue, le Héron aux longues pattes, le Serpent dépourvu de membres, etc.

Non seulement cette théorie a quelque chose de puéril qui la condamne : car on peut se demander comment se nourrissait l'ancêtre de la Girafe avant que son cou se fût suffisamment allongé ; mais le grave défaut du lamarckisme, c'est qu'il repose tout entier sur l'hérédité des caractères acquis et l'accumulation progressive de ces caractères, comme conditions indispensables de la transformation spécifique. Or les biologistes tirent aujourd'hui d'innombrables faits naturels ou expérimentaux, la preuve que les modifications acquises par un individu au cours de sa vie ne sont point dans le patrimoine héréditaire de la lignée. Aussi le lamarckisme, privé de sa base essentielle, s'effondre-t-il complètement.

Le Darwinisme

Le darwinisme s'appuie sur l'observation des variations spontanées et sur l'idée de sélection naturelle. Excellent observateur, Darwin remarque qu'entre les individus d'une même espèce il existe de petites différences congénitales, les unes utiles et conférant aux porteurs une plus parfaite aptitude à vivre, les autres défectueuses et créant au contraire un état d'infériorité dans la lutte pour la vie. Cette lutte entraîne naturellement un tirage, une sélection des plus aptes, qui transmettent à leurs descendants leurs avantages, comme cela se produit dans l'amélioration des races domestiques par sélection artificielle. Cette sélection naturelle, c'est pour Darwin, le grand mécanisme de l'évolution et du progrès des espèces.

Dans cette théorie qui a eu un retentissement considérable, il y a deux parts d'inégale valeur. L'existence de petites variations individuelles, transmissibles par hérédité, est un fait réel, qui fonde la notion moderne des mutations. Mais le rôle attribué à la sélection est illusoire : les différences individuelles sur lesquelles elle s'exercerait sont trop faibles pour créer un avantage réel et entraîner un triage. Les grandes causes naturelles de mort, conditions climatériques, inondations, disettes, épidémies, guerre des espèces, détruisent les individus au hasard et sans faire de choix. Si la mort joue un rôle sélectif, c'est en faisant disparaître les individus porteurs de tares, d'anomalies, de caractères pathologiques, et par conséquent, loin d'être différenciatrice, elle efface les différences et conserve l'espèce dans son état normal et sain.

Enfin on sait aujourd'hui que s'il est possible d'isoler par sélection une race douée d'un caractère déterminé, tout mode de sélection est impuissant à faire apparaître un caractère nouveau ou à majorer un caractère ancien. Bref, la sélection ne peut, ni expliquer les qualités des organismes, ni produire une transformation progressive des espèces. On aura beau lui adjoindre d'autres conditions adjuvantes, comme l'isolement géographique, elles n'en feront point un mécanisme efficace, et plus sera grand le nombre des conditions fortuites dont le concours est supposé nécessaire pour ce mécanisme, plus deviendra improbable le résultat qu'il doit produire.

Le mutationnisme

La théorie la plus moderne de l'évolution, le mutationnisme, essentiellement fondée sur la phénomène de la mutation, est parfois regardée comme un néo-darwinisme, parce que d'une part les mutations ne sont autre chose que ces variations individuelles qu'avait observées Darwin, et que d'autre part cette théorie fait aussi appel à la sélection pour assurer la persistance des mutations.

Qu'est-ce que la mutation ? C'est un changement qui survient spontanément dans un caractère de détail d'une espèce, et qui est immédiatement transmissible, parce qu'il tient à une altération dans la constitution chromosomique des cellules, y compris les cellules reproductrices. Chez les animaux et les plantes, les naturalistes ou les éleveurs voient parfois se produire cette sorte de variation brusque, spontanée, fortuite, et c'est ainsi que sont nées par exemple certaines races curieuses d'animaux domestiques, les chiens bassets, les bœufs camards, les bœufs sans cornes, les chats angoras, les paons à ailes bleues, les serins jaunes, les poules à cou nu, les individus albinos qui existent chez beaucoup de Mammifères, y compris l'espèce humaine.

Sans mutations, tous les individus d'une espèce seraient identiques ; mais chez certaines espèces, l'étendue des variations est poussée beaucoup plus loin que chez les autres ; dans l'espèce humaine il y a un nombre considérable de mutations qui distinguent les individus les uns des autres, et portent sur la couleur des yeux, des cheveux et de la peau, sur la stature, sur les proportions du visage, des membres, etc..., sans compter un grand nombre de mutations pathologiques ou même létales, c'est-à-dire mortelles, dont il sera question plus loin. Un petit Diptère, la Drosophile, a fourni un très grand nombre de mutations naturelles portant sur la couleur du corps, la couleur des yeux, la longueur et la forme des ailes, la disposition des soies, la forme de l'abdomen, etc. : on sait que cet Insecte en raison de sa très grande mutabilité est l'objet de choix pour les études des généticiens.

La mutation peut-elle expliquer l'évolution des espèces ? Il paraît impossible de l'admettre, et cela pour diverses raisons catégoriques :

1°. La mutation est toujours un phénomène rare, isolé, ne frappant qu'un individu entre des milliers ou des dizaines de milliers, n'ayant par conséquent que des chances absolument infimes de se propager et de persister dans une population ; de plus, elle ne se répète pas plusieurs fois de suite sous la même forme, elle ne peut donc se cumuler et produire un changement continu et harmonieux ; du hasard rare et capricieux des mutations, il est impossible de faire sortir cette évolution progressive, ordonnée toujours dans le même sens, dont on trouve le modèle dans la série des Equidés fossiles et dans d'autres lignées orthogénétiques. D'ailleurs par suite des lois mêmes qui président aux croisements dans la reproduction sexuelle, les mutants n'ont que des chances infimes de se maintenir et de propager leur type ; comme le souligne avec raison Guyenot : « La disparition des mutants est une règle presque absolue, leur survie une éventualité rarissime. »

2°. La mutation est presque toujours un phénomène diminutif, nuisible ou pathologique : un chien basset, un bœuf sans cornes, une Drosophile à ailes tronquées, ce sont des infirmes ; c'est à des mutations qu'il faut rapporter chez l'homme un grand nombre d'anomalies ou de maladies héréditaires, l'albinisme, certaines formes de nanisme, la surdi-mutité, le daltonisme, l'hémophilie, l'héméralopie, l'ichthyosis, l'atrophie du nerf optique, ainsi que de nombreuses malformations comme la polydactylie, l'anomalie des orteils palmés, etc., etc. ; enfin il y a des mutations létales, entraînant la mort plus ou moins précoce du sujet, comme l'idiotie amaurotique infantile. On conviendra que c'est une véritable gageure que de prétendre fonder un mécanisme d'évolution et de perfectionnement des espèces sur un phénomène, qui, le plus souvent, diminue la valeur et la vitalité de l'organisme. Et, de fait, Morgan, l'un des spécialistes de l'étude des mutations, a proclamé lui-même qu'aucune des variétés mutantes de la Drosophile ne pourrait concurrencer dans la nature le type sauvage présentant tous les caractères de l'espèces à l'état primitif.

3°. Enfin telle qu'on la connaît aujourd'hui par les études des généticiens, la mutation ne porte jamais que sur des détails relativement minimes, et elle ne déborde jamais le cadre de l'espèce : qu'une Drosophile ait le corps noir ou le corps brun, les yeux rouges ou les yeux blancs, les ailes longues ou les ailes tronquées, c'est toujours une Drosophila melanogaster ; qu'une Poule ait le cou nu ou emplumé, c'est toujours une femelle de Gallus domesticus ; un homme affligé d'albinisme est toujours un homme. En un mot, la mutation est tout au plus un facteur de variété à l'intérieur de l'espèce, le facteur d'une microévolution, bornée à la formation de races dans une grande espèce : elle ne peut certainement pas transformer les espèces existantes en espèces nouvelles.

Il est vrai que l'évolutionnisme tente de venir en aide à la mutation, en faisant intervenir à point nommé des circonstances accessoires, capables d'isoler de l'espèce primitive les individus transformés par mutation, soit par exemple des circonstances géographiques, ou encore l'incapacité de toute union sexuelle entre individus primitifs et individus mutés. Que dans des cas très particuliers, un groupe de mutants puisse se maintenir plus ou moins longtemps à la faveur de circonstances exceptionnelles, ce n'est pas là un mécanisme d'une portée suffisante pour créer des espèces nouvelles. Et surtout ce ne sont pas des conditions étrangères à la mutation elle-même, qui pourront lui conférer le pouvoir véritablement créateur qui lui manque pour être un facteur d'évolution. 1

Cet article est publié par le Centre d'Études et de Prospective (CEP)

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